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Le Premier ministre libyen prêt à recourir à la force pour rouvrir les puits de pétrole


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Le Premier ministre libyen prêt à recourir à la force pour rouvrir les puits de pétrole

La Libye lutte toujours pour instaurer un Etat de droit. Les autorités de transition peinent à contrôler l’ensemble du territoire, aux mains des milices. Dans la région de la Cyrénaïque, dans le sud-est du pays, des membres de certaines tribus ont bloqué les principaux terminaux pétroliers et provoqué ainsi une chute de la production de pétrole à 250.000 barils/jour, contre près de 1,5 million barils/jour avant le début de ce mouvement. Ils réclament également l’autonomie de cette région et que leur soit reversée une partie des revenus du pétrole.

C’est dans ce contexte qu’euronews a rencontré le chef du gouvernement libyen de transition, Ali Zeidan.

Daleen Hassan, euronews :
“Depuis deux ans, depuis la chute de Mouammar Kadhafi, les Libyens appellent toujours de leurs voeux l’avènement d’un Etat de droit. Mais, pour l’instant, ils sont cernés par le chaos et assujettis au contrôle des tribus et des milices extrémistes. Dans ce contexte, la situation en Libye préoccupe l’ensemble des pays de la région.
Pour aborder ces questions brûlantes liées au désarmement, à la sécurité, à l‘économie et à l’avenir de ce nouvel Etat libyen, je reçois le président par intérim du gouvernement libyen.
Mr Ali Zeidan, le monde voudrait connaître votre position sur ce qui se passe en Libye”.

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“Ce qui se passe en Libye est la conséquence naturelle d’un événement très important qui a secoué la Libye à différents niveaux. Cela a donc créé une situation d’insécurité, qui a eu des répercussions négatives. C’est un contexte normal pour une phase de transition, même si cela a porté préjudice au peuple libyen.
J’aurais vraiment souhaité que l’on évite la crise que nous avons traversée pour atteindre la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, mais pour être réaliste, en vertu des circonstances, cela n’a pas été possible. Je vois qu’il y a toujours de grandes attentes et de l’espoir pour changer la situation et je pense que maintenant nous avons atteint un certain degré de contrôle”.

Daleen Hassan, euronews :
“En tant que gouvernement intérimaire, vous étiez chargés de mener la transition pour construire un état institutionnellement stable. Pensez-vous avoir réussi ?”

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“De mon point de vue, nous avons vu – au moins ces trois derniers mois – des développements significatifs. Le point le plus important est la mise en place d’une armée et d’une police. Dernièrement, nous avons formé des unités de police et elles ont débuté leur mission de maintien de l’ordre public dans les rues. Les brigades armées sont maintenant sur le point de quitter Tripoli”.

“Deuxièmement, nous essayons d’intégrer ceux qui veulent rejoindre l’armée ou la police. Nous nous sommes lancés dans un programme d’entraînement intensif et cela va permettre d’améliorer la situation sur le plan sécuritaire, et le gouvernement pourra ainsi fonctionner de manière plus productive, et surtout avec le soutien de notre peuple”.

“S’il n’y avait pas de coopération entre le gouvernement et le Congrès général national, nous ne serions pas en mesure d’avancer. Je peux confirmer le fait qu’il y a un accord, de la compréhension entre nous, si bien que nous pouvons avancer vers une nouvelle étape et amener la stabilité à ce pays. Notre gouvernement travaille en conformité avec les lois votées par le Congrès général national. Cette année nous avons enduré des temps difficiles, qui perdurent encore aujourd’hui”.

“Il y a une certaine compatibilité entre les différents partis libyens et nous essayons de trouver davantage de convergence quant à nos idées et nos points de vue. Nous avons fait de grandes avancées dans ce domaine et nous faisons de grands pas vers l‘élection des membres de la commission constituante”.

Daleen Hassan, euronews :
“Quand pensez-vous organiser les prochaines élections présidentielles en Libye ?”

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“Pour l’instant, nous ne savons pas ce qui sera inscrit dans la Constitution et si la Libye se dotera d’un régime présidentiel ou d’un autre système. Cette question sera donc débattue après la rédaction de la Constitution. Selon mes estimations, cela aura lieu six mois après l’adoption de la Constitution”.

Daleen Hassan, euronews :
“La région de l’Est de la Libye, la Cyrénaïque, plaide pour l’instauration d’un état fédéral. Quelle est votre position sur le sujet ? Envisagez-vous un gouvernement fédéral à long-terme en Libye ?”

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“C’est un groupe limité de personnes, dans cette région orientale, qui est à l’origine de cette doléance, mais cette proposition a essuyé un refus catégorique dans d’autres parties de la région”.

“Nous voulons mettre l’accent sur l’unité de la Libye, le fédéralisme est donc hors sujet. En même temps, nous sommes contre le fait d‘établir un état centralisé. Il est vrai que certains voient d’un mauvais oeil la centralisation dans la capitale aux dépends des autres régions. Certaines personnes pensent qu’il n’y a qu‘à Tripoli et dans sa banlieue que l’on trouve de bons services publics et un bon degré de développement. Mais ce n’est pas vrai dans la mesure où les services étaient complètement absents de Libye, dans tout le pays. Nous essayons de mettre en place une administration locale dans chaque région du pays”.

Daleen Hassan, euronews :
“Parlons de l‘économie. La Libye est connue pour être un état riche en pétrole, mais récemment l’Etat a subi des pertes significatives – un manque à gagner de 7 milliards de dollars – suite au blocage de certains puits. Qu’avez-vous l’intention de faire face à cela ? L‘économie libyenne est-elle en danger ?”

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“L‘économie libyenne n’est pas en danger. Le budget général de l’Etat est établi chaque année en fonction des ressources de l’année précédente. C’est vrai que le taux de production de pétrole a baissé de manière significative, mais nous avons toujours des réserves de pétrole. Cependant, la magnitude des pertes en termes de baisse de la production et de perturbation de notre appareil pétrolier est énorme”.

“Ce qui est important, j’aimerais le souligner, c’est que nous sommes en discussion pour ouvrir des pipelines au niveau des ports pour pouvoir exporter le pétrole. Cela devrait aboutir dans les jours qui viennent. L’idéal serait donc de réussir de cette manière, mais si nous échouons, le gouvernement sera dans l’obligation de prendre des mesures pour forcer l’ouverture de gisements de pétrole. Nous espérons que cela se passera dans le calme et nous espérons ne pas avoir à prendre de mesures plus coercitives”.

Daleen Hassan, euronews :
“Le pouvoir tunisien s’est plaint d’une fuite d’armes libyennes à destination des extrémistes tunisiens. Pouvez-vous rendre la frontière avec la Tunisie moins perméable ? Est-ce faisable dans ce contexte ?”

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“Cette question doit être résolue grâce à une solidarité effective entre les deux pays. J’ai dit au président tunisien Moncef Marzouki que nous devions coopérer totalement pour réguler le passage autour de cette frontière entre nos deux pays, afin d’en garantir la sécurité. Nous essayons de régler la question des délits près de cette frontière pour assurer la paix de toute la région. C’est un enjeu important non seulement pour nous mais aussi pour tous nos voisins dans cette région. Nous espérons pouvoir résoudre ce problème efficacement et professionnellement avec nos frères de Tunisie”.

Daleen Hassan, euronews :
“Quant aux relations avec l’Union européenne, où en êtes-vous et quel est actuellement le degré de coopération entre la Libye et l’Union européenne ?”

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“Nous avons amorcé notre coopération avec l’Union européenne au début de la révolution, et il y a eu une coopération diplomatique au siège strasbourgeois de l’Union européenne. L’Europe nous a beaucoup aidé durant les différentes étapes de la révolution. Nous avons une connexion forte que nous cherchons à développer davantage, surtout dans les domaines du maintien de l’ordre, de l’immigration illégale, de l’ajustement des coûts des mesures de sécurité, et du contrôle des frontières dans le sud. Et, bien sûr, l’Union européenne nous aide à entraîner et à réhabiliter les institutions que sont l’armée et la police.

Daleen Hassan, euronews :
“Quelles sont vos préoccupations, à titre personnel ?”

Ali Zeidan, Premier ministre libyen :
“Ce qui m’inquiète, c’est l’ignorance des gens sur de nombreux dossiers. Ils se montrent donc hostiles par simple ignorance. Et ce qui m’inquiète également dans ce domaine, c’est que je n’ai pas toujours les éléments nécessaires pour les informer et leur donner les clés du problème. Cette question me préoccupe particulièrement car je comprends l’angoisse des gens et pourquoi ils cherchent des coupables, mais en même temps, ils ne connaissent pas toujours toute la vérité”.

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