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Arandel commente le Workshop d’InFiné 2013

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Arandel commente le Workshop d’InFiné 2013

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La Carrière du Normandoux, Poitiers, 26 / 31 août

Il n’y a pas que Red Bull qui organise des laboratoires de musique électronique entre artistes. Le label français InFiné (actif depuis sept ans : une vingtaine d’albums, une quarantaine de maxis) est une des cellules les plus affûtées du circuit dans la recherche de nouveaux sons et nouveaux projets. Sans préjugés et avec une curiosité la plus large possible concernant les machines et les instruments.

Depuis 2009, InFiné invite chaque été les musiciens du label et d’autres artistes venus d’ailleurs à un workshop dans la Carrière du Normadoux, un espace naturel près de Poitiers qui suscite l’inspiration et se prête à des concerts peu conventionnels.

Cette année, le label a monté son projet grâce au financement participatif grâce à l’association Adhés’If via le site KissKissBankBank, faute d’aides publiques. Artistes, collaborateurs et public ont répondu présents.

Nous avons demandé à Arandel, un des plus énigmatiques et originaux projets du label (et son album déjà culte ‘In D’ sorti en 2010) qu’il nous livre son aperçu du Workshop 2013.

Par Vicenç Batalla

Simon Zaoui (pianiste / France)


“Simon avait préparé un programme spécial pour le Normandoux, à partir d‘œuvres qui évoquaient pour lui la notion d’espace, et ce afin de prendre en compte et tirer parti de l’acoustique unique du lieu. Avec des notes qui résonnaient sur l’eau grâce à des haut-parleurs répartis dans la Carrière, cachés derrière des arbres… Mélangeant classique et contemporain, il a notamment interprété plusieurs morceaux de Gyorgy Kurtag (Lugoj-1926)”.

Vanessa Wagner (pianiste / France) - Murcof (électro / Mexique)


“Les rôles sont parfaitement répartis. Vanessa joue a partition à la note près, que Murcof vient compléter, et à laquelle il apporte une autre dimension, plus électronique et plus sensible. Murcof retravaille en direct le son du piano de Vanessa à partir de micros placés à l’intérieur. Sur certains morceaux d’Erik Satie (1866-1925), il joue notamment sur les harmoniques. Et la Carrière répercute le son comme une multidiffusion naturelle. En fin de concert, ils ont joué des morceaux de Philip Glass (Baltimore-1937), arrangés comme si c’était des remixes.
Au Workshop de 2011, ils avaient commencé leur collaboration sur une pièce de Satie. Vanessa jouait alors un programme classique, avec un violoniste. Murcof devait enchainer ensuite sur la deuxième partie de soirée. Comme il était là, it ils ont décidé d’improviser une rencontre entre leurs deux sets. Nous avons alors vécu l’un des moments les plus forts du workshop. C’est une création qui est extrêmement représentative d’InFiné: cette rencontre entre le classique, la musique électronique et l’utilisation qui est faite de la Carrière. C’était très bien à la Gaité Lyrique à Paris au printemps cette année, mais quand on joue à la Carrière il y a presque un troisième musicien”.

Yasmine Hamdan (chanteuse / Liban)


“Marc Collin (Nouvelle Vague) l’accompagnait avec son clavier, plus une guitariste-bassiste-percussionniste-choriste et un batteur lyonnais. Elle chante et joue aussi dans le denier film de Jim Jarmush (‘Only lovers left alive’, sortie en France en février 2014). Je ne connais pas bien la musique libanaise, à part bien sûr Bachar Mar Khalife, mais le chant en arabe est vraiment magnifique, très suave et rond. Yasmine a une très belle présence”.

Thomas Enhco (pianiste / France)


“D’habitude, Thomas joue avec une formation de trio jazz. Pour le Workshop, il venu en solo et a interprété des morceaux de sa composition, des thèmes dont il fait des variations assez folles, et sur lesquels il improvise. En fait, je n’ai pas assisté au concert directement parce que j’étais en cuisine pour aider Murcof et son épouse à faire le repas mexicain qui était servi au public ce soir-là (‘ceviche’, ‘horchata’, ‘tacos’… ). Mais la musique de Thomas nous a accompagnés en faisant des ‘‘tacos’…”

Z aka Szajner (robotique / France) - Yroyto (vjing / France) - Almeeva (guitare / France)


“Bernard Szajner (Grenoble – 1944) fait partie de la seconde génération des pionniers de l’électronique française. Il a commençé à la fin des années soixante-dix. Son premier album, ‘Visions Of Dune’ (Pathé / EMI – 1979), est l’album préféré de tous le temps de Carl Craig (Detroit – 1969). Il est un spécialiste de robotique et a créé beaucoup d’instruments et, notamment, la harpe laser de Jean-Michel Jarre. Sur scène, il ne joue que ses propres instruments. À la Carrière, il est venu avec des espèces de robots étranges qui font des sons électroniques.
Yroyto s’occupait de la dimension ‘vjing’, mais de manière plus poussée, plus organique et surtout plus personnelle. Il était sur scène avec une caméra et manipulait des objets devant cette caméra. Il racontait des histoires en faisant bouger ces objets sur des photocopies, des calques, des paysages. C’était une création que Bernard avait fait avec Yroyto il y a quelques années, quand celui-ci est venu le rechercher après près de 20 ans de silence scénique. Pour cette édition du Workshop, le parisien Almeeva, est venu se greffer au duo en jouant de la guitare et en insérant quelques compositions à lui.”
Szajner a repris la musique il n’y a pas longtemps. Il avait arrêté pendant vingt ans et s‘était consacré à d’autres choses. Il s’y est remis avec l’aide d’Yroyto, en commençant à travailler avec lui il y a trois ou quatre ans”.

Lee Burton (chanteur-guitare-clavier / Grèce)


“Il était sur scène avec un clavier, sa guitare acoustique et un batteur qui envoyait également des séquences. C’était assez proche de James Blake, mais un peu plus black. À la fois, plus blues et plus soul. Et plutôt post-dubstep pour ce qui est des rythmiques. Il a un côté très blues quand il joue de la guitare acoustique et une voix très profonde, très grave. Le set de Lee était très progressif, partant de balades pour évoluer petit à petit vers des choses plus étirées, plus mentales, plus krautrock aussi. Il parait que son album est magnifique”.

ODEI (France) - Cubenx (électro / Mexique)


“Ils n’ont pas grande chose à voir avec Aufgang. Ce sont tous deux des trios, mais chez Aufgang, la dimension piano est une identité très forte, avec simplement un batteur au milieu qui arbitre le duo / duel. Avec ODEI, c’est complètement différent. La musique est plutôt improvisée, alors qu’elle est très écrite chez Aufgang. Ce sont un batteur et un vibraphoniste, très techniques, et Matthys qui s’occupe de la partie électronique avec des synthétiseurs et un logiciel qui a été fait par un ingénieur de l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique / Musique, Paris). Matthys produit des arpèges qui tournent et induisent ce qui parait être de longues phases d’improvisation autour de thèmes. Tout s’enchaine, il n’y a pas de pause entre les différents morceaux.
Et Cubenx joue une guitare très ‘shoegazing’ par-dessus avec des réverbérations, des échos et d’autres effets. C’est une création produite en collaboration avec le festival Baleapop, à Bidart, Pays Basque. Ils sonnent comme une musique électronique organique ; c’est très hypnotique”.

All night long - dj set


“ Pour cette derrière soirée du Workshop, hors-les-murs puisqu’elle a eu lieu au Météo à Poitiers, le ‘warm up’ était assuré par Matsa. Après il y a eu l’excellent Pom Pom Boy puis Arandel. Et enfin Theo Muller, un ancien stagiaire d’InFiné, a terminé avec un mix très ‘techno old school’, uniquement sur vinyles. Très classe. Pour le coup, ’était une soirée plus orientée ‘club’”.

Arandel


“Pour l’instant la date du sortie n’est pas encore décidée, mais on a terminé le deuxième album un peu plus tôt cette année. Il sortira chez InFiné aux alentours du printemps 2014.

En fait, Arandel c’est ne pas un pseudonyme, c’est le nom du projet. Et, surtout, c’est un projet anonyme. C’est pour cette raison que l’on ne connaît pas les gens qui sont dans ce projet. ll n’y a pas de vidéo, pas de photo. On connaît rien sur le passé, les histoires, le ‘background’… C’est ne pas une question de liberté ; on propose juste de s’intéresser à la musique et pas aux musiciens.

Pour l’instant, on peut seulement dire que, dans ce deuxième album, il y a moins d’instruments acoustiques. Il a été fait avec des synthés analogiques, des orgues électriques, et divers claviers récupérés dans des brocantes et des vide-greniers. Dans le premier album, il y avait aussi des synthés et des boîtes à rythme, mais la tonalité générale était délibérément acoustique. Le deuxième album aura beau être plus “électronique”, je pense qu’il sera tout aussi organique que le premier. C’est fait à la main ; il n’y a pas de boucles. Tout est joué à la main par des gens, avec des erreurs, des heureux hasards. Il y a un côté très humain, très vivant, même si les sons sont synthétiques”.

Site dédié au workshop InFiné 2013