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Economies émergentes : la crédibilité des politiques menées fera revenir les investisseurs

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Economies émergentes : la crédibilité des politiques menées fera revenir les investisseurs

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Avec moins de croissance que dans les années 2000, certains pays émergents comme l’Inde, la Turquie; le Brésil, l’Afrique du sud ou bien encore l’Indonésie n’attirent plus les investisseurs financiers qui au contraire rapatrient leurs avoirs depuis que la Réserve fédérale américaine a annoncé qu’elle allait durcir sa politique monétaire.
Conséquences : le sorties de capitaux, la baisse des devises nationales, le taux d’inflation et le creusement des déficits budgétaire et commercial sont impressionnants.
Face à cela les banques centrales exercent soit un contrôle des changes, soit augmentent leurs taux d’intérêt pour combattre l’inflation, soit inondent de dollars le marché des changes pour soutenir la valeur de la monnaie nationale. Sans grand résultat pour l’instant.

Duplex Jean-Pierre Petit, Président des Cahiers Verts de l’Economie

Euronews, Antoine Juillard
“Pour parler de cette crise des monnaies émergentes, nous retouvons à Paris Jean-Pierre Petit, Président des Cahiers verts de l’Economie, un organisme indépendant de stratégie en investissement.
On dit que le changement de politique de la Réserve fédérale américaine n’est que l‘étincelle qui a mis le feu aux poudres et que les raisons fondamentales sont à
chercher dans les faiblesses de ces économies. Quelles sont ces faiblesses Jean-Pierre Petit ?”

Jean-Pierre Petit Président des Cahiers Verts de l’Economie
“Si ces pays-là ont des déficits extérieurs, c’est en partie parce qu’ils ont des problèmes de compétitivité, c’est en partie parce que ces pays-là depuis trois ou quatre ans n’ont pas fait beaucoup de réformes structurelles contrairement aux années 2000, qu’ils ont des goulots d‘étranglement au niveau de l’offre, en particulier l’Inde et le Brésil. Et c’est surtout à celà qu’il faudrait s’attaquer en essayant de convaincre les investisseurs nternationaux de la crédibilité des mesures, de la durabilité des mesures.
Alors la décision de la Réserve fédérale a joué un petit rôle, pourquoi ? Et bien parce que lorsque la Réserve Fédérale annonce des changements de politique monétaire – les principaux investisseurs dans le monde ne l’oublions pas sont aux Etats Unis – lorsqu’ils voient que le différentiel (la différence) de taux d’intérêt va redevenir un petit peu favorable aux Etats Unis, et bien les flux de capitaux qui s‘étaient déversés au cours des cinq dernières années sur les pays émergents, sont rapatriés vers les Etats Unis. Des flux très importants qui se sont déversés pendant ces années sur les marchés obligataires : les marchés de dette, les marchés de taux d’intérêt. Et bien, un certain nombre de pays qui ont vu leur déficit se creuser, notamment l’Inde, ou des déficits demeurés de façon très importante comme en Turquie, l’Afrique du sud, et certains pays d’Europe de l’est comme l’Ukraine; sont en difficultés.

Euronews
Est-ce qu’une crise durable dans ces pays-là peut faire aussi des dégâts dans la zone euro ?

JP Petit
Il est bien évident que s’il y a un gros choc sur les pays émergents ou du moins sur un certain nombre d’entre eux, notamment les plus significatifs – je mets de côté la Chine qui elle, a une plus grande autonomie financière, a beaucoup plus de marge de manoeuvre notamment en termes de réserves de change et ne connaît pas de déficit de la balance courante – il y aura un impact in fine (final) négatif.
Ce que je dirai d’une manière générale c’est que je ne crois pas à un choc massif sur l’ensemble des pays émergents qui soit de nature à faire baisser la demande mondiale comme en 1997-1998.

Euronews
Les BRICS veulent se mettre d’accord sur un fonds d’intervention sur le marché des changes. A court terme c’est bien la mesure à prendre non ?

JP Petit
En l‘état actuel des choses ce n’est pas la bonne mesure. La bonne mesure qu’il faut prendre aujourd’hui de la part des pays les plus vulnérables c’est s’attaquer aux causes des déficits, aux causes des problèmes, notamment structurels, au déficit de gouvernance qu’il y a notamment en Inde en particulier. L’Inde est un pays qui ne fait plus de réformes structurelles qui a une situation politique très fragile, qui est 95ème à l’indice de perception de la corruption dans le monde, et qui est bloquée dans les mesures qu’elle prend.
C’est plus ça le problème plutôt que la mise en place d’un fonds d’intervention.
Alors je sais bien qu’il faut prendre des mesures d’urgence. Pour l’instant il n’y a pas le feu. Si j’excepte un certain nombre de pays, je crois que les pays doivent prendre des mesures à convaincre la communauté internationale de la volonté des gouvernants de résoudre les déséquilibres à l’origine des problémes.