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R.dominicaine : verdict vital pour une Française qui dépérit en prison

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R.dominicaine : verdict vital pour une Française qui dépérit en prison

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Liana a un mari, elle a cinq enfants qui ont de 2 ans à 21 ans, elle a un frère et une soeur, elle a des amis, elle a un travail à la Sécurité sociale, elle a un domicile à Pontoise (dans le Val-d’Oise)…mais en fait, Liana n’a plus rien ni personne, elle croupit en prison depuis presque deux ans (plus de 21 mois) en République dominicaine. Elle est Française mais ses compatriotes ont très peu lu ou entendu son nom, Guillon. Le cri de douleur et de désespoir de la jeune femme pour clamer son innocence n’a pas vraiment traversé jusque-là les murs de la cellule dans laquelle elle est enfermée à Puerto Plata, dans le nord de l‘île des Caraïbes.

Ce lundi 10 février, la prisonnière sera peut-être enfin comprise. La Cour d’appel de Santiago rend son verdict après la décision de casser le jugement prise par la Cour suprême en août dernier. Liana Guillon va jouer une nouvelle fois sa liberté à pile ou face, sachant que la justice dominicaine est d’humeur changeante. A l’origine, elle a été condamnée à 8 ans d’emprisonnement pour trafic de drogue; un peu plus de 11 kilos de cocaïne avaient été découverts dans son bagage de cabine alors qu’elle s’apprêtait, avec son mari, à prendre l’avion du retour de vacances à destination de Paris. Christophe, le mari, a été détenu pendant cinq mois puis libéré d’un seul coup avec pour seule explication que les charges à son encontre étaient irrecevables.

Une enquête bâclée et pas de preuves

L’audience au tribunal de Santiago le 27 janvier dernier a redonné un peu d‘énergie à Liana Guillon et à sa famille. Elle a duré une heure et quart, ce qui est “exceptionnel en République dominicaine” précise à Euronews Me Philippe Valent, l’avocat français de la détenue. Il a plaidé l’acquittement et sa cliente a eu du temps pour s’exprimer devant les juges. Me Valent nous explique avoir insisté sur la légèreté de l’enquête, durant laquelle très peu d’expertises ont été réalisées, et sur le manque de preuves. “Rien de ce qu’a affirmé Liana n’a été vérifié, dit-il, rien n’a été vérifié à l’hôtel de Puerto Plata”; le couple y avait laissé ses bagages dans une consigne non fermée et sans surveillance.


Me Philippe Valent

L’avocat donne un exemple incroyable de soi-disant pièces à conviction : “Les sachets de cocaïne pris en photo à l’aéroport ne sont pas du tout semblables à ceux qui ont été expertisés, ils n’ont ni la même forme ni la même couleur”. Et, cerise sur le gâteau, “le logo que chaque groupe de narcotrafiquants a l’habitude de coller sur sa marchandise change d’une photo à l’autre”. La corruption, c’est de notoriété publique, gangrène la société dominicaine, notamment l’administration des aéroports. Des valises bourrées de cocaïne circulent dans tous les sens, et certains touristes en font les frais. Actuellement, 18 Français sont incarcérés dans l‘île caribéenne, pratiquement tous pour trafic de drogue.

En quête perpétuelle d'innocence

Quoiqu’il arrive ce lundi à la Cour d’appel de Santiago, Liana Guillon n’oubliera jamais son voyage de “lune de miel” qui s’est transformé en voyage aux enfers le 29 avril 2012. Elle n’oubliera jamais sa première nuit de garde à vue passée dans un abri pour les animaux, l‘épreuve physique et morale qu’elle endure si loin des siens, en comptant chaque jour qui passe. Son courage impose le respect car “elle aurait pu signer des aveux”, déclare son frère à Euronews. “Liana aurait été transférée en France mais elle a décidé de se sacrifier en faisant des recours, afin que son innocence soit reconnue”, explique Eric Martin-Vallas. “Encore récemment, elle était présumée coupable, poursuit-il, maintenant, elle est présumée innocente”.


Eric Martin-Vallas

Eric Martin-Vallas a apprécié la présence de l’ambassadrice de France à la dernière audience. “Le soutien de l’Etat est le bienvenu car on l’attendait depuis longtemps”, commente-t-il. Plus d’une vingtaine de députés et sénateurs français se sont aussi mobilisés, dont Sergio Coronado, député du parti Europe Ecologie Les Verts qui a même fait le déplacement en République dominicaine. “On reste concentrés et vigilants, conclut le frère de Liana Guillon, je dirai c’est bon quand elle sera sur le tarmac à l’arrivée à Paris”.

Liana Guillon écrit beaucoup en prison :

Juillet 2013 :
"Il y a beaucoup de bagarres dans le pavillon que j'occupe avec 28 autres femmes. Il y a au moins deux disputes par jour et ça en arrive parfois aux mains. Il faut intervenir assez vite et sans prendre parti car si on attend l'arrivée des agents, elles ont le temps de s'entretuer (le mot n'est pas trop fort)".

"C'est de plus en plus difficile de leur dire au téléphone que je vais bien...Mon fils, âgé de 7 ans, me demande régulièrement : Maman, quand est-ce que c'est ton audience ? (Je reprends ses propres mots). Il n'a que 7 ans, pour moi, il ne devrait pas connaître ce mot. Quant à mon fils de 12 ans, il m'a dit un jour : Je suis sûr que tu vas revenir quand j'aurai 20 ans !"

Décembre 2013 :
"Ma santé s'est détériorée et j'ai donc un traitement plus lourd. Les médicaments ici ne sont pas remboursés, en tout cas pas pour nous les étrangers. Certaines ambassades apportent des médicaments à leurs ressortissants, visiblement pas l'ambassade française..."
Liana Guillon a des calculs rénaux, des crises d‘épilepsie, de l’anémie, elle prend aussi des médicaments contre l’anxiété et l’allergie.

Liana Guillon a finalement plié