DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Grand Budapest Hotel : le conte d'Anderson


cinema

Grand Budapest Hotel : le conte d'Anderson

En partenariat avec

Si Anderson n’existait pas, il faudrait l’inventer, et ce ne serait pas tâche aisée tant le foisonnement, le décalage et la tendresse de son univers sont uniques. Le réalisateur américain, qui a déjà huit films à son actif, à un style reconnaissable entre tous, à base de personnages haut en couleurs et de costumes en tous genres (du scaphandre à la tenue de groom en passant par le short de scout), de décors tout aussi chatoyants et improbables (comme ce Grand Budapest Hotel), et d’histoires loufoques proches du burlesque. Un cinéaste qui trace le sillon du tragi-comique théâtral et parfois surréaliste, aidé en cela par une brigade d’acteurs complices, au premier rang desquels apparaît Bill Murray, prêt à se mettre en quatre pour son réalisateur fétiche et potache. Ici, rien que la clientèle du Grand Budapest Hotel met l’eau à la bouche : Ralph Fiennes, Jude Law, Willen Dafoe, Mathieu Amalric, Jeff Goldblum, Edward Norton, Tilda Swinton, Léa Seydoux, Adrian Brody, F. Murray Abraham, Harvey Keitel… tous ont dit oui à Anderson, signe qu’il fait partie des grands à qui l’on ne refuse rien, même pour un rôle minuscule.

Grand Budapest Hotel est une comédie, mais pas seulement, loin s’en faut. Nous sommes dans les années 30 (1932 précisément) dans une république fantaisiste du nom de Zubrowka, aux confins de l’Europe de l’Est, certainement sur les ruines de l’empire austro-hongrois. « Monsieur » Gustave est l’homme aux clés d’or du Grand Budapest Hotel, qui a l’œil sur tout et sur tout le monde, aidé en cela par son fidèle valet, Zéro Moustafa. Gustave a un faible pour ses clientes, âgées de préférence, riches forcément, à qui il accorde ses faveurs au gré de leurs séjours. A la mort brutale de l’une de ses soupirantes, il se retrouve héritier d’un tableau inestimable de la Renaissance et peut-être même de toute sa fortune. La famille voit cela d’un très mauvais œil, et cherche à éliminer l’indésirable héritier. Commence alors pour Gustave et Zéro une course-poursuite folle à travers la Zubrowka, qui les mènera du fond des cachots de la police à un monastère inaccessible, avec en arrière-plan, un monde qui est en train de basculer dans le fascisme…

Au fil du film, on glisse en effet des années folles de l’entre-deux-guerres au destin noir qui attend l’Europe, jusqu’au poignant dénouement final. Et c’est un narrateur écrivain qui nous raconte en abyme ces événements : un double en fait de Stefan Zweig dont s’est inspiré Anderson, célèbre auteur autrichien qui s’est suicidée en 1942, en voyant ce que les nazis étaient en train d’infliger à la race humaine. On perçoit distinctement cette petite voix qui nous fait comprendre que l’humanisme européen est en train de vivre ses derniers instants et que plus rien ne sera comme avant. Zéro Mustapha est ramené à sa condition d’immigré, la force doit faire loi désormais au royaume de Zubrowka, comme en écho à un passé encore bien présent…

Lire aussi l'entretien de Wes Anderson réalisé à l'Institut Lumière à Lyon par Le Petit bulletin

Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (USA, 1h40)
Avec Ralph Fiennes, F. Murray Abraham, Jude Law, Mathieu Amalric, Harvey Keitel…

Le choix de la rédaction

Prochain article

cinema

Oscars : il va y avoir de l'animation !