DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Piaf s'envole et ne regrette rien


monde

Piaf s'envole et ne regrette rien

Hugues Vassal a rencontré Edith Piaf pour la première fois en 1957, alors qu’il était stagiaire au service photo du journal France Dimanche. “La Môme”, devenue LA star de la chanson française, l’a tout de suite adopté, lui demandant de devenir son photographe attitré. Hugues Vassal est alors entré dans le premier cercle de la chanteuse, l’accompagnant du matin jusqu’au soir durant les six dernières années de sa vie. Le photographe, co-fondateur de l’agence Gamma, raconte ses souvenirs à Euronews.

Ce sont les multiples épreuves qui en ont fait une “bête de scène”, une chanteuse “habitée”. “La Môme Piaf” est presque née sur le trottoir dans le quartier parisien de Belleville. Enfant, elle est confiée à sa grand-mère paternelle qui est la tenancière d’une maison close à Bernay, en Normandie. A 6 ans, atteinte d’une kératite aiguë, une maladie de la cornée qui aurait pu la rendre aveugle, elle doit porter un bandeau noir sur les yeux. Bernay est proche de Lisieux, et c’est une lueur d’espoir. Les prostituées qui servent de mères à la petite Edith l’emmènent prier sur la tombe de Sainte Thérèse de Lisieux, et peu après elle recouvre la vue. “Toute sa vie, indique son photographe préféré, elle croiera fermement au miracle. Elle vouera une grande adoration à Sainte Thérèse”.

Les fantômes et les démons

Edith Piaf croyait aussi à la réincarnation, nous apprend Hugues Vassal. On peut imaginer qu’elle est revenue comme moineau à Paris, où elle errait jusqu‘à ses vingt ans en compagnie de sa copine de galère et “ange noir” Simone Berteaut, dite “Momone”. Avant de sortir réellement la tête de l’eau au cours de l’année 1937 – et du mauvais alcool qu’elle partageait avec “Momone” – “La Môme” aurait pu connaître le bonheur avec sa petite fille Marcelle, née en février 1933. Mais le destin en a décidé autrement, “Cécelle” a succombé à une méningite foudroyante à l‘âge de deux ans et demi. L’autre drame dont ne se remettra jamais la chanteuse, c’est la disparition de l’homme de sa vie Marcel Cerdan, mort dans un accident d’avion le 27 octobre 1949. Le lendemain, sur les planches à New York, Edith Piaf s’armera de courage pour lui dédier “L’Hymne à l’Amour”.

Un photographe est le mieux placé pour en finir avec les clichés. Hugues Vassal affirme, tout comme d’ailleurs Charles Aznavour qui la suivait aussi partout, que la star n‘était ni droguée ni alcoolique. Elle ne pouvait même plus boire d’alcool du tout à cause des nombreux médicaments qu’elle ingurgitait. En revanche, Edith Piaf savait très bien qu’elle abusait de la morphine et avalait trop de cachets vitaminés inutiles. Après des blessures dans plusieurs accidents de voiture, souffrant d’une polyarthrite qui rongeait ses poignets et ses chevilles, de problèmes d’intestin, d’estomac et de foie de plus en plus sérieux, ses dernières années furent un calvaire. Elle fit de nombreux séjours dans les cliniques et hôpitaux, mais revint chaque fois sur scène, qui était sa principale drogue. “Si je ne chante pas, tranchait-elle, je crèverai plus vite encore !”

Le tour de chant sur Terre s’achève définitivement le 10 octobre 1963. Edith Piaf s‘éteint à la mi-journée à Plascassier, près de Grasse, sur la Côte d’Azur. Son corps est rapatrié à Paris en ambulance pour ne pas alerter la presse. Son décès ne sera annoncé officiellement que le lendemain, le 11 octobre. Au domicile de la chanteuse boulevard Lannes, Hugues Vassal la photographie sur son lit de mort, “sans l’idéaliser” comme lui avait demandé l’artiste.
Le 14 octobre 1963, deux millions de Français inconsolables sont massés près du cimetière du Père-Lachaise à Paris pour assister aux funérailles de ce petit bout de femme devenue une grande dame dans le monde entier. “Hugo” Vassal, comme l’appelait Edith Piaf, est encore là mais pas comme photographe, comme ami. Il dit à un proche : “Elle a encore fait un triomphe !”


Toutes les photos qui illustrent cet article sont signées Hugues Vassal

Prochain article

monde

Le Nobel de chimie attribué à Karplus, Levitt et Warshel