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Immigration clandestine : l'UE promet des décisions concrètes en décembre

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Immigration clandestine : l'UE promet des décisions concrètes en décembre

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Isabel Marques da Silva, euronews : “les allégations d’espionnage américain des dirigeants européens ont dominé le sommet des 28 ici à Bruxelles. La France et l’Allemagne se sont unies pour tenter de trouver un accord de respect mutuel avec les Etats-Unis. Libre aux autres Etats membres de les rejoindre. Egalement à l’agenda : la reprise économique et la politique migratoire, mais aucune décision ne sera prise avant décembre.”

Concernant l’immigration, le Conseil entend relancer le dialogue avec les pays de départ et renforcer la surveillance des frontières extérieures de l’Union. Des experts ont été chargés par les 28 d’identifier les moyens et les fonds nécessaires.

“Nous avons demandé au nouveau groupe de travail sur la Méditerranée, sous l‘égide de la Commission européenne et des Etats-membres, de formuler rapidement des propositions d’actions concrètes, pour une utilisation plus efficace des politiques et des outils européens,” a détaillé le président du Conseil, Herman van Rompuy.

Les traités européens prévoient le partage des responsabilités. Mais les Etats-membres du nord refusent obstinément de partager le fardeau du traitement des demandes d’asile, qui incombe aux pays d’arrivée, comme l’Italie.

Le chef du gouvernement italien, Enrico Letta, est en tout cas satisfait sur un point : “pour nous, il est extrêmement important que les conclusions du sommet fassent référence au concept de solidarité. Je le souligne parce que nous savons tous que ce n‘était pas acquis.”

L’Italie, Chypre et Malte disent ne plus pouvoir absorber seuls ces naufragés toujours plus nombreux. Ils exigent maintenant que la solidarité européenne se traduise en actes.

L’interview : Joseph Muscat, premier ministre maltais

Notre correspondante à Bruxelles Isabel Marques da Silva a profité du sommet européen pour rencontrer le premier ministre maltais, Joseph Muscat.
Au cours des 10 dernières années, 17.000 clandestins ont échoué sur l‘île de Malte. Un fardeau énorme pour cet Etat de 400.000 habitants.

Isabel Marques da Silva, euronews :

Monsieur le Premier ministre, juste avant ce sommet vous avez brandi l’exemple de la solidarité avec les plans de sauvetage financiers, et vous avez menacé de vous montrer moins coopératif s’il ne devait pas y avoir la même solidarité sur l’immigration. Etes-vous satisfait des conclusions du Conseil ?

Joseph Muscat, Premier ministre maltais :

Le plus important, c’est que le Conseil a accepté de définir un calendrier et de fixer clairement une date butoir. Le Conseil a accepté qu’en décembre prochain, l’Europe décide, qu’elle prenne des décisions opérationnelles pour faire face à cette crise.

Isabel Marques da Silva, euronews :

Qu’allez-vous faire dans les six à huit prochains mois, alors que les embarcations de fortune continuent d’arriver à Malte ?

Joseph Muscat, Premier ministre maltais :

Les personnes dont la demande d’asile aura été refusée devront rentrer chez elles. Cela devrait faire partie intégrante de la mission de Frontex.

Isabel Marques da Silva, euronews :

Mais au lieu de les rapatrier dans des pays où la situation est critique, comme en Libye, ne pourrait-on pas les installer dans d’autres pays européens ? Avez-vous obtenu d’autres pays qu’ils accueillent ces réfugiés ?

Joseph Muscat, Premier ministre maltais :

Je sais que cela peut sembler dur de ma part, mais voilà. Je pense que la situation actuelle, où tous ceux dont la demande d’asile est rejetée restent en Europe, n’est pas acceptable. C’est quelque chose que nous voulons résoudre.

Isabel Marques da Silva, euronews :

Mais votre homologue italien, monsieur Letta, nous a dit que sur les 35.000 personnes accueillies cette année, 73% pouvaient prétendre au droit d’asile. La plupart d’entre elles devraient rester en Europe, mais peut-être pourraient-elles être mieux réparties géographiquement ? Avez-vous obtenu des engagements sur ce point de vos homologues d’autres pays de l’Union européenne ?

Joseph Muscat, Premier ministre maltais :

Je crois que c’est bien là le rôle de l’Europe. Je pense que ce serait une avancée importante. Je crois fermement que la Commission veut proposer une solution de ce genre, donc ce serait un soulagement. Ensuite, il y a d’autres points qui restent litigieux. C’est un problème épineux.

Isabel Marques da Silva, euronews :

Vous avez aussi déclaré que ce n‘était pas seulement une question d’argent. L’Italie a obtenu 30 millions d’euros, on a vu l‘état terrible de certains centres de détention. Avez-vous besoin de fonds supplémentaires ? Qu’en feriez-vous ?

Joseph Muscat, Premier ministre maltais :

Nous ne disons pas qu’il ne faut pas améliorer l’infrastructure. Mais nous disons aussi que la détention est nécessaire. Si quelqu’un vient dans notre pays sans papiers, vous ne pouvez pas vous contenter de le laisser passer son chemin. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur le nombre croissant de clandestins. Quel message adresserions-nous au monde si nous n’avions pas la procédure de détention ? Que nous devrions fermer les yeux non seulement sur le trafic de la Libye vers Malte, mais aussi sur le trafic entre Malte et l’Italie ? Ce n’est pas notre façon de faire.

Isabel Marques da Silva, euronews :

Donc vous êtes d’accord sur le fait que la mission d’EUROSUR devrait consister à multiplier les patrouilles pour tenir les bateaux à distance plutôt que mettre en place les conditions du sauvetage des réfugiés en détresse en mer ? Le secours en mer devrait-il être coordonné ?

Joseph Muscat, Premier ministre maltais :

Oui, mais il ne faut pas créer une situation où le message aux passeurs qui profitent de ces gens serait le suivant : “envoyez plus de bateaux, nous leur porterons secours et les accepterons !” Je ne pense pas qu’il faille revoir notre système de visa, notre système d’asile, qu’il faille rendre les migrations légales vers l’Europe plus possibles et plausibles.”