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Au moins 149 morts en Égypte, l'état d'urgence décrété

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Au moins 149 morts en Égypte, l'état d'urgence décrété

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Les forces de sécurité égyptiennes ont donné l’assaut mercredi contre les rassemblements des partisans de l’ancien président islamiste Mohamed Morsi au Caire, déclenchant des violences à l’origine d’une plus de 149 morts dans l’ensemble du pays.

La présidence a proclamé l‘état d’urgence dans toute l’Egypte, pour une durée d’au moins un mois, et ordonné à l’armée d’apporter son soutien aux forces du ministère de l’Intérieur.

Les troubles, qui se sont entre autres étendus à Alexandrie, deuxième ville du pays, ont fait au moins 149 morts et près de 1400 blessés à travers l’Egypte, selon le dernier bilan du ministère de la Santé.

Le gouvernement égyptien a aussi imposé des couvre-feux au Caire et dans 13 autres provinces. “Après que la présidence a annoncé l‘état d’urgence, des couvre-feux seront imposés de 19H00 (17H00 GMT) à 06H00 (04H00 GMT) jusqu‘à nouvel ordre”, a indiqué un porte-parole du gouvernement installé par l’armée après la déposition de M. Morsi. Ces mesures s’appliquent pour un mois au Caire et aux provinces de Guizeh, d’Alexandrie, de Beni Sueif, de Minya, d’Assiout, de Sohag, de Quena, de Fayoum, de Beheira, du Nord et du Sud-Sinaï, Suez et Ismailia.

Des affrontements meurtriers ont notamment eu lieu dans la province centrale du Fayoum, et dans le port de Suez. L’assaut du Caire, lancé vers 07h00 locales (05h00 GMT), intervient après l‘échec de plusieurs tentatives de médiation pour mettre fin au bras de fer engagé entre les partisans de Mohamed Morsi, souvent issus comme lui des Frères musulmans, et le gouvernement provisoire soutenu par l’armée, depuis la destitution du président islamiste par les militaires le 3 juillet.

“Ils sont venus à sept heures du matin”, a raconté Saleh Abdoulaziz, un témoin blessé à la tête. “Ils ont tiré des gaz lacrymogènes contre des enfants. Ils ont continué à tirer contre les manifestants même quand nous les avons suppliés d’arrêter.” Des policiers anti-émeutes s’abritaient mercredi après-midi derrière des véhicules blindés et l’air était envahi de gaz lacrymogènes dans les rues qui environnent la mosquée de Rabaa al Adaouia, dans le nord-est de la capitale, où des milliers de partisans de Morsi campaient depuis sa destitution.

Sept heures après le début de l’assaut, des groupes de manifestants continuaient à bloquer la chaussée, en scandant des slogans et en agitant des drapeaux, alors que les forces de sécurité tentaient d’empêcher les rassemblements. Un correspondant de Reuters a vu des dizaines de personnes allongées sur la chaussée et blessées par balles, au milieu de flaques de sang omniprésentes.

Une source médicale a rapporté que soixante morts étaient recensés dans un seul hôpital du Caire, et que le bilan allait probablement s’alourdir. La plupart des victimes ont été blessées par balles. Un deuxième campement, plus petit, établi sur la place Al Nahda, près de l’Université du Caire sur la rive gauche du Nil, a été rapidement vidé par les policiers aux premières heures.

Dans un communiqué, le gouvernement a demandé aux partisans de Mohamed Morsi d’“entendre la voix de la raison” et a prévenu que les cadres des Frères musulmans seraient tenus responsables de “toutes les émeutes et les violences”. La dispersion des sit-in de protestation enlève aux Frères musulmans l’un de leurs derniers moyens de pression sur le nouveau pouvoir. Les dirigeants de la confrérie ont été arrêtés ou sont recherchés et leurs avoirs ont été gelés.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé plusieurs arrestations mercredi au sein des Frères musulmans, sans donner de noms. Des responsables des forces de sécurité ont précisé que Mohamed El-Beltagi, un cadre du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la branche politique de la confrérie, avait été interpellé.

Les affrontements affectent aussi le gouvernement en place. Le vice-président égyptien, le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, a annoncé avoir présenté sa démission au président par intérim, après l’intervention sanglante des forces de l’ordre pour déloger les manifestants islamistes pro-Morsi de deux places du Caire. “Il m’est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles je ne suis pas d’accord”, écrit-il notamment dans sa lettre au président Adly Mansour.

La communauté internationale condamne les violences

Sur le plan international, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, issu de la mouvance islamiste, a exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies et la Ligue arabe à intervenir pour mettre fin à un “massacre” et a dénoncé le “silence” de la communauté internationale. Le Qatar, soutien régional de l’ancien gouvernement de Mohamed Morsi, a condamné les assauts contre les manifestants, et l’Iran a estimé que l’Egypte courait le risque d’une “guerre civile”.

Les Etats-Unis, eux, se sont fermement opposés à la proclamation de l‘état d’urgence par les autorités égyptiennes à la suite des heurts meurtriers entre forces de sécurité et partisans de l’ancien président Mohamed Morsi. Josh Earnest, porte-parole de la Maison blanche, a condamné l’usage de la force par les autorités, et a pressé l’armée égyptienne de respecter les droits élémentaires des citoyens.

L’Union européenne a invité les autorités à faire preuve de retenue, tandis que la France a mis en garde contre “un usage disproportionné de la force”. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a également regretté “que les autorités égyptiennes aient utilisées la force” et a condamné “dans les termes les plus forts” la violence de l’intervention des forces de sécurité égyptiennes.

Deux journalistes tués, plusieurs blessés

Un caméraman de Sky News a été tué par balle au Caire, où plusieurs autres journalistes ont été arrêtés ou agressés. “C’est avec un immense regret que Sky News annonce la mort de Mick Deane, un caméraman expérimenté, alors qu’il travaillait au Caire ce matin (mercredi)”, a annoncé la chaîne britannique d’informations en continu, ajoutant que ce journaliste, un Britannique âgé de 61 ans, marié et père de deux enfants, “travaillait depuis quinze ans” pour la chaîne. “Il a été blessé par balle, et en dépit des soins reçus, il est décédé peu après”, a précisé Sky, soulignant que le reste de son équipe sur place était indemne.

Une autre journaliste, qui ne participait toutefois pas à la couverture des événements, a été tuée par balle mercredi au Caire. Il s’agit de Habiba Ahmad Abdel Aziz, 26 ans, correspondante du supplément hebdomadaire de Gulf News, Xpress, qui était en vacances dans son pays natal. Selon Reporters sans frontières, elle “participait au sit-in” et a trouvé la mort dans l’intervention contre les Frères Musulmans sur la place Rabaa al-Adawiya. Son père est un conseiller du président islamiste déchu Mohamed Morsi, selon Dureik Al Beik, rédacteur en chef à Gulf News.

Au moins quatre journalistes, tous de nationalité égyptienne, ont par ailleurs été blessés et hospitalisés lors de l‘évacuation des deux campements des partisans de Mohammed Morsi au Caire, a rapporté Reporters sans frontières.

Depuis la chute de Mohamed Morsi, et avant l’assaut lancé mercredi, plus de 300 personnes sont mortes dans les violences politiques dans le pays, parmi lesquelles des dizaines de partisans des Frères musulmans tués par les forces de sécurité lors de deux interventions les 8 et 27 juillet.


  • Clashes in Cairo 14/08/2013

    Anadolu agency









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Avec agences


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Credit: YouTube/Sharif Kouddous via Storyful


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