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Comment Dieudonné a-t-il pu sombrer dans l'antisémitisme ?

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Comment Dieudonné a-t-il pu sombrer dans l'antisémitisme ?

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Comment Dieudonné M’bala M’bala a-t-il pu basculer à ce point ? Pourquoi l’humoriste des débuts, encensé par ses pairs, est-il devenu au fil des dix dernières années un provocateur sans limites, un antisémite acharné, ami de révisionnistes, de figures d’extrême droite, voire de meurtriers ? Un de ses amis proches – il en a de moins en moins – a une explication qui se résume à un mot, l’escalade. Ce serait “sa manière de fonctionner”, “Puisque vous m’avez cherché, vous allez me trouver !” Un ancien ami, fâché désormais avec lui, parle plutôt de son amour pour lui-même. Il serait tombé dans l’antisémitisme seulement “pour exister”.

L’ironie de cette histoire qui a mal tourné, c’est que Dieudonné a connu le succès dans les années 1990 en montant sur scène avec l’humoriste juif Elie Semoun. Les deux hommes s‘étaient connus au lycée et, au départ, écrivaient leurs sketchs entre deux petits boulots. A ce moment-là, le “moteur” de Dieudonné était l’autodérision, pour mieux se moquer des racistes. Enfant, ce fils d’un Camerounais et d’une Bretonne avait souffert à l‘école où certains de ses camarades le surnommaient “Bamboula”. A la belle époque de son talent sur scène, Jamel Debbouze disait “C’est le meilleur d’entre nous”, Guy Bedos le trouvait “très doué et très drôle”. Ce ne sont pas les thèses anti-juives, que l’artiste ne développait pas encore, qui provoqueront la rupture avec Elie Semoun, mais l’argent qui obsédait Dieudonné selon son ex-partenaire.

Ses derniers amis sont à l'extrême droite ou en prison

La rupture dans le domaine politique remonte, elle, à 2002. Le provocateur commence à s’attaquer à ce qu’il appelle “la secte des Juifs”, un véritable tête-à-queue quand on sait que Dieudonné M’bala M’bala s‘était présenté comme candidat aux élections législatives de 1997 pour défier le Front National à Dreux, en Eure-et-Loir. Le 1er décembre 2003, il franchit la ligne rouge à la télévision française, déguisé en Juif orthodoxe, il fait le salut nazi en criant “IsraHeil !”. La fuite en avant commence : en février 2005 à Alger, il traite la Shoah de “pornographie mémorielle”, en décembre 2008 sur la scène du Zénith à Paris, il fait remettre par une personne habillée en déporté le prix de “l’infréquentabilité” au révisionniste notoire Robert Faurisson, et tout dernièrement, il déclare sur scène à propos du journaliste Patrick Cohen “Quand je l’entends parler, je me dis, les chambres à gaz…Dommage !”

Ce ne sont que quelques exemples de ce qui vaut à Dieudonné des condamnations en justice pour injures raciales et propos antisémites presque chaque année depuis plus de dix ans. Les amendes s’accumulent et se montent maintenant à 65 000 euros, mais il refuse toujours de les payer, risquant théoriquement la prison. Si l’humoriste controversé a perdu ses amis du show-biz, il a en attiré d’autres du milieu d’extrême droite, comme Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front National et parrain de sa fille Plume, Robert Faurisson ( cité précédemment ) ou l’essayiste Alain Soral. Dieudonné a aussi des affinités avec d’anciens membres de la “Tribu Ka”, un groupe noir ultra-radical qui a été dissous, des détenus tristement célèbres comme le terroriste Carlos et Youssouf Fofana, l’ex-chef du “clan des barbares” qui avait torturé et tué le jeune Juif Ilan Halimi en 2006. Il est également en lien avec l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui l’avait aidé à financer son projet de film “L’antisémite”.

Ses fans sont sa meilleure protection

Dieudonné M’bala M’bala a énormément de fans sur internet ( au moins 490 000 personnes disent “aimer” sa page Facebook ), ce qui fait sa principale force pour dénoncer “une censure”. Depuis que le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, a lancé son offensive pour interdire son nouveau spectacle, il a gagné 50 000 “J’aime” de plus. Certaines de ses vidéos en ligne ont été vues des millions de fois. La Ligue des droits de l’Homme a mis en garde contre cette interdiction qui risque, selon elle, de “fédérer une sympathie réactionnelle”.

Dieudonné se sert également de ses admirateurs pour collecter des fonds. L’artiste et sa femme, Noémie Montagne, qui gère sa boîte de production, en ont bien besoin car ils doivent au fisc plus de 887 000 euros. C’est justement en examinant de près l’insolvabilité qui leur sert de bouclier et en détectant une éventuelle fraude que les autorités pourraient en finir avec le casse-tête Dieudonné.