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Le naufrage de Noé


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Le naufrage de Noé

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On attendait avec curiosité l’intrusion d’un cinéaste étiqueté comme auteur dans un genre bien particulier : le péplum, de surcroît biblique. Darren Aronofsky nous avait laissé ébloui par la noirceur et la folie de son Black Swan (Oscarisé pour la prestation de Natalie Portman) il y a trois ans. Pour son premier film à gros budget, on se demandait comment le réalisateur new-yorkais allait faire pour y ajouter sa touche personnelle et se démarquer des faiseurs de blockbusters à l’instar d’un Michael Bay (Armageddon) et autre Roland Emmerich (Independance Day). A la décharge d’Aronofsky, Noé n’avait rien d’un film de commande puisqu’il adapte ici en fait sa propre bande dessinée, publiée en 2011, et dont il avait signé le scénario.


Noah a Graphic Novel by Darren Aronofsky and... par Flixgr

Le mythe revisité


L’histoire d’Aronofsky suit l’originelle de Noé, celle des descendants d’Adam et Eve, et de leurs enfants, Abel, Caïn et Seth. Après avoir tué son frère Abel, Caïn et ses descendants vont coloniser la terre en n’ayant de cesse de vouloir dominer la nature et d’asservir son prochain. Au contraire, les descendants de Seth vivent en harmonie avec leur environnement, cherchant à préserver et perpétuer toutes les espèces qui la peuplent. Noé et ses trois fils, sont les derniers descendants de Seth. Lorsque l’heure du jugement dernier approche, Noé a des visions qui lui indiquent le chemin à suivre : retrouver son ancêtre Mathusalem, et construire une arche pour sauver les animaux du cataclysme. Le temps presse car les descendants de Caïn, belliqueux et affamés, voudront détruire l’œuvre de Noé. Seuls les veilleurs, géants de pierre, viendront en aide au prophète…

Le moins que l’on puisse écrire, c’est qu’Aronofsky a chargé sa barque, et lourdement. Il ne nous épargne en effet ni les effets spéciaux grandiloquents, ni les décors kitch en diable, ni les cabotinages (Anthony Hopkins en tête). C’est donc dans une sorte de version Heroic Fantasy qu’il nous embarque, en prenant de nombreuses libertés vis-à-vis de la fable biblique initiale. Les migrations des animaux de la Création n’occupent que quelques minutes dans le film et la production a pris soin de n’utiliser aucun animaux vivants et d’avoir recours systématiquement au trucage pour les quelques scènes où les reptiles, insectes, oiseaux et autres mammifères regagnent l’arche.

Une surenchère d’effets

Les scènes de visions pré-apocalyptiques de Noé font aussi appel à la surenchère d’effets, une succession de flashs psychédéliques qui ne sont pas sans rappeler les passages sous acide et autres psychotropes de Requiem for a Dream. Surnagent quelques décors naturels époustouflants (tournage en Islande) utilisés comme toile de fond qui nous emmène littérallement sur une autre planète. Bref, à la poésie et au mysticisme, Aronofsky a clairement choisi le camp du baroque et de la science-fiction. Preuves en sont également les « veilleurs », ces géants de pierre protégeant la progéniture d’Adam et Eve qui ressemblent à de vulgaires Transformers de l’âge de pierre. Le montage n’arrange rien à l’affaire, se contentant de booster artificiellement les scènes de combats et les moments de suspense.

Un film qui prend l’eau

La seule réussite du film –si vous avez résisté aux deux premières heures- est un épilogue post-déluge étonnant, où toute la famille de Noé se retrouve dans l’Arche. Noé, incarné par un Russel Crowe qui ressemble de plus en plus à un homme des cavernes, se transforme et, de héros indestructible, devient un tueur potentiel lorsqu’il apprend que sa fille d’adoption est enceinte de son propre fils. Pour lui, la race humaine doit payer sa folie, et seuls les animaux doivent survivre. S’ensuit alors une dernière demi-heure trouble, où le film cherche à basculer, mais un peu tard, dans une réflexion sur le bien et le mal. Pour réussir une bonne sauce, il faut non seulement intégrer les éléments au bon moment et en bonne quantité, mais aussi ne pas la surcharger en goût, au risque d’en recouvrir toutes les saveurs.

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