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C'est bête et méchant, Cavanna est mort

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C'est bête et méchant, Cavanna est mort

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La mort n’a aucun humour, elle est bête et méchante et n’a pas eu pitié de François Cavanna. Elle est allée chercher le père de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo mercredi soir à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, dans le Val-de-Marne. Il est décédé de complications pulmonaires, après avoir été hospitalisé pour une fracture du fémur. Le journaliste et écrivain, dessinateur à ses débuts, avait 90 ans. En 2010, dans son dernier roman “Lune de miel”, il avait révélé qu’il était atteint de la maladie de Parkinson, qu’il appelait “la salope infâme”.

La plus fameuse des unes d’Hara-Kiri (n° 94, 16.11.1970), suite au décès du général de Gaulle :

Cavanna restera l’inventeur d’un humour “vache”, sans tabou et presque sans limites. Il s’y est donné à coeur joie pendant plus d’un demi-siècle, notamment dans les journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo qu’il a fondé et animé avec son ami Georges Bernier, alias le professeur Choron. Les deux “trouble-fête” aimaient particulièrement s’attaquer aux militaires, aux religieux et à une catégorie de Français qu’ils avaient baptisé les “beaufs”.
Dans le mensuel Hara-Kiri, fondé en 1960, puis dans Hara-Kiri Hebdo remplacé en 1970 par Charlie Hebdo, ont travaillé les dessinateurs les plus mordants de l‘époque, comme Wolinski, Cabu, Reiser, Gébé…“Cavanna est à l’origine d’une mini-révolution dans la presse et dans la manière de rire”, a déclaré ce jeudi le directeur de Charlie Hebdo, Charb.

« Cavanna n’est pas tout à fait mort, Charlie Hebdo lui survit»
Charb

François Cavanna, avec sa tête de Gaulois, plus précisément de druide aux moustaches tombantes, est également un écrivain populaire, auteur d’une soixantaine de livres. Fils unique d’un immigré italien et d’une Bourguignonne, il a notamment puisé dans sa vie pour écrire ses romans. Dans le plus célèbre “Les Ritals”, publié en 1978, il raconte son enfance au sein de la communauté italienne de la ville de Nogent-sur-Marne. La bibliothèque municipale porte d’ailleurs son nom depuis 2008 car petit déjà, il allait souvent y chercher des livres. Bon élève à l‘école, bien que turbulent, Cavanna avait un goût intarissable pour la lecture.

L’humoriste Pierre Desproges adorait l‘écriture et la verve de François Cavanna. Il avait avoué :

« Seule la virulence de mon hétérosexualité m’a empêché de demander Cavanna en mariage »
Tribunal Des Flagrants Délires, 1982


Le réquisitoire dressé contre Cavanna par le “procureur” Pierre Desproges dans le cadre de l‘émission satirique le “Tribunal Des Flagrants Délires” diffusée sur France Inter, la radio publique française, le 3 décembre 1982.

Dans “Les Russkoffs”, qui lui valu le prix Interallié, l‘écrivain évoque ses mésaventures pendant deux ans et demi dans un camp de travail en Allemagne. Réquisitionné pour le STO comme tant d’autres jeunes Français, François Cavanna s‘était retrouvé dans la banlieue de Berlin, forcé à entreposer des munitions puis à déblayer des gravats après chaque bombardement des avions alliés. Au début du mois d’avril 1945, il finira par entrer en contact avec l’armée soviétique grâce à une amie russe qui travaillait dans le même camp. Fin mai, le jeune homme sera rapatrié à Paris. Moins sombre et même digne de l’esprit de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, dans “Les yeux plus grands que le ventre”, Cavanna confie qu’il a complètement raté la révolte de mai 68 parce qu’il était hospitalisé pour une crise aiguë…d’hémorroïdes !

« Rire est tellement bon ! »
Cavanna, sur TV5Monde


Cavanna, “l’invité” de TV5Monde, juillet 2011

Avec la contribution de Vincent Coste