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Economie allemande : au-delà des apparences

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Economie allemande : au-delà des apparences

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En Europe, l’Allemagne est l’exemple à suivre. Aucun pays ne semble avoir survécu mieux qu’ elle à la crise. Alors que le marasme touchait ses voisins, le pays profitait de la demande record en biens d‘équipements des pays émergents. Quelles sont donc les clés de ce succès ?

“Lorsque l’on se penche sur les sources de la puissance économique de l’Allemagne, on pense aux grands noms de son histoire industrielle tels que Bayer ou Porsche, Thyssen-Krupp ou Siemens. On évoque les régions de la Ruhr, de Hambourg, la région de Francfort ou de Stuttgart. Nous avons trouvé des réponses, ailleurs”, explique Christoph Debets, l’envoyé spécial d’euronews en Allemagne.

Ailleurs, c’est ici à Fulda, une ville de 65 000 habitants située au coeur de l’Allemagne.

Difficile d’imaginer que cette commune de la Hesse soit l’un des moteurs économiques du pays. Et pourtant, elle abrite l’un des “champions cachés de la performance” : un surnom donné à des PME devenues leaders mondiaux dans leur secteur. Ces “champions cachés” assureraient ainsi un quart des exportations du pays. Illustration avec Hubtex, jadis spécialisé dans les machines de transport pour l’industrie textile.

“Nous nous sommes adaptés à la demande en faisant le constat que nos véhicules, qui sont de petits engins de levage équipés de chariots, pouvaient être modifiés pour être utilisés dans d’autres industries. Donc nous avons développé des chariots élévateurs pour la sidérurgie. ils peuvent transporter des tubes ou de l’aluminium. Nos véhicules peuvent aussi déplacer de grandes plaques utilisées dans le secteur du bois de chauffage”, indique Ralf Jestädt, le directeur général d’Hubtex.

En se montrant réactive, Hubtex et ses 480 salariés, a échappé à la crise. Pour preuve, elle a généré un chiffres d’affaires de 92 millions d’euros l’an dernier. 65% de sa production part à l’export.

L’entreprise a su se placer dans un marché de niche pour des industries spécialisées, évitant la concurrence des géants du secteur comme Toyota. Elle fournit, ainsi, aussi bien l’aéronautique que le secteur de l’ameublement.

Ce modèle de “champions cachés” est l’une des particularités de l‘économie allemande. Des PME qui ont pu prospérer aussi grâce à la structure décentralisée de l’Etat allemand.

“Si vous êtes une entreprise très performante dans une région plutôt isolée, alors votre entreprise sert de point d’ancrage, de phare qui attire et qui illumine le territoire. De nombreuses personnes et des personnes talentueuses vont vouloir venir travailler pour vous, car vous êtes considérés comme un bon employeur. Et c’est comme cela que ces entreprises attirent la meilleure main d’oeuvre de leur région”, commente Michael Gröming, économiste à l’Institut de l‘économie allemande.

L’Allemagne peut compter, également, sur des salariés très qualifiés, issus d’un système axé sur la formation professionnelle. Les synergies entre écoles et entreprises sont particulièrement développées. Hubtex ne fait pas exception.

“Il y a quelque temps, l’entreprise choisissait à qui offrir un stage. Aujourd’hui, ce sont plutôt les stagiaires qui choisissent une entreprise. C’est pour cela que nous proposons de nombreuses formations pour être compétitifs et attirer les meilleurs candidats, afin de former les meilleurs salariés pour notre entreprise”, ajoute Frank Geiling, en charge de la formation en ingénierie électrique.

Pour Hubtex, les stagiaires constituent une vraie mine d’or, des diamants bruts à façonner pour améliorer le potentiel de l’entreprise. Un système gagnant-gagnant présenté comme l’une des clés du succès allemand. L’enseignement théorique couplé à la pratique permet aux étudiants d‘être très rapidement opérationnels.

Hubtex a décidé d’aller plus loin en proposant aux ouvriers moins qualifiés de poursuivre leur formation continue à l’université.

“Il y a des choses que l’on apprend à l’université, mais on n’a aucune idée de ce à quoi cela peut nous servir dans la vraie vie. Et on se dit : pourquoi dois-je étudier cela ? Et bien, ici, vous pouvez confronter ces connaissances à la réalité et vous rendre compte de leur application concrète”, explique Michael Schanz, étudiant en mécanique industrielle.

Mais derrière ce tableau idyllique, se cachent des points faibles que les thuriféraires du modèle allemand oublient souvent de mentionner. Le budget dévolu aux infrastructures de transport, par exemple. C’est l’un des parents pauvres de l‘économie du pays. Il faudrait 7 milliards d’euros pour remettre le réseau routier aux normes.

“Les hommes politiques n’ont pas été assez courageux pour s’intéresser au secteur public. Ce transfert des fonds publics du pôle investissement vers celui de la consommation semble connaître ses limites aujourd’hui et avoir un impact négatif. Nous voyons en effet de gros retards dans le socle d’investissement. C’est en partie dû à des raisons spécifiques. Dans les années 1990, nous avons dû reconstruire l’Allemagne de l’Est au prix fort et c’est allé de pair avec des coupes dans le budget investissement en Allemagne de l’Ouest”, estime Michael Gröming, économiste à l’Institut de l‘économie allemande.

20% des autoroutes et 40% des routes fédérales auraient besoin d‘être réparées. Ici, le tronçon d’autoroute reliant Fulda à Francfort devrait voir le jour en 2014, 50 ans après le lancement du projet. Impossible cependant de rénover le réseau ferroviaire, faute de moyens.

A Fulda, le taux de chômage est l’un des plus bas d’Allemagne. Cependant, comme partout dans le reste du pays, les nuages s’amoncellent au-dessus de la tête des communes. Elles n’ont tout simplement plus les moyens de financer certains équipements et sont obligées de faire appel au secteur privé pour fonctionner.

“Les municipalités ont payé le prix fort pour amorcer “la transition énergétique”, cet ambitieux programme de remplacement de l‘énergie nucléaire par les énergies renouvables. Leur marge de manoeuvre s’est amoindri de manière drastique. Pour la rénovation de cette place, par exemple, la ville de Fulda a dû se résoudre à établir un partenariat public-privé avec une entreprise néerlandaise qui gère le parking souterrain et avec Karstadt, la célèbre enseigne de grands magasins. Karstadt, l’un des grands noms de l’histoire économique de l’Allemagne, est en difficulté. En 2009, elle a dû faire appel aux aides publiques. Paradoxalement, Karstadt occupe un bâtiment conçu par l’un des plus célèbres architectes allemands de l’après-guerre. Les apparences sont donc trompeuses, pour Karstadt et pour l‘économie allemande”, conclut Christoph Debets, l’envoyé spécial d’euronews en Allemagne.