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Portugal : génération austérité


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Portugal : génération austérité

L’austérité comme réponse à la crise, c’est l’un des principaux thèmes de la campagne des Européennes. Les conséquences sociales sont importantes dans les pays secourus par la troïka. C’est le cas du Portugal, où s’est rendue une de nos équipes pour aborder le thème de la pauvreté chez les enfants. Après avoir créé une génération de chômeurs, la crise met-elle désormais en danger l’avenir de millions d’enfants ?

“ C’est triste de voir les gens fouiller dans les poubelles pour de la nourriture. Personne n’aime voir ça,” nous confie Suade Fati, une adolescente qui vit dans un quartier défavorisé de Porto.

“ Ils viennent et me demandent un litre d’huile ou un kilo de riz et ils disent qu’ils paieront plus tard, sans que je sache si plus tard veut dire aujourd’hui ou demain,” explique José Marques Júnior, l‘épicier du quartier.

“ Je pense que c’est un phénomène très sérieux au Portugal et qui a tendance à s’accentuer, “ déplore Cidália Queiroz, directrice de l’association “Qualifier pour intégrer”.

En 2011, quand le Portugal a bénéficié d’un plan de sauvetage international, près d’un tiers des enfants étaient déjà menacés par la pauvreté. Depuis, l’austérité ne les a pas épargnés. L’aide sociale a été supprimée pour 500.000 enfants et ils sont 120.000 à dépendre de l’aide alimentaire.

A Porto, l’association “ Qualifier pour intégrer “ travaille avec 480 familles pauvres. Elle donne notamment des cours de cuisine à des adultes et les repas sont servis à une cinquantaine d’enfants. Suade en fait partie. “ Ma mère ne peut acheter que certaines choses à manger mais parfois on a envie d’autre chose et elle ne peut pas nous le payer. Mon oncle l’aide en nous achetant des habits,” explique-t-elle.

Suade et son jeune frère vivent avec leur mère, Bana, qui ne peut pas travailler pour raisons de santé. Elle reçoit 215 euros d’aide sociale et 150 euros pour les enfants. Dès lors, difficile de payer son loyer de 300 euros. “ Payer le loyer, c’est dur, très, très dur. Donc, je ne peux pas les nourrir correctement. Si je ne paie pas le loyer, on nous mettra dehors, et où est-ce que j’irai avec mes enfants ? La priorité, c’est de payer le loyer, “ affirme-t-elle, digne.

Entre 2010 et 2012, ce que l’on appelle ici le revenu d’intégration sociale a été réduit de 22%. Près de 50.000 familles ont perdu cette aide.

José Marques Júnior, 86 ans, tient une épicerie depuis 65 ans. Il témoigne du combat quotidien de certaines familles : “ les temps sont vraiment durs pour les jeunes familles. Les emplois ne sont plus sûrs. Les gens travaillent pendant quelques mois et puis ils sont sans emploi pour une période indéterminée. “

Le chômage touche aujourd’hui 800.000 personnes et plus de 85% des chômeurs ont des enfants. Mais certains ne touchent ni les allocations chômage ni l’aide sociale.

C’est le cas des parents de Rúben Malhadinhas. Ce garçon de 12 ans a des suggestions à faire : “ tout est cher, il faudrait baisser les prix. Et augmenter d’autres choses comme le salaire minimum et le revenu d’intégration sociale. “

Lui et sa soeur de cinq ans vivent avec leur mère. Elle est sans emploi et suit une formation rémunérée 146 euros par mois. La grand-mère, qui fait des ménages, tente d’aider, quitte à jongler avec les factures. “ Un mois, je paye l‘électricité mais le mois suivant, j’attends la lettre de relance et je paye pour la télé. Parfois, je demande à ma soeur de me prêter l’argent du loyer jusqu‘à ce que je touche mon salaire. Et je lui rends l’argent mais je ne paie pas autre chose. Je vis comme ça pour y arriver, “ avoue-t-elle.

Pour la directrice de l’association “Qualifier pour intégrer”, il faut rompre avec une pauvreté quasi-héréditaire, de génération en génération, et ne pas regrouper les logements sociaux sous peine de ghettoïsation. “ Dans certains quartiers sociaux, il y a vraiment des atteintes à l’humanité. Il y a des enfants qui grandissent dans des endroits où il est impossible de grandir et d’acquérir des valeurs positives. Ils apprennent les comportements déviants et considèrent que c’est la norme, “ explique-t-elle.

Les sept prochaines années, le Portugal devrait recevoir 1,6 milliards d’euros du Fonds social européen pour lutter contre la pauvreté et tenter de repêcher une partie de cette génération austérité.

L’interview : Madalena Marçal Grilo, directrice d’UNICEF Portugal

Dans une étude sur l’application de la Convention sur les droits de l’enfant au Portugal en janvier, la branche portugaise de l’UNICEF et neuf autres ONG ont conclu que l’austérité avait conduit au déni ou à la violation de ces droits. Euronews en a parlé avec Madalena Marçal Grilo, la directrice d’UNICEF Portugal.

“ Un facteur très important, qui a un impact très fort sur les enfants, c’est le chômage. C’est un facteur qui a une énorme importance, premièrement parce qu’il conduit à une dégradation matérielle due à la baisse du revenu disponible dans les familles, et deuxièmement parce que les parents sont moins disponibles pour élever leurs enfants, ils sont anxieux, essaient de trouver de l’argent par des moyens alternatifs, par des activités rémunératrices. “

euronews

“ Donc on peut clairement faire le lien entre la pauvreté des enfants et le programme d’austérité imposé au pays ces trois dernières années ? “

Madalena Marçal Grilo

“ On peut dire qu’il y a une pauvreté matérielle parce que les familles ont moins de revenus disponibles, l’accès à l’aide sociale a aussi diminué, notamment les aides pour les enfants à charge et pour les frais scolaires, tout cela est beaucoup plus restrictif. “

euronews :

“ Quel sera l’impact de cette situation sur l’avenir des enfants ? “

Madalena Marçal Grilo

“ Etre pauvre et manquer d’opportunités aura forcément des conséquences sur l’avenir de ces enfants en termes d‘éducation, dans leur approche de la vie en société et plus tard, dans leur productivité. “

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