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Etats-Unis-Russie, le réchauffement impossible?

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Etats-Unis-Russie, le réchauffement impossible?

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Cinq ans après sa création à la suite de la crise financière de 2008, le G20 débarque à Saint-Pétersbourg. Les discussions seront, en partie, portées sur l‘économie et le chômage, mais aussi sur la crise en Syrie. Ce dossier a creusé, un peu plus, le fossé entre les Etats-Unis et la Russie. Moscou restant le principal allié du président syrien, Bachar al-Assad, continue de bloquer toute initiative aux Nations unies grâce à son droit de veto.
Entre Vladimir Poutine et Barack Obama, les relations n’ont jamais été réellement bonnes. Les deux dirigeants auraient dû se rencontrer la veille du G20 mais ce mini-sommet bilatéral a, finalement, été annulé à la mi-août par le président américain. Une décision intervenue après l’asile accordé par la Russie à Edward Snowden, l’ancien employé de la NSA à l’origine de révélations gênantes (sur des systèmes de surveillance mondiale) pour les Etats-Unis.
Mais malgré de récents échanges exécrables, les russes ne s’inquiétent pas. Ce n’est pas “une catastrophe” a déclaré le président Poutine.

“Le peuple américain n’a pas élu Barack Obama pour qu’il plaise à la Russie. Et je n’ai pas été élu pour plaire à qui que ce soit.
Nous travaillons, nous nous querellons sur différents problèmes. Nous sommes des êtres humains et parfois, il y en a un qui peut se sentir vexé. Mais je le répète, une fois encore, les intérêts mutuels globaux sont une bonne base pour faire des décisions communes”, a-t-il déclaré lors d’une interview.

La Syrie avait déjà plombé l’atmosphère du G8 en Irlande du nord, en juin dernier. Le soutien du Hezbollah au régime syrien avait poussé Washington à annoncer son soutien militaire aux rebelles. Mais après deux heures de réunion, Obama et Poutine étaient apparus très tendus devant la presse internationale, sans même chercher à cacher leur désaccord. Pourtant, le premier mandat d’Obama avait demarré sur la base d’un réchauffement des relations avec Moscou. Quatre ans plus tard, les relations semblent au point mort.

Entretien avec Fiodor Loukianov, rédacteur en chef du magazine, “Russie en Politique Globale”

Quel est l‘état actuel des relations entres les deux pays?
Euronews a posé la question à Fiodor Loukianov, rédacteur en chef du magazine, “Russie en Politique Globale”.

Andrei Belkevich, Euronews:
La plupart des analystes s’accordent pour dire que l’affaire Snowden n’est pas la cause de l’annulation de mini-sommet entre la Russie et les Etats-Unis et du nouveau refroidissement entre Moscou et Washington. Quelle en est la vraie cause, d’après vous?

Fiodor Loukianov, analyste politique
S’il n’y avait pas eu l’affaire Snowden, Obama serait venu à Moscou, mais même sans cela, il y aurait eu un gros problème. Poutine et Obama n’ont rien à se dire sur des sujets dits sérieux. Bien sûr, il y a des problèmes en cours, des crises, celle au Moyen-Orient. Mais cela reste de la routine politique, même si ces crises sont fortes et intenses. Mais les questions, qui ont toujours été au fond des relations bilatérales, les thèmes stratégiques tels que la réduction des têtes nucléaires, ne sont plus des sujets à aborder parce que la Russie ne veut plus en parler. La Russie est satisfaite de la situation actuelle. Les conversations sur la démocratie, sur les droits de l’homme, qui ont toujours été à l’ordre du jour, même depuis l‘époque soviétique, n’intéressent plus car les positions sont radicalement différentes. Et si vous prenez l’ensemble du programme commun, il est pratiquement épuisé.

Euronews:
Vous dites que le programme commun entre la Russie et les Etats Unis n’existe plus. Dans un avenir proche, la situation risque de ne pas changer. Mais peut-être est-ce un mal pour un bien. On pourrait construire des relations dans un contexte plus apaisé, plus respectueux et peut-être moins passionné.

Fiodor Loukianov:
Il serait possible de faire ainsi si la situation dans le monde était calme, prévisible et contrôlable. Alors, on pourrait prendre une pause et aborder sereinement les questions techniques et attendre quelques temps avant d’avoir une nouvelle conversation sur des problèmes de fond. Mais nous vivons sur une planète où presque chaque jour, il se passe quelque chose qui transforme notre conception du monde. Ce qui semblait évident, hier, nous semble dépassé, aujourd’hui. Dans une telle situation, une pause tranquille entre Moscou et Washington malheureusement ne serait pas possible. Et cela, par exemple, nous le voyons très clairement au Moyen-Orient.

Euronews:
Au cours du prochain sommet du G20 à Saint-Pétersbourg , sera-t-il possible de réchauffer un peu les relations entre les deux pays ou au contraire la situation ne fera-t-elle qu’empirer ?

Fiodor Loukianov:
Je pense que le principal problème des relations russo-américaines ne sera pas résolu d’un claquement de doigt au G20. Et ce problème n’a rien à voir avec le fait que les relations soient mauvaises. Aujourd’hui, nous sommes les témoins d’une opposition grandissante mais pacifique entre la Russie et les Etats-Unis. Comme deux partenaires qui se retrouveraient face à face sur un ring de boxe mais qui refuseraient le combat. Pour eux, le combat ou même le dialogue est inutile. Et je crains que ça ne change ni au sommet de Saint-Pétersbourg, ni dans un futur proche. En Russie, de plus en plus souvent, on dit que les Etats-Unis transforme des problèmes mineurs ou locaux en problèmes mondiaux, comme si les américains voulaient faire en sorte que le monde entier soit concerné par ces problèmes.