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Un homme sur quatre a déjà commis un viol dans certains pays d'Asie-Pacifique


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Un homme sur quatre a déjà commis un viol dans certains pays d'Asie-Pacifique

Alors que le verdict vient de tomber dans le procès du viol collectif qui avait enflammé l’Inde, les Nations Unies publient un rapport sur le viol et les violences perpétrées par les hommes en Asie-Pacifique, sous le titre de Pourquoi certains hommes utilisent la violence contre les femmes et comment pouvons-nous l’éviter ?

Un homme sur dix, dans certains pays d’Asie, reconnaît avoir violé une femme qui n’était pas sa partenaire. Un chiffre qui passe à presque un homme sur quatre lorsque les épouses et compagnes sont prises en compte.

C’est ce qui ressort de l’enquête publiée conjointement aujourd’hui par quatre agences des Nations Unies, regroupées sous le nom de Partners for prevention, et par la revue scientifique britannique The Lancet (en deux parties, sur les relations conjugales et les relations occasionnelles).

Cette étude, dirigée par la docteur sud-africaine Rachel Jeweks, a été menée anonymement auprès de 10 000 hommes âgés entre 19 et 49 ans dans six pays d’Asie-Pacifique (Bangladesh, Cambodge, Chine, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée et Sri Lanka) entre 2010 et 2013. Les chercheurs précisent que ces résultats ne peuvent pas être extrapolés aux pays voisins.

Les questions ont été posées par des hommes. Le mot « viol » n’a pas été utilisé ; les sondés devaient dire s’ils avaient déjà forcé une personne, homme ou femme, à avoir des rapports sexuels avec lui alors qu’elle ne le souhaitait pas ou alors qu’elle avait trop bu ou pris trop de drogue pour exprimer son accord. Les chiffres ont aussi été différenciés selon que les hommes interrogés vivaient dans une zone urbaine ou une zone rurale.
L’étude ne s’est pas contentée de dénombrer. Les chercheurs ont aussi étudié les motivations des hommes et les raisons qui ont pu les pousser à devenir violents.

Des chiffres édifiants

Dans les six pays, le viol des compagnes et épouses est plus répandu que celui des partenaires occasionnelles. En moyenne 24% d’hommes ont dit avoir forcé leur épouse ou compagne à avoir des relations sexuelles avec eux. Les écarts peuvent être grands entre les pays, de 13% au Bangladesh à 59% en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Au total, deux tiers des hommes qui ont violé un(e) partenaire occasionnel(le) ont aussi violé leur épouse une ou plusieurs fois. 16% de ces violeurs ont agressé sexuellement au moins quatre femmes. Près de la moitié d’entre eux (49%) ont commis leur premier viol sur une femme alors qu’ils étaient adolescents.

La violence sexuelle conjugale n’est pas toujours accompagnée de violence physique ou psychologique. Dans les villes du Bangladesh par exemple, 45% des hommes mariés ou en couple exercent uniquement une violence physique ou psychologique sur leur partenaire. Ils ne sont que 8% à user à la fois de violences physiques et sexuelles et 3% à une violence sexuelle seulement.

« Un bon mariage c’est avoir une femme aimante et dévouée qui sait placer l’intérêt de la famille de son mari avant toute chose. Si je suis en colère, je préfère lui donner une bonne leçon tout de suite […] Si elle désobéit, elle doit être punie. Il n’y a pas de mal à ça. »
Témoignage d’un Bangladais

Les violences physiques ou psychologiques sont largement répandues. 46% des hommes exercent une violence sur leur partenaire de vie, un chiffre qui grimpe même jusqu’à 80% à sur l’île de Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée !

« C’est assez surprenant mais nos résultats montrent dans certaines régions que si certains croisements existent, les violences physiques et les violences sexuelles ne sont pas commises ensemble ni pour les mêmes raisons » détaille le Docteur Emma Fulu membre de Partners for prevention. Elle ajoute « Cela va probablement avoir des implications très profondes sur la manière dont la prévention des violences conjugales est pensée et menée, car jusqu’à présent on supposait que les violences physiques et sexuelles découlaient des mêmes schémas comportementaux alors que nos résultats prouvent le contraire. »

Images : Daniel Feary

De l’influence de la culture

Les hommes invoquent leur bon droit dans 70% des cas pour justifier un viol. 44% disent qu’ils voulaient s’amuser ou ne plus s’ennuyer ; 35% expliquent qu’ils étaient en colère ou qu’ils voulaient punir leur victime et 17% avouent qu’ils étaient ivres.

Ces chiffres donnent le tournis mais le résumé de l’étude précise que si beaucoup d’hommes ont recours à la violence, certains sont très frustrés par les formes dominantes de masculinité. D’autres tentent aussi de promouvoir l’égalité entre hommes et femmes.

Malgré tout, le facteur culturel reste celui qui pèse le plus lourd pour expliquer les comportements des hommes de ces pays. La domination masculine y est tellement établie que les hommes remettent peu en cause la violence qu’ils font subir aux femmes. L‘étude montre ainsi que les hommes qui ont intériorisé ces normes, qui se disputent avec leur épouse, ont des relations tarifées, des partenaires sexuelles multiples et contrôlent la vie de leur épouse sont plus enclins à violer.

« Après une longue journée de travail, l’homme rentre à la maison. La femme doit lui faire la cuisine, préparer sa douche. Puis elle doit manger avec son mari et partager son lit avec lui, lui montrer de l’affection. »
Témoignage d’un Bangladais

Mais ces hommes peuvent aussi être victimes et reproduire des schémas qu’ils ont vécus. Cela peut remonter à l’enfance, qu’ils aient subi des violences, sexuelles ou non, ou aient souffert de négligence, mais aussi qu’ils aient été témoins de violence contre leur mère.

Les chercheurs rapportent ensuite des facteurs plus communs comme un faible niveau d’éducation, la difficulté de se nourrir, la dépression ou l’alcool et enfin un environnement violent ou l’enrôlement dans un gang.

Changer les campagnes de prévention

A la fin de son rapport, Partners for prevention avance sept recommandations pour les plans d’action futurs qui sont tous tirés directement des résultats de cette étude et qui mettent l’accent sur le changement des mentalités en amont. Ils proposent de travailler sur les rapports d’égalité entre hommes et femmes et sur la notion de domination masculine. Mais ils suggèrent aussi de réduire les violences contre l’enfant et de modifier les images de la sexualité auprès des petits garçons.

Tirant l’enseignement des différences qui existent et qui ressortent même dans une étude concernant six pays, les chercheurs préconisent aussi une approche spécifique, qui s’applique à un contexte donné et aux schémas comportementaux qui en découlent.
« Nos résultats montrent clairement que les stratégies de prévention doivent désormais se concentrer sur les facteurs de risques structurels et sociaux qui expliquent le viol. » conclut ainsi le Dr. Rachel Jewkes.

La sixième recommandation propose, enfin, de mettre fin à l’impunité dont jouissent nombres de violeurs dans ces pays. Un premier pas dans la bonne direction que vient de franchir l’Inde aujourd’hui ?

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