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Nebraska : A l’Ouest, encore du nouveau


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Nebraska : A l’Ouest, encore du nouveau

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On connaissait Alexander Payne pour ses films en demi-teinte sur une Amérique pas forcément glamour, avec pour héros des américains plutôt moyens (Jack Nicholson dans Monsieur Schmidt ou George Clooney dans The Descendants) qui se révélaient à eux-mêmes au bout d’une aventure initiatique. Avec Nebraska, le réalisateur renouvelle cette expérience et s’enfonce encore plus loin dans l’Amérique profonde en retournant (il est originaire du Nebraska, état semi-désertique du nord-ouest américain) sur les lieux de son enfance pour nous montrer combien les anciennes terres indiennes sont désormais des lieux sans culture, peuplés de ploucs en chemise à carreaux pour qui la Sainte -Trinité s’incarne à travers la voiture, la télé et la bière.


Une histoire simple

Woody est un vieil homme misanthrope qui vit avec sa femme dans un trou du Montana (Billings, la plus grosse ville 1000 kilomètres à la ronde !) qui commence à perdre un peu la tête. Le jour où il reçoit un coupon publicitaire pour une loterie, il croit avoir gagné le gros lot et veut aller chercher son prix à Lincoln, Nebraska. Devant l’entêtement de son père, son fils cadet prend congés de son magasin d’outillage et l’accompagne à travers un Middle-West fantomatique, une Amérique rurale, isolée du monde extérieur et repliée sur elle-même. Au fil de cette escapade père-fils, des liens vont se recréer entre les deux, au fur et à mesure que le but final –retirer les soit-disant billet gagnant de la loterie- approche. Entre temps, ils en profiteront pour visiter une famille en décomposition qui passe son temps à regarder les matchs de base-ball à la télé et qui va tout d’un coup se réveiller en croyant que Pappy Woody est devenu millionnaire, s’arrêter dans des bars interlopes où des cowboys fatigués sirotent de la Budweiser en attendant la fin du monde, et aller visiter la seule attraction de la région, le fameux mont Rushmore, qui apparaît ici sous un jour beaucoup moins inquiétant que dans La Mort aux trousses

Un Prix à Cannes

Servi par un noir et blanc cinemascope de toute beauté, Alexander Payne navigue tout au long du film entre dépression et comédie en filmant les interstices d’une Amérique qui n’a jamais les honneurs du grand écran, celle des villes fantômes et des fermes isolées, celles des grands espaces vides et silencieux que le père et le fils vont devoir meubler. L’intérêt du film tient aussi dans cette cohabitation entre deux personnes qui sont finalement des étrangers l’un à l’autre et dont la relation va gagner peu à peu en confiance, complicité, tendresse et confidences. Bruce Dern, vieux cowboy sur le retour, donnait déjà la réplique à John Wayne il y a cinquante ans. Son interprétation lui a valu le Prix d’interprétation masculine à Cannes l’an dernier, récompense méritée tant son personnage de Woody est antipathique, malgré son grand âge. Face à lui, Will Forte, tout en introspection, est aux antipodes de sa nature comique qui on fait de lui un des piliers du «Saturday Night Live ».


Humour et humanisme

Nebraska est donc un road movie subtil et attachant qui sort résolument des sentiers battus pour nous raconter une histoire ordinaire de filiation teintée de mélancolie et d’ironie. Dans un environnement individualiste, où les gens ne se parlent plus, Woody et David vont enfin apprendre à se connaître et à échanger, sur les « choses de la vie » (hilarante scène de bar où le père explique à son fils que sa mère étant catholique fervente, il a dû aller trouver du réconfort ailleurs). Beaucoup d’humanisme se dégage dans Nebraska : Payne élimine le pittoresque, toujours tentant, et le pathos, toujours bavard, au profit de regards qui en disent long, et opère une coupe en règle d’une Amérique avec ses rêves d’argent facile, sur fond de désertification et le vieillissement des campagnes frappées par la crise.

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