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Irlande : modèle de sortie de crise, jusqu'à quel point ?


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Irlande : modèle de sortie de crise, jusqu'à quel point ?

En décembre, l’Irlande a été le premier pays sous perfusion à s’affranchir de son plan de sauvetage. Elle est depuis le symbole de l’austérité payante, symbole d’un pays sorti la tête de la crise. Mais qu’en est-il réellement ?

L’ancien tigre celtique a retrouvé un peu de sa superbe. Cette année, la croissance devrait approcher les 2%, les comptes courants sont dans le vert, le déficit est en baisse, le chômage aussi. Après s‘être serré la ceinture pendant des années, l’Irlande respire mieux et la vivacité des exportations y est pour beaucoup comme l’explique le ministre irlandais des Affaires européennes.

“ Nous avons un secteur de l’exportation très vaste qui va de l’agriculture aux services financiers, en passant par les assurances, les activités bancaires, la haute technologie. Et ce sont autant de moteurs de croissance qui ont aidé le pays à traverser les difficultés “, nous confie Paschal Donohoe.

L’Irlande attire aussi de nombreux groupes internationaux. Exemple dans le secteur du net. Google, Apple, Amazon and co, presque tous ont pignon sur rue à Dublin.

“ 90% de toutes les exportations irlandaises viennent de sociétés étrangères. Seulement 10% viennent de sociétés irlandaises, souligne Dan O’Brien, économiste en chef à l’Institute of International and European Affairs. Aucun autre pays au monde n’est aussi dépendant pour ses exportations de sociétés étrangères qui viennent, travaillent et opèrent dans le pays. Et elles viennent ici pour diverses raisons. Elles viennent parce que l’Irlande est un pays anglophone, qui se trouve dans la zone euro, dans le marché unique, avec de bons niveaux d’enseignement, une flexibilité des travailleurs et aussi ce fameux impôt sur les sociétés au taux très bas. “

Ces atouts n’ont pourtant pas empêché les Irlandais de payer un lourd tribut à la crise. Depuis 2008, un quart de l‘économie domestique est partie en fumée, un emploi sur sept a disparu et l’austérité n’a épargné aucun secteur. Parmi les conséquences les plus notables, une émigration massive des jeunes. En cinq ans, sur une population de 4,5 millions d’habitants, 180.000 jeunes entre 15 et 24 ans ont quitté le pays. Roisin compte aussi faire ses valises. Diplômée de sociologie, elle a fait un master de journalisme et travaille à mi-temps dans un service clientèle.

“ Je me suis rendue compte que ce serait un temps partiel et que ce serait difficile de vivre avec 200 euros par semaine. J’ai passé pas mal d’entretiens pour des postes dans le journalisme et d’autres choses, et il est devenu évident que je ne décrocherai rien d’intéressant ici en Irlande. Donc j’envisage de partir à l‘étranger, l’an prochain, j’espère “, nous dit-elle. Mais encore faut-il qu’elle réussisse à économiser pour son aller simple.

“ Ce sont des étudiants qui étaient en master avec moi “, raconte-t-elle en nous montrant une photo. “ Cette fille est à Londres, elle travaille dans le journalisme. Ce garçon est en Corée du Sud, il enseigne l’anglais. Celle-ci est fille au pair en France, et cette autre vient de quitter la Nouvelle-Zélande pour un travail en Australie, elle adore. “

Alors que Roisin rêve de s’envoler pour l’Asie, d’autres ont décidé de se regrouper pour rester. Le collectif “We’re not leaving”, littéralement “Nous ne partons pas”, a été créé l‘été dernier. Il rassemble des jeunes, diplômés, chômeurs ou travailleurs précaires qui veulent faire bouger les choses en Irlande. Parmi eux, Seamus, 22 ans, psychologue de formation.

“ Si nous travaillons ensemble, collectivement et qu’on commence à répliquer un peu, on peut progresser et faire quelque chose d’utile, assure-t-il. Je pense que le gouvernement a fait passer le message que les jeunes étaient fainéants, qu’ils ne travaillaient pas suffisamment dur, qu’ils voulaient juste rester à la maison et il s’est servi de cela pour couper dans les aides sociales aux jeunes, sans vraiment parler de la crise de l’emploi. Et si on ne se dresse pas contre cela, nous serons visés encore et encore. “

Ironiquement, les départs contribuent à faire baisser les chiffres du chômage des jeunes. Il y a deux ans, il dépassait les 29%. Il est depuis descendu à 26%.

Cet exode des jeunes et ses conséquences pour le pays, Audrey Tilve d’euronews en a parlé avec Marie-Claire McAleer, qui est chercheuse au Conseil national de la jeunesse (National Youth council of Ireland). Voici ce qu’elle en dit :

“ Un quart des familles sont affectées par l‘émigration et un jeune entre 18 et 24 ans sur deux envisage d‘émigrer. Les secteurs les plus affectés sont celui de la construction et les filières qui y sont liées, la santé, l‘éducation, et plus généralement, des diplômés qui auraient pu occuper des postes dans le secteur public partent chercher du travail à l‘étranger. Beaucoup de pays dans l’Union européenne ont une population vieillissante, et nous dépendons beaucoup de ces jeunes pour notre couverture santé, pour nos retraites. Il y a bien sûr ceux qui partiraient de toutes manières, les jeunes qui recherchent l’aventure, une meilleure progression dans leur carrière, de meilleurs salaires, des opportunités de carrière, ceux qui partent pour expérimenter de nouvelles cultures, mais d’aprés notre étude, la majorité d’entre eux partent parce qu’ils le doivent. “

Pour accompagner le phénomène, le Conseil de la jeunesse propose un renforcement des liens avec la diaspora et une stratégie afin de faciliter les retours.

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