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Turquie : Erdogan passe le test des municipales


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Turquie : Erdogan passe le test des municipales

Recep Tayyip Erdogan a perdu sa voix, au sens propre, mais son parti perdra-t-il aussi des voix ce dimanche lors des municipales ? Le Premier ministre turc a été contraint ce vendredi de suspendre deux réunions publiques de l’AKP. Ses cordes vocales l’ont lâché au moment où il achève une tournée électorale cruciale pour son avenir, au moment où l’opposition martèle qu’il est un “dictateur”.

La liste des évènements qui ont secoué la Turquie et qui donnent du grain à moudre aux détracteurs du Premier ministre n’a cessé de s’allonger en moins d’un an : fronde antigouvernementale au printemps dernier, scandale de corruption, purge de la police et de la justice, blocage de Twitter et de YouTube.

L’enjeu de ces élections est de taille pour Erdogan, lui qui a proclamé publiquement qu’il quitterait la vie politique si l’AKP ne finissait pas en tête le 30 mars au soir.

Les résultats seront particulièrement scrutés dans la capitale et à Istanbul.

Pour mieux comprendre les enjeux de ce scrutin, nous avons interviewé Aslı AYDINTAŞBAŞ, analyste pour le Journal Milliyet.

euronews:
La Turquie vote pour des élections locales ce week-end. Mais il règne une ambiance d‘élections générales. Le parti au pouvoir et l’opposition partagent cette idée. Qu’en pensez-vous?

Aslı AYDINTAŞBAŞ, analyste, Milliyet journal :
Exactement, nous sommes au-delà des élections locales. Nous sommes à un carrefour important pour la démocratie turque. Ces élections sont d’une certaine façon liée à une personne : M. Tayyip Erdogan. Ce qui est en jeu pour ces élections, c’est : croyons-nous en une Turquie représentée par Tayyip Erdogan et soutenons-nous son style de gouvernance, ou non. Bien sûr, les candidats locaux sont aussi importants. Surtout dans les petites communes, les gens prendront leur décision en fonction des candidats, et des services qu’ils espèrent obtenir. Mais dans les grandes villes, où vit la majorité de la population turque, ce vote sera un vote de confiance pour M. Erdogan.

euronews :
Les partis en lice voient ces élections comme si d’elles dépendait leur survie. Quel est l’enjeu ? Pourquoi chaque partie utilise-t-elle un langage si dur envers les autres?

Aslı AYDINTAŞBAŞ :
Ce qui est en jeu, à mon avis, ce sont les libertés et les droits fondamentaux, et la démocratie. De mon point de vue, un pays n’est pas une démocratie si Twitter est interdit, si les entreprises de l’opposition sont sanctionnées par d’importantes pénalités fiscales, si les journalistes sont arrêtés, si les hommes d’affaires sont menacés. Pour ceux qui pensent comme moi, ce vote est une question de survie .

euronews :
Sur le plan international, l’interdiction de twitter ou les incidents de Gezi ont fait les gros titres. Si cette situation persiste après les élections, que va-t-il se passer pour la Turquie ?

Aslı AYDINTAŞBAŞ :
Nous n’en discutons pas assez ici en Turquie. Mais la Turquie est déjà rétrogradée dans les yeux de la communauté internationale, malheureusement. L’interdiction de Twitter c’est l’ultime goutte d’eau dans le vase. L’image de la Turquie s’est dégradée bien avant Twitter. Le gouvernement n’a pas imaginé à quel point l’utilisation de la force contre des gens partis protéger un parc au cœur d’Istanbul, l’emploi contre eux de canons à eau ont été considérés comme la marque d’un régime autoritaire par l’opinion publique occidentale. Le gouvernement n’a pas perçu combien l’interdiction de Twitter pouvait être grave pour ceux qui veulent investir en Turquie, pour l’Occident, pour ses alliés, pour l’Union européenne, dont la Turquie brigue toujours techniquement l’entrée.

euronews :
Pensez-vous que les accusations de corruption peuvent jouer un rôle quand les gens iront aux urnes ?

Aslı AYDINTAŞBAŞ :
Tant que l‘économie tourne bien, les électeurs ne prennent pas les problèmes de corruption en considération quand ils votent, dans les pays en développement . Quand l‘économie va mal, ils les prennent au sérieux, et font payer les responsables. Et puis imposer cette image, diffuser l’information, cela prend du temps. Je ne pense pas que tout le monde en Turquie soit au courant de ces allégations. Mais elles vont continuer à être sur la table jusqu’aux élections présidentielles. La Turquie va continuer de discuter de ça.

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