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L'Egypte ferait un grand bond en arrière


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L'Egypte ferait un grand bond en arrière

Où va l’Egypte? Deux ans et demi après la chute d’Hosni Moubarak, la situation dans le pays arabe le plus peuplé fait craindre le pire. Depuis le 14 août, près de 900 personnes ont été tuées dans le pays, essentiellement des civils partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi et des Frères musulmans. Cette répression sanglante par l’armée, approuvée par une partie de la population égyptienne, a éloigné une solution politique à la crise. Le fossé s’est davantage creusé entre anti et pro-Morsi. Et désormais des groupes islamistes radicaux pourraient multiplier des attaques, comme celles qui ont tué de nombreux policiers dans le Sinaï ces derniers jours.

Pascal Boniface, directeur de l’Institut des Relations internationales et stratégiques basé à Paris, a répondu à nos questions.

Euronews: “Il semble qu’en Egypte il n’y ait plus de marges pour une médiation, une réconciliation. Est-ce qu’un eventuel passage à la clandestinité des islamistes fait planer une menace de retour aux années noires, les années 90?

Pascal Boniface: “C’est effectivement un grand retour en arrière. On peut craindre qu’une partie, même infime, des Frères Musulmans revienne dans la clandestinité. Et en fait, on revient à l’ere Moubarak sans Moubarak. Bien sûr, les Frères Musulmans vont être privés d’expression politique mais, à chaque fois que cela se passe ainsi, une partie d’entre eux se radicalise. Et alors qu’on commençait à les intégrer dans le jeu politique par les urnes et qu’on pouvait les combattre par les urnes, qu’ils étaient contestés, qu’ils avaient montré les limites de leur programme – parce qu’il y a bien sûr un échec économique et social des Frères Musulmans- et bien on peut penser que le coup de force et la répression sanglante – et peut-être plus encore la répression sanglante que le coup de force- vont faire revenir l’Egypte plusieurs années en arrière”.

Euronews: “Est-ce que la communauté internationale – les Etats Unis, l’Europe – a quelque chose à se reprocher sur la conduite tenue après le coup d’Etat de juillet?”

Pascal Boniface: “ Non, l’Europe aurait pu réussir une excellente opération diplomatique. (…) Il y a eu bien sûr une crispation des Frères musulmans et puis un refus de l’armée qui, finalement, a privilégié l‘épreuve de force à une solution négociée. Mais, l’Europe a été à deux doigts d’aboutir et ça aurait été un très grand succès pour la diplomatie européenne, succès qu’on attend sur d’autres chemins depuis longtemps. Ensuite, effectivement, on peut dire par rapport à l’ampleur des massacres, que les réactions sont relativement modérées. (…) S’il y avait eu ce même type de répression armée de manifestants à Cuba, en Russie ou en Chine, les réactions ,aussi bien médiatiques que politiques, du monde occidental auraient été beaucoup plus fortes. Et donc là, on voit une fois encore qu’ une certaine conception, peut-être d’ailleurs fausse, des intérêts géopolitiques l’emporte sur les principes”.

> Pour aller plus loin sur la question avec Pascal Boniface

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