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Crise syrienne : quel impact pour le Liban?

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Crise syrienne : quel impact pour le Liban?

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Depuis le début des événements en Syrie, le Liban a été touché par la crise syrienne, la crise a affecté le Liban politiquement, économiquement et socialement. Euronews a eu un entretien avec le Premier ministre libanais démissionnaire M. Najib Mikati.

Euronews, Daleen Hassan:
Najib Mikati bonjour. Le Liban suit une politique de «maintien à distance “ vis-à-vis de la crise syrienne, mais en réalité, en quoi le Liban est-il affecté par cette crise?

Najib Mikati:
Je crois que l’auto-distanciation est la politique appropriée pour le gouvernement et le peuple libanais s’agissant des développements dans la région, et les événements en Syrie ont touché directement les Libanais et de façon significative. Vous connaissez la relation historique et géographique qui lie le Liban et la Syrie, et tout cela a été pris en considération, tout comme la division de la société libanaise entre pro et anti Assad. Je pense que c’est la bonne attitude à conserver pour le gouvernement dans le futur, c’est ce qui protégera le Liban des conséquences des événements dans la région.

Euronews:
En l’absence d’un nouveau gouvernement, vous en tant que Premier ministre par intérim, comment gérez-vous les conséquences de la crise syrienne, en particulier la crise des réfugiés?

Najib Mikati:
C’est d’abord une crise humanitaire, non politique. Aujourd’hui, quand un citoyen syrien, qui est un frère de notre peuple libanais, cherche refuge au Liban pour trouver un endroit sûr, nous devons répondre à cette demande. Mais le nombre de réfugiés est très grand, nous avons environ 750 000 réfugiés enregistrés dans les organisations internationales et ils ont le statut de réfugié. Mais il y a plus de 300 000 Syriens qui ne sont pas enregistrés comme réfugiés, et qui en ce moment sont au Liban. En tant que gouvernement libanais, nous faisons notre devoir envers les réfugiés syriens qui sont sur notre territoire.

Euronews:
Les Libanais doivent-ils supporter les conséquences de la crise syrienne? Des gens à Beyrouth disent que la présence des Syriens a exacerbé les problèmes du Liban?

Najib Mikati:
Quand il y avait la guerre civile au Liban, la Syrie a ouvert ses portes pour recevoir les Libanais au fil des ans, aujourd’hui nous n’allons pas fermer les portes aux Syriens. Mais la question est sous le contrôle de l’Etat libanais afin que le nombre de Syriens au Liban n’augmente qu‘à certaines conditions, et nous surveillons les frontières libanaises aussi, et donc chaque syrien qui se trouve au Liban et n’a pas le statut, nous étudierons son cas.

Euronews:
Le Liban retire-t il des avantages économiques de la crise syrienne?

Najib Mikati:
Non, au contraire. Selon la dernière évaluation de la Banque mondiale, le Liban souffre de cette crise, qui a un impact direct sur ​​la croissance.

Euronews:
Mais des banquiers libanais ont indiqué que de nombreux Syriens avaient déposé leur capitaux dans les banques libanaises. Vous ne pensez pas que cela aide l‘économie libanaise?

Najib Mikati:
Je vous assure, les banques libanaises sont prudentes sur ces dépôts des Syriens, les banques libanaises font leur travail en contrôlant les comptes et les propriétaires de ces comptes, parce que nous ne voulons pas être mis en doute par la communauté internationale à cause de certains comptes détenus dans des banques libanaises.

Euronews:
Mais on parle de fonds versés dans des banques libanaises par des personnes liées au régime syrien, ce qui serait une violation des sanctions imposées à Damas.

Najib Mikati:
Les banques libanaises vérifient tous les comptes et toutes les personnes qui souhaitent placer leur argent dans les banques libanaises, et je ne pense pas que les sommes venant de Syrie soient énormes compte-tenu de ces mesures.

Euronews:
Le Hezbollah a admis combattre aux cotés du régime syrien. Il y a aussi un afflux d’armes et de combattants qui soutiennent l’insurrection en Syrie et qui veulent aider l’armée libre. Comment réagissez-vous à cette question, et des mesures ont elles été prises pour empêcher l’arrivée d’armes et de combattants en Syrie?

Najib Mikati :
Dès le premier jour de l’implication de ces groupes dans la guerre syrienne, notre appel a été de se retirer, de ne pas s’occuper des affaires syriennes, parce que cela n’apporte rien au Liban.
De par ma position, je recherche l’intérêt du Liban et donc je renouvelle mon appel à tous de ne pas s’immiscer dans les affaires syriennes, de près ou de loin, parce que cela nuit aux intérêts du Liban.

Euronews:
L’Union européenne a classé l’aile militaire du parti Hezbollah comme organisation terroriste, comment le gouvernement a-t-il pris cette décision?

Najib Mikati:
Nous attendons les mesures que doit prendre l’Union européenne. Passés six mois, il y aura un réexamen de cette affaire et notre gouvernement va demander à l’UE de reconsidérer sa décision.

Euronews:
Certains soupçons ont été exprimés récemment disant que le régime syrien a transféré une partie de ses armes chimiques sur le territoire libanais, ces rumeurs sont elles fondées?

Najib Mikati:
Personnellement, je vous assure que c’est faux. Nous n’avons aucune information là dessus, et le secrétaire général du Hezbollah a confirmé que ces accusations ne sont pas valables.

Euronews:
Dans le cas d’une attaque militaire contre la Syrie, comment le Liban répondra-t il aux éventuelles conséquences d’une telle attaque?

Najib Mikati:
Nous regardons toutes les implications possibles pour Liban. Dès qu’ils ont commencé à menacer la Syrie, nous avons pris des précautions et nous avons eu des échanges diplomatiques sur la question, mais grâce à Dieu, l’attaque a été évitée et c’est une voie politique qui est choisie pour mettre fin à la crise. Le Liban a toujours dit qu’une solution politique est la mieux adapté à ce qui se passe en Syrie.