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Sotchi 2014 : Les Jeux dangereux de Poutine

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Sotchi 2014 : Les Jeux dangereux de Poutine

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Bienvenue à Sotchi. Nichée entre mer Noire et montagnes du Caucase, cette station balnéaire historique, autrefois insouciante et paisible, bat aujourd’hui au rythme du plus grand évènement sportif du moment, les Jeux Olympiques d’hiver. En quelques mois, un projet pharaonique a défiguré la belle carte postale d’antan: Sotchi est aujourd’hui le symbole de la Russie moderne, de la Russie toute puissante.

Un écrin luxueux pour accueillir 5 000 athlètes de 80 pays qui seront scrutés par le monde entier pendant trois semaines.

L’investissement s’est avéré colossal, le plus lourd jamais concédé pour accueillir une compétition olympique.

Mais pour la Russie de Vladimir Poutine: briller de mille feux aux yeux du monde n’a pas de prix.

Devant une démonstration savamment orchestrée, la jeunesse russe ne peut que s’enthousiasmer.

“L’argent n’a aucune importance. Le plus important c’est que la Russie se montre au Monde comme un pays européen, un pays moderne. Que l’on prouve que l’on peut organiser ce genre de compétition.”

“Aujourd’hui, on ne parle que de l’argent qui a été dépensé. Mais je suis sûr que celui-ci est bien utilisé. Nous pourrons parler de Sotchi à nos enfants comme nos parents nous faisaient rêver en racontant les Jeux de Moscou en 1980.”

Pourtant, ces jeunes devront supporter pendant des années le poids de ces Jeux. Et la facture s’annonce lourde, très lourde. Presque 40 milliards de dollars, déjà, dit-on. Même les Jeux d‘été de Pékin, précédente démonstration de régime ultra-puissant, n’avaient pas atteint de tels sommets.

Pour cet analyste politique, les critiques essuyées par la Russie relèvent d’une simple tradition olympique. Il en est persuadé, cette coûteuse olympiade sera une spectaculaire réussite.

“Aucun pays n’a jusqu’ici été capable d’accueillir des Jeux sans dépasser son budget initial. Ce fut le cas à Londres, ce fut le cas à Pékin. La Russie ne fait pas exception, tout simplement. Nous espérons que l’image de la Russie s’améliorera au cours de ces Jeux.”

Changer l’image de la Russie…Vaste programme dans un pays ou les arrangements entre politiciens et oligarques décident de tout.

Pour les opposants au Régime, la corruption financerait pas moins de la moitié du budget Sotchi 2014

Vladimir Kimaev est un activiste environnemental . Pour lui, la corruption est partout ici et a un impact jusqu‘à l’environnement.

Il nous emmène dans une des nombreuses décharges sauvages qui ont poussées impunément tout autour du site olympique. Il nous parle aussi de tous les chantiers qui ont provoqué des glissements de terrain, l’effondrement d’immeubles entiers ou contaminé sols et rivières.

Il faudrait pas moins d’un tiers du budget olympique pour espérer réparer les dégâts.

Pour lui, Sotchi n’est qu’un microcosme de la Russie.

“Ce qui s’est passé ces dernières années à Sotchi: les Jeux, la préparation des Jeux, la construction des installations olympiques, tout cela est un peu le miroir de ce qu’est devenue la Russie: le système politique, le système économique, le système social, les considérations écologique etc…C’est un carrefour complexe d’intérêts énormes qui s’entrecroisent autour de ces Jeux Olympiques”.

Andrey Martynov et sa famille font partie des 2.000 foyers exproprier sans ménagement pour laisser place aux grandes ambitions du pays.

La maison d’Andrey se trouvait au centre du projet du Stade Olympique.

Depuis trois ans, il vit entre les quatre murs de cette petite chambre avec sa femme, Natalya. Ils ont dû confier leur enfant à des amis.

Les autorités ont décidé que ses papiers de propriété étaient faux. Ils ont perdu leur maison sans aucune indemnité en retour. Il se dit victime de la corruption.

“Voici les papiers de ma maison et là, ce sont mes échanges avec le parquet, le gouvernement et les différent présidents.
Nous avions demandé le soutien du gouvernement. Ils ont envoyé leur commission, qui a déclaré que toutes les constructions étaient illégales. Au lieu de nous aider, ils ont donné l’ordre de détruire notre maison.
Quand j‘étais jeune, je jouais au hockey, j’ai même gagné le palet d’or. Et bien aujourd’hui, le hockey m’a rattrapé. Aujourd’hui, les jeux Olympiques m’ont tout pris. Ils ont fait de notre famille une famille de SDF.”

Récemment, la Russie s’est également attiré les foudres de la communauté internationale en promulguant des lois anti-gays.

Les condamnations et les menaces de boycott des plus grands sportifs de la planète et de nombreux responsables politiques ont amené Vladimir Poutine à tempérer ses ardeurs homophobes.

Reste que le respect des droits de l’homme a souvent été bafoué à Sotchi ces dernières années.

Ce militant se bat pour faire reconnaître les traitements inhumains subis par les quelques 70 000 ouvriers qui ont travaillé sans relâche pour sortir le site olympique de terre en un temps record.

“Des puissances comme l’Europe ou les Etats Unis doivent faire très attention aux problèmes de droit de l’homme en Russie. Je sais que beaucoup d’entre eux ont menacé de boycotter les Jeux Olympiques. je ne pense pas que cela soit une bonne décision. Ils devraient plutôt en profiter pour venir ici et attirer l’attention vers ces violations quotidiennes des droits de l’homme. Ils doivent forcer nos dirigeants à respecter les droits de l’homme.”

Depuis plusieurs semaines, les médias du monde entier se bousculent aux portes de cette boîte de nuit.

Une raison: c’est le seul bar gay de Sotchi.

Tous les soirs, les shows de drag queens s’enchaînent: tel un ballet coloré en guise de pied de nez aux phobies homosexuelles du pouvoir.

Pour le gérant du lieu, les Jeux restent l’espoir de voir la Russie s’ouvrir un peu plus à l’Ouest.

“Tout le monde gagne à voir des touristes, peu importe leurs orientations sexuelles. Aujourd’hui, si un habitant de Sotchi veut louer un appartement à deux hommes, il ne va jamais leur demander si ils sont homo ou pas. Il va juste louer, sans y réfléchir plus que ca. C’est pour ca que je pense qu’après les JO, il restera malgré tout un héritage positif comme cela avait été le cas à Moscou dans les années 80.”

“Le Sport doit rester du sport et la politique doit rester de la politique. Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. Prenez les Jeux en Chine: la Chine n’est pas vraiment connue pour être très ouverte aux gays mais ces questions ne se sont pas posées. Il faut se concentrer sur les choses importantes. Les athlètes, russes ou étrangers, devraient avant tout penser à la victoire. Avoir des bons résultats, être amis et apprendre à se connaître, voilà la priorité.”

Séparer sport et politique, Vladimir Poutine ne l’a jamais envisagé lui qui s’est tellement investit dans ce projet.

Parce que le président russe veut tellement faire de ces Jeux un emblème politique de sa puissance retrouvée. Il a accepté d’écorner ses principes pour désamorcer les litiges politiques. Khodorkovsky a été libéré, les charges contre les Pussy Riot abandonnées et le décret interdisant de manifester pendant les JO a finalement été aboli.

Cependant, ses sympathisants n’en démordent pas, ce ne sont pas les Jeux d’un seul homme mais bien de tout un pays.

“Je pense que l’occident exagère sérieusement l’importance de Putin. Vous savez c’est probablement le moment le plus immportant depuis l’indépendance que nous vivons actuellement. En 1980, l’URSS d’alors avait accueilli les Jeux d‘été comme un accomplissement. Cette fois, ces jeux d’hiver, prouvent aux russes d’aujourd’hui que leur pays reste en grande forme et capable d’accueillir le Monde chez lui.”

Alors que le Village Olympique commence à se remplir de sportifs, les visiteurs se font toujours attendre. Près de 300 000 billets chercheraient encore preneur. Les inquiétudes sur la sécurité ou les tarifs exhorbitants sont cette fois pointés du doigt.