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Rwanda : gros plan sur la réconciliation, 20 ans après le génocide


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Rwanda : gros plan sur la réconciliation, 20 ans après le génocide

Ils sont nés en 1994, l’année du génocide au Rwanda. Aujourd’hui, ils portent la Flamme du souvenir à travers leur pays. Il y a 20 ans, le dernier génocide du XXème siècle faisait 800.000 morts en 100 jours. Cette semaine, les télévisions européennes sont retournées au Rwanda pour dresser un état des lieux de la réconciliation.

Reportage de France 2 :

Le passage de la Flamme à travers le pays donne lieu à chaque fois à des rassemblements où tous les villageois des alentours viennent assister à un étrange spectacle: des témoignages de rescapés, mais aussi de bourreaux.

Théopiste est une miraculée. À l‘époque elle avait 18 ans. Elle raconte : “des hommes armés m’ont emmenée vers une fosse où étaient réunies une vingtaine de personnes. Tous ces gens ont été tués sous mes yeux. Le bourreau, on l’appelait Toubouyé, il se comportait comme un animal, il les exécutait un à un.”

Cela se passait tout près d’ici. Theopiste nous accompagne sur les lieux. Depuis, les victimes ont été enterrées et la fosse comblée. Elle poursuit : “voilà, ils m’ont emmenée ici. C’est un miracle si je n’ai pas été tuée, puis jetée dans la fosse avec les autres. Quand mon tour est arrivé, le bourreaux m’a reconnue. Un jour, je lui avais offert une cigarette, il s’en est souvenu. Il m’a dit : c’est bon, tu peux partir.”

Mais les rescapés ne sont pas les seuls à témoigner lors du passage de la flamme. Les bourreaux aussi se racontent devant tout le public. Comme Xavier qui, il y a quelques mois, se prêtait à l’exercice. L’homme a participé activement au génocide à l‘époque il avait 31 ans. “On tuait les Tutsis avec des lances, des machettes, des gourdins. Moi j’en ai tué 6 le même jour. Une femme et ses 4 enfants et un enfant d’une autre famille.”

Xavier a fait 9 ans de prison, et puis il a demandé pardon aux familles, des familles qu’il connaissait au moment de ses crimes, mais nous dit- il, il les revoit encore, car elles habitent dans le même village.

Face à notre scepticisme il va à la rencontre de la tante des enfants qu’il a exécutés, Laurence, et qu’il croise presque chaque jour, comme si s‘était une chose normale, une chose banale. “je lui ai vraiment pardonné,” assure-t-elle.

-Vraiment pardonné, c’est sûr?

-“Oui, dans mon coeur je n’ai plus de rancune.”

Reportage de SF1

Pendant trois mois, sous les yeux du monde entier, l’inimaginable s’est produit au Rwanda. Le massacre perpétré par des extrémistes Hutus contre la minorité Tutsie et les Hutus modérés, a provoqué un véritable exode. Retour sur les faits avec la télévision suisse alémanique.

La tension est palpable. Dans ce village, les Hutus vivent sur une colline, les Tutsis sur une autre. Le terrible passé est toujours présent. Ce père de famille Tutsi est un rescapé du massacre. Sur son crâne, une cicatrice indélébile vient le rappeler. “A l‘époque, j’avais 14 ans. On m’a entaillé le crâne et en même temps, quelqu’un d’autre m’a donné un coup sur les genoux pour que je tombe à terre.”

Plusieurs centaines de milliers de personnes n’ont pas survécu.
Tout a commencé avec l’attentat contre l’avion du président Hutu Habyarimana. En réaction, des miliciens Hutus ont commencé à tuer leurs voisins Tutsis, partout, dans les rues, aux champs, sur leurs lieux de travail, dans les écoles et les églises. Un missionnaire belge se souvient :“plusieurs Tutsis ont cherché une protection chez nous, mais les Hutus, fortement armés, sont arrivés et ont tiré sur les hommes, les femmes, les enfants et même les bébés.”

Aujourd’hui, victimes et bourreaux vivent côte à côte dans ce petit pays. Souvent, les familles qui ont perdu des proches croisent leurs bourreaux au quotidien. Le pardon requiert une force surhumaine.

Ce couple en est un bon exemple. Elle est Hutu, lui est Tutsi. Ils sont mariés. “Au début je n’osais pas le dire à ma famille, explique la femme. Ils avaient peur que mon mari veuille se venger. “

Il ne l’a pas fait. Il n’empêche, les souvenirs restent douloureux. Encore plus pendant ces jours de mémoire.

Reportage de la TSR

20 ans après, certains ne parviennent toujours pas à surmonter le drame. Le pays est démuni pour leur venir en aide. Le Rwanda ne compte qu’un hôpital psychiatrique. Pour la plupart, pardonner l’impardonnable est la seule option. Reportage de la télévision suisse romande.

Mathias et Jacqueline, deux destins opposés, deux regards qui s’effleurent à peine. 20 ans après le génocide chacun cherche les mots justes pour se raconter.

“En 1994 j’ai tué plusieurs personnes, dit Matthias. L’Etat nous a donné des machettes et même des fusils. Nous avons tué, nous avons démoli les maison des Tutsis, nous avons tout détruit. Quand les hommes de l’actuel Président sont arrivés, j’ai pensé que je serais tué. Au contraire, ils m’ont arrêté, ils m’ont condamné et puis mis en prison pendant 9 ans et demi.”

“J’ai eu de la chance, se souvient Jacqueline. J‘étais une petite fille, les assassins sont arrivés chez nous à 11 heures du matin. Un peu avant, mon père nous avait demandé à nous, ses enfants, d’aller chercher du lait. Quand nous sommes revenus, nous avons trouvé des cadavres partout, les escadrons étaient déjà partis, alors nous avons couru à la maison de notre oncle, à quelques km de chez nous. De là, nous avons fui au Burundi.”

Jacqueline et Mathias sont désormais voisins. Leurs enfants jouent ensemble, non par choix, mais parce que les nouvelles autorités l’ont voulu. au Rwanda, 20 ans après le génocide, il n’y a plus officiellement ni Hutus, ni Tutsis, seulement des Rwandais, officiellement réconciliés.

Matthias reprend : “le Président m’a gracié à condition que je me repentisse et que je demande pardon. C’est ce que j’ai fait, j’ai demandé pardon à l’Etat, aux Rwandais. En sortant de prison, je n’avais plus rien. J’ai participé à la construction de ce village, j’ai aidé à fabriquer les briques. Aujourd’hui j’habite une de ces maisons.”

“J’ai pardonné avec le coeur, je n’avais pas d’alternative si je voulais continuer à vivre. Ce qui est fait et fait, il y avait un pays à reconstruire et j’essaie de contribuer comme je peux,” dit Jacqueline.

Reportage de la RSI

Le rôle de l’Eglise catholique pendant le génocide, son silence voire pire, a été dénoncé par les autorités de Kigali. En 1994 beaucoup de tueries ont eu lieu dans les églises, où les gens se croyaient a l’abri, comme le rappelle la télévision suisse italienne.

Des pierres, des briques, et 2.000 tombes. Niange, dans l’ouest du Rwanda. Le 16 avril 1994, l‘église était pleine quand les bulldozers l’ont rasée.

Quelques collines plus loin, se trouve Kibuye. Ici, l’Eglise a été restaurée. Dans ses murs, en 1994, plus de 2.000 personnes ont été tuées.

“Nous étions devenus des sauvages. Nous étions des tueurs et nous ne pensions plus à Dieu. Nous étions comme des bêtes. Il n’y avait plus rien d’humain en nous,” confesse un homme, Hutu.

Au Rwanda, sur chaque colline, des milliers d‘églises rappellent la folie du génocide. Les gens ont essayé de s’y réfugier, certains d’y trouver la protection divine, ou même simplement la protection des prêtres. Mais des escadrons armés de machettes ont investi les églises.

Malgré tout, 20 ans après, c’est un dimanche comme un autre. Les églises catholiques font le plein pour la messe. Et ce, même si certains critiquent encore l’attitude des prêtres en poste à l‘époque.

Le prêtre reste travaillé par sa conscience : “peut-être que nous, les hommes d’Eglise, aurions dû devenir des martyrs, sortir les premiers des églises et nous aligner face aux milices. Pour être tués en premier. Ensuite, ils auraient tué les chrétiens à nos côtés. Car toute action visant à sauver des gens se soldait par la mort immédiate de ceux qui voulaient les protéger.”

Une légende locale raconte que depuis toujours, pendant la journée, Dieu sillonne le monde, mais à la nuit tombée, il regagne les collines du Rwanda pour y dormir. Certains disent que pendant les 100 jours du génocide, Dieu s’est perdu.

Pour les fidèles rassemblés ici, Dieu n’est pas à mettre en cause.
“Dieu ne nous a jamais abandonnés. Dieu rentre toujours au Rwanda pour dormir,” assure une femme.

“Pendant le génocide, si nous avions cru en Dieu, nous ne nous serions pas entre-tués comme des sauvages. Dieu n’accepte pas que l’on tue ceux qu’il a créés,” renchérit une autre.

“Le génocide n’est pas un problème de dieu. Dieu n’oublie jamais ceux qu’il a créés. L’ignorance a causé le génocide. L’ignorance de notre peuple,” conclut un vieil homme.

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