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Derniers jours sur Terre pour Adam et Eve

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Derniers jours sur Terre pour Adam et Eve

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Only Lovers Left Alive. Dès le titre, le grand Jim nous met en condition et nous avertit : seuls les amoureux survivront. Un titre étendard qui est une ode crépusculaire et romantique à l’amour éternel à travers l’histoire d’Adam et Eve, un couple de vampires bon teint incarnés par Tilda Swinton et Tom Hiddleston, amenés à errer, dans une quête sans fin de sang, entre Détroit et Tanger. On avait quitté Jarmusch sur son déroutant Limit of Control où ses personnages (on y trouvait déjà Tilda Swinton et John Hurt, que l’on découvre ici dans les bas-fonds de Tanger) arpentaient une Espagne fantomatique et mystérieuse.

Il va ici encore plus loin en investissant deux villes en dehors du monde, et notamment Détroit, première ville à s‘être déclarée “en faillite”. Le cinéaste continue d’explorer une autre Amérique, celle derrière le miroir des buildings en verre et des corps « bodybuildés » ou « botoxés », une Amérique en errance, qui se recroqueville et se désagrège. Dans Dead Man, Johnny Depp rejoignait la ville au nom prédestiné de Machine, industrielle et grouillante. Aujourd’hui, la machine est grippée, plus rien ne sort des usines, silencieuses et abandonnées. Quant à Tanger, les amants vont explorer les faces les plus sombres de cette cité cosmopolite, de nuit forcément, lunettes noires obligatoires, à la recherche de la substance qui leur permettra de survivre.

C’est de ce monde en déliquescence et en train de mourir dont nous parle le cinéaste, à travers les yeux injectés de sang de ses deux héros monstrueusement humains. Deux personnages en quête à tout prix de sang pour survivre, mais pas n’importe lequel : du sang pur, du concentré, du non- trafiqué… quelques gouttes leur suffisent, mais leur sont vitales, et ils sont prêt à voler, y compris des vies, pour s’en procurer. Comment ne pas y voir une allégorie du sang comme drogue ultime, héroïne démultipliée ? Leur dealer n’est autre que Marlowe, interprété par un John Hurt, squelettique et camé, qui s’est probablement inspiré de Paul Bowles et de William Burroughs pour son personnage.

  • Only Lovers Left Alive

    Jim Jarmusch

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    Conférence de presse à Cannes 2013, Jim Jarmusch et Tilda Swinton

Le film présenté en compétition à Cannes, en mai dernier, a été bien accueilli par la presse mais n’a pas convaincu les membres du jury. Trente ans après avoir remporté la Caméra d’or pour Stranger than Paradise, Jim Jarmusch est cette fois-ci reparti bredouille. Une raison supplémentaire pour découvrir ce film hors-normes, rock’n‘roll en diable, avec une fois de plus une bande originale qui explore les sons expérimentaux et les riffs de guitares improbables, qui hanteront longtemps vos nuits blanches…

Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (All/GB/Fr/Cyp, 2013, 2h03)