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Une deuxième chance après la déscolarisation

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Une deuxième chance après la déscolarisation

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Brésil : sombre passé, avenir brillant

Vigario Geral est l’une des favelas les plus dangereuses de Rio de Janeiro, dans une zone contrôlée par le crime organisé. Pourtant, elle abrite Afroreggae, un centre culturel un peu particulier créé il y a plus de vingt ans.

C’est là que travaille Washington Rimas. Surnommé Feijao, il fait le lien entre les habitants et les institutions. Il traîne un passé sombre de violent baron de la drogue, mais Afroreggae a changé sa vie : “Afroreggae m’a offert une deuxième chance, grâce à José Junior. C’est lui qui a décelé les qualités en moi que seuls les hors-la-loi avaient vues quand j‘étais enfant. En discutant pendant deux heures, il m’a fait la liste des qualités dont je n’avais même pas conscience. Afroreggae m’a transformé en quelqu’un qui s’exprime bien, un médiateur dans les situations de conflit, quelqu’un capable de sauver les gens d’un monde de criminalité.”

Quand Feijao a commencé à travailler au centre culturel, il est allé dans la rue pour trouver des jeunes qui voulaient participer à des cours de musique, de danse. Une opportunité unique et concrète pour des enfants et des adolescents issus de familles pauvres.

Ici, ils travaillent sur le concept selon lequel l’humain est un modèle. L’histoire d’une personne parvenant à surmonter une situation, un environnement difficile peut inspirer d’autres enfants.

“J’ai commencé la danse il y a deux ans, dit Daniella. J’ai vu des vidéos sur internet, j’ai bien aimé et j’ai décidé que je voulais être une danseuse étoile. J’aime faire des exercices et m’entraîner dur.”

“Certaines filles n’avaient jamais vu de ballerines avant. Mon dieu, c’est quelque chose si simple et si compliqué à la fois. Je suis pleinement satisfaite : c’est merveilleux de travailler avec ceux qui ont besoin d’un futur”, réagit Creusa da Silva, professeure de danse classique.

Ici toutes les musiques ont leur place, des rythmes africains au classique en passant par le rock. Les élèves participent avec leur instrument et leur musique préférés.

“Je veux absolument aller à l’université pour étudier la musique. Qui sait ? Je peux devenir professeure de musique et j’aimerais enregistrer un album, dit Cristina Thamires, qui chante dans un groupe rock.

“Nous savons que celui qui ne fait rien de la journée va finir par mal tourner. Quand on vit dans une zone où le trafic de drogue est omniprésent, quelque chose de mal va se passer. Afroreggae travaille sur l’intégration par l’art, explique Johayne Hildefonso, le directeur artistique du centre culturel.

Feijao a passé ces dernières années à raconter son expérience personnelle à travers le monde. Aujourd’hui, il est un exemple pour beaucoup de jeunes : “La vie m’a préparé à cela parce que j’ai été au contact de la drogue. Ayant vécu cela je connais les codes de conduite et je sais comment parler aux gars. Je connais leur angoisse, leurs rêves, leur déprime. Je parle le même langage, ce qui me permet aujourd’hui d‘être un médiateur.”

Grèce : un nouveau départ

Sur l‘île de Corfu, en Grèce, le niveau d‘éducation des habitants est faible. Beaucoup ne sont même pas allés au bout des neuf ans de scolarité obligatoire.

C’est là que l’Ecole de la deuxième chance intervient. À 39 ans, Vicky Aroni a pu en bénéficier, et aujourd’hui, elle suit une formation professionnelle : “J’ai été obligée d’abandonner l‘école pour travailler, même si j‘étais trop jeune. Je suis revenue à l‘école parce que je voulais apprendre, acquérir de l’expérience et obtenir mon diplôme.”

Kostas Fagogenis enseigne la sociologie. Il apprécie énormément la méthode de l’Ecole de la deuxième chance. Il reproche au système éducatif classique de bannir ceux qui arrêtent en cours de route : “Être exclu du système éducatif coûte extrêmement cher en termes de carrière professionnelle et de vie sociale. En revenant, c’est précisément une seconde chance qu’ils viennent chercher.”

Pour entrer à l‘école de la deuxième chance, il faut avoir au moins 18 ans. Les cours ont lieu l’après-midi et le cursus de deux ans aborde des sujets utiles.

Souvent, les élèves ne s’arrêtent pas là, c’est ce qu’explique Penelope Lempessi, professeure à l’Ecole de la deuxième chance : “La plupart de nos diplômés continuent avec des cours du soir, parce que cela permet d’améliorer leurs qualifications et leur statut en entreprise, sinon ils n’ont qu’un statut d’ouvrier qui est moins intéressant, également en terme financier.”

C’est le cas d’Eleni Pagkrati. Diplômée de l’Ecole de la deuxième chance en 2007, elle a ensuite suivi des cours du soir et elle est aujourd’hui inscrite à l’université. Pourquoi a-t-elle décidé de reprendre ses études ?

“J’en avais très envie, dit-elle. C’est quelque chose qui me manquait, je ressentais comme un vide en moi. Et aujourd’hui, ce vide est comblé.”

L’Ecole de la deuxième chance de Corfu participe au programme Grundtvig II en partenariat avec la Commission européenne. Un programme favorisant l‘éducation pour les adultes.

Près de 20 % des habitants de Corfu n’ont pas terminé le cursus scolaire obligatoire. L’Ecole de la deuxième chance travaille à corriger cela. De plus en plus de gens reprennent le chemin des études. Ils s’enferment de nouveau dans des salles de classe, mais c’est pour mieux s’ouvrir de nouvelles portes.

Jordanie : une autre voie pour les jeunes

Russeifah se trouve à environ 25 kilomètres d’Amman, la capitale Jordanienne. Ces enfants ont entre 13 et 18 ans. Tous ont quitté l‘école prématurément.

“Tous les enfants savaient lire et écrire sauf moi, raconte Abdallah. Je me sentais seul et j’ai quitté l‘école parce que je voulais travailler.”

Après deux ans passés loin des bancs de l‘école, ces enfants ont d‘énormes lacunes. Chaque après-midi, ils se retrouvent dans cette salle de classe pour suivre un programme non-conventionnel.

“On est à l’aise avec leur façon de faire, l‘éducation, c’est chouette. On s’amuse bien pendant les cours”, dit Mahmoud avec le sourire.

Un professeur et un animateur leur enseignent des compétences générales. Ils s’adaptent aux besoins de chacun, mais essaient également de changer le comportement de l‘élève à travers la participation et le dialogue.

“Nos classes sont différentes de celles du système scolaire classique, explique Abdel Majid Abu Haniyeh, enseignant. On n’utilise pas de tableau et notre système de discipline est différent. Nous interagissons avec les enfants comme une famille dans ce centre. On commence avec la culture de l‘éducation des enfants. Les animateurs sont là pour nous aider.”

La Jordanie compte environ 100 000 jeunes déscolarisés. L’organisation internationale Questscope offre depuis 2003 un cursus sur deux ans pour préparer les jeunes à réintégrer le système scolaire classique. Mais le programme ne peut pas couvrir toutes les régions pauvres du pays.

Pour le directeur international de Questscope Curt Rhodes, la méthode non-conventionnelle est très performante : “Quand ils ont l’opportunité d’apprendre dans un environnement différent, quand la relation qu’ils entretiennent avec les professeurs n’est pas autoritaire mais sereine, et quand l’environnement est sûr socialement et l’atmosphère encourageante, ils apprennent aussi bien si ce n’est mieux que n’importe qui dans une école classique.”

Mohamed a quitté l‘école à 12 ans parce qu’il ne savait ni lire, ni écrire. Trois ans plus tard, il a participé au programme d‘éducation de Questscope. Il a ensuite suivi une formation de mécanicien et il travaille aujourd’hui dans un garage, pour la plus grande fierté de son père.

“J’ai eu une deuxième chance, dit Mohamed. Après avoir suivi ce programme d‘éducation non-conventionnelle, j’ai trouvé un travail. J’ai passé mon permis et grâce à mon travail, j’ai pu acheter une voiture.”

Depuis 2003, plus de 7 000 jeunes ont participé au programme d‘éducation non-conventionnelle. Et près de 98 % de ceux qui ont ensuite passé l’examen de compétences pour rejoindre l‘école classique ont réussi. Une véritable deuxième chance pour les aider à se construire un avenir.

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