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Municipales françaises, test de mi-mandat pour la gauche au pouvoir

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Municipales françaises, test de mi-mandat pour la gauche au pouvoir

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Premier tour des élections municipales ce dimanche en France. Des élections locales à mi-mandat pour la majorité au pouvoir, près de deux ans après celle de François Hollande, et une défaite annoncée pour la gauche.

Ce sera un test important pour les grands partis, l’ancrage du Front National, et la mairie de Paris, notamment. La capitale va-t-elle basculer à droite après 13 ans de gestion socialiste? Une chose est sure, et c’est une première en France, la mairie de Paris sera détenue par une femme. Anne Hidalgo pour le PS et NKM pour l’UMP s’affrontent dans cette bataille.

Autre enjeu, l’abstention. On la prévoit forte. Dans un climat d’affaires et de suspicion pour la majorité comme l’opposition, l’opinion est peu mobilisée. Jusqu‘à 40 % des Français pourraient s’abstenir. Ceux qui voteront, voteront en priorité pour des enjeux locaux et baseront leur choix sur le bilan du maire sortant.

Côté résultat, on scrutera particulièrement certaines villes : celles qui sont dans le viseur du Front National, 3 au sud, 2 au nord et notamment Hénin-Beaumont. Celles qui risquent de basculer à droite parmi lesquelles Strasbourg, Toulouse ou Reims, et celles qui pourraient basculer à gauche, dont Marseille et Avignon.

Actuellement, cinq petites communes sont détenues par le FN ou assimilé. 85 conseillers municipaux, soit 0,016% des élus. La patronne du mouvement bleu marine espère multiplier ce ratio par 100 au moins, et ravir la mairie d’Hénin-Beaumont, commune de plus de 25 000 habitants.

Gros plan aussi sur les villes de plus de 100 000 habitants, comme Marseille, détenue par la droite depuis 1995. Depuis les élections de 2008, la gauche détient 28 de ces villes sur 42. L’enjeu sera donc de voir si la majorité au pouvoir peut conserver cette tendance.

Beaucoup de suspense pour ce premier tour, et une certitude, rarement une élection intermédiaire – la première depuis la victoire de François Hollande à la présidentielle de 2012 – ne se sera déroulée dans un contexte aussi hostile au pouvoir en place.

Laurence Alexandrowicz, euronews :
Martial Foucault, bonjour, vous êtes le directeur du CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, qui scrute la politique française. Dimanche, les Français sont appellés à élire leurs maires. En quelques mots, quels sont les principaux enjeux de ce scrutin ?

Martial Foucault, directeur du CEVIPOF :
Il y a trois enjeux qui ressortent significativement. Il faut parler de la fiscalité locale : le contexte budgétaire français a ajouté une nouvelle dimension pour les électeurs, une pression fiscale qui est à la hausse. Deuxième enjeu : la situation du marché du travail, des taux de chômage locaux qui progressent, à l’image de la dégradation des conditions du marché de l’emploi en France. Et puis une troisième dimension qui est exclusivement locale, qui est la capacité qu’ont les maires à bien gérer leurs villes.

euronews :
On parle également beaucoup de l’abstention, qui ne fait qu’augmenter ces dernières années. Elle était de 20 % en 1983, 34 % lors des dernières municipales de 2008. A qui cela va-t-il profiter ?

Martial Foucault :
Dimanche, effectivement, plusieurs instituts de sondage annoncent une progression historique de l’abstention, avec, peut-être, des scores frôlant les 40 %. Pour comprendre cette abstention, il y a un point essentiel qu’il faut souligner, c’est ce qu’on appelle l’abstention différentielle. C’est-à-dire qu’il faut comparer et distinguer quel parti pâtit d’une augmentation de l’abstention. Et je dirais que pour ce scrutin, une majorité de villes sont à gauche aujourd’hui. Ce qui est assez évident, c’est que, s’il y a une hausse de l’abstention, elle profitera davantage à la droite, qu‘à la gauche.

euronews :
Est-ce qu’elle pourrait profiter au Front National également ? C’est ce qu’on lit, qu’on entend ces derniers temps ?

Martial Foucault :
Lorsqu’il y a abstention, ça veut dire tout simplement qu’il y a une faible mobilisation, les électeurs ne se mobilisent pas, donc ça, c’est pour les grands partis, qui souffrent d’impopularité : la gauche et la droite. Et les petits partis arrivent davantage à mobiliser leurs électeurs, et le FN pourrait être un de ces partis, dont les électeurs sont certains de leur choix, ce qui n’est pas le cas pour les partis de gauche et de droite.

euronews :
En temps de crise, assiste-t-on à un regain d’intérêt pour les élections locales ?

Martial Foucault :
C’est très difficile de faire un lien entre contexte de crise économique et abstention. En revanche, ce qui est vrai en 2014, ce n’est pas un contexte de crise économique, c’est un contexte de crise politique, voire même démocratique. Quand on regarde les différents baromètres de confiance qu’accordent les Français aux différentes institutions politiques, on observe paradoxalement, très, très peu de confiance dans les partis politiques : ils bénéficient d‘à peine 8 % de confiance des électeurs. Mais le MAIRE, l’institution municipale, le Conseil municipal, concentrent encore aujourd’hui auprès des Français, plus de 60 % d’intérêts et de sympathie.

euronews :
Admettons qu’il y ait un raz-de-marée de la droite, alors que l’UMP est très divisée, avec des tensions internes, cela pourrait-il provoquer le retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique?

Martial Foucault :
Je crois qu’il n’y aura pas forcément un raz-de-marée de la droite. Pour quelle raison? Parce que, comme on vient de l’indiquer, le Front National va être très présent, avec un certain nombre des candidats qui pourront se maintenir au second tour. Ça veut dire des triangulaires lors du second tour, trois candidats, et on sait qu’en France, dans ce contexte de triangulaires, lorsque le FN est présent, cela pénalise les candidats de droite. Je dirais que le scrutin est tellement local que cela ne peut pas justifier – au regard des résultats, soyons prudents – le retour de Nicolas Sarkozy, comme étant l’homme providentiel, parce que cela voudrait dire que la droite a réussi son scrutin municipal. En revanche si la droite est défaite, alors oui, là effectivement, les conditions seraient réunies pour que Nicolas Sarkozy puisse être une alternative à l’actuelle direction de l’UMP.