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Angela Merkel conforte sa place de favorite à l'issue du débat télévisé


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Angela Merkel conforte sa place de favorite à l'issue du débat télévisé

Trois semaines avant les législatives en Allemagne, Angela Merkel et Peer Steinbrück se sont livrés dimanche soir l’unique débat télévisé de la campagne électorale. Débat qui s’est soldé par un match nul. La chancelière Angela Merkel, qui espère obtenir un troisième mandat le 22 septembre, s’est montrée “souveraine” face a son rival, le candidat social-démocrate Peer Steinbrück. L’ancien ministre des Finances de la grande coalition n’a pas dérapé. Il a critiqué la chancelière sans se montrer agressif.

Merkel, qui portait un collier remarqué aux couleurs de l’Allemagne, a mis en avant son argument de campagne préféré : son bilan économique : “Nous pouvons dire aux habitants de ce pays qu’il est encore possible d’avancer. Il reste bien évidemment encore du travail, il y a bien sûr encore de nombreuses inquiétudes, mais nous avons montré que nous étions capable, dans cette période difficile, marquée par l’une des pires crises économiques européennes, que l’Allemagne est forte, qu’elle est un moteur en croissance et une ancre pour la stabilité’‘, a-t-elle indiqué.

Son challenger, Peer Steinbrück, a plaidé pour plus de justice sociale et un salaire minimum généralisé de 8 euros 50 de l’heure, sachant que sept millions d’Allemands gagnent aujourd’hui moins que cette somme. “Les limites de rémunération, voulues par Angela Merkel, n’ont rien à voir avec un salaire minimum national établi par la loi. Le salaire minimum en Allemagne varie d’un secteur à l’autre, d’une région à l’autre. Et surtout, il y a des gens qui
sont payés selon les tarifs en vigueur, mais qui gagnent moins de 8,5 euros de l’heure. Et ils ne gagneront pas plus. Ce sont eux les grands perdants des mesures de la CDU/CSU.’‘

A trois semaines des élections, les sondages donnent seize points d’avance à la chancelière sortante, qui demeure la personnalité politique préférée des Allemands. L’avenir dira si ce duel, suivi par quinze millions de téléspectateurs, aura permis à Peer Steinbrück d’inverser la tendance. Mais le retard, accusé par le candidat du SPD, semble beaucoup trop grand.

Interview de René Pfister, journaliste à Berlin pour le magazine Der Spiegel

Kirsten Ripper, Euronews : Après le débat, chaque camp a estimé que son candidat avait gagné. Qui, selon vous, a tiré le plus profit de ce duel?

René Pfister : Personne n’a gagné. C’est d’ailleurs pour cela qu’on peut dire qu’Angela Merkel est La gagnante. Le duel télévisé était l’occasion pour Peer Steinbrück de rattraper son retard. Je pense qu’il s’est bien battu, mais il n’a pas réussi -comme on dit dans le jargon de la boxe – a asséner un ‘‘lucky punch’‘ à son adversaire. Il n’a pas réussi à le toucher, ou à lui faire suffisamment mal pour arriver à changer le rapport de force ou donner l’impression d’avoir relancé la campagne électorale. C’est pour cela que je dirais qu’il y a eu égalité à la fin du débat, mais que ce match nul avantage Angela Merkel, vu son avance dans les sondages.

Euronews : Qui était pour vous le plus convainquant?

René Pfister : Je pense que Peer Steinbrück a marqué un point. Alors que la stratégie de la chancelière consiste à dire que le pays va bien, lui a insisté sur le fait que tout n’est pas rose en Allemagne, en parlant notamment de fracture sociale. Il a été capable d‘échanger d‘égal à égal avec la chancelière.

Euronews : Steinbrück aurait-il pu être plus agressif?

René Pfister : Je pense que c’est quelque chose que les Allemands n’aiment pas tellement. Un candidat à la chancellerie qui crie, qui est agressif, encore plus vis-à-vis d’une femme… Je pense que les Allemands n’aiment pas tellement ce genre d’attitude. Ils sont très orientés vers l’hamonie.

Euronews : Quel était, selon vous, le thème décisif de cette campagne électorale?

René Pfister : Le problème, c’est qu’il n’y a pas de thème décisif. C’est la grande force d’Angela Merkel, d’occuper tous les terrains qui prêtent à discussion. Tous les sujets qui pourraient créer de la passion, de l‘émotion, comme le salaire minimum… Des questions comme : les travailleurs non qualifiés gagnent-ils assez d’argent? L’une des raisons à cela, c’est que les Allemands vont relativement bien en ce moment. Il y a, bien sûr, beaucoup de problèmes, mais, globalement, nous n’allons pas si mal comparé aux autres pays en Europe. Et c’est pour cela qu’il n’y a pas aujourd’hui de tendances pour un changement.

Euronews : Croyez-vous qu’il y aura une grande coalition après les élections?

René Pfister : C’est très difficile à dire. Si il y a assez de voix pour la coalition actuelle noire-jaune, entre la CDU et les libéraux du FPD, cette coalition sera reconduite. Le SPD, selon moi, va bien réfléchir, avant de participer, à nouveau, à une grande coalition. Lors des dernières élections, il avait obtenu environ 23% des voix. Si le parti descend encore plus bas, il ne pourra plus négocier d‘égal à égal avec la CDU. Si la CDU est clairement le grand partenaire de la coalition, et le SPD le petit, il va bien réfléchir avant de s’engager, car il est encore traumatisé par l’expérience de la dernière coalition, par le fait qu’aucun des succès gouvernementaux ne lui ait été attribué. Je pense que c’est un traumatisme qui poursuit encore aujourd’hui le SPD.

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