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Syrie : élection présidentielle jouée d'avance dans un pays en guerre


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Syrie : élection présidentielle jouée d'avance dans un pays en guerre

Image surréaliste de Bachar El-Assad, souriant, au bureau de vote ce matin. Un président à la tête d’un pays en guerre depuis plus de 3 ans, comptant plus de 150 000 morts et 2 millions et demi de réfugiés. Un président qui a voulu ces “premières élections libres” pour asseoir sa légitimité.

Mais quelle légitimité? En face, deux candidats, pour la galerie. Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar, l’un avocat et ex-président de la chambre d’industrie, l’autre député. Aussi inconnu l’un que l’autre, et sans chance de l’emporter.

Un scrutin joué d’avance. A Damas, entre chants et bruits des bombes, la photo du favori est partout. Les élections sont bien sûr boycottées par l’opposition qui les qualifie de farce, à l’instar de la communauté internationale.

Car, à quelques kilomètres de là, la guerre bat son plein. Le contraste est saisissant. A Alep, coupée en deux, une partie de la ville, les pro-assad, a voté. Les autres continuent les combats. Le pays est en ruine. Les insurgés dénoncent une “élection de sang”.

Si 15 millions d‘électeurs sont appelés aux urnes, seuls les habitants des zones contrôlées par l’armée ont pu voter, sous contrôle d’observateurs iraniens, russes ou nord coréens. Le régime ne contrôlerait que 40 % du territoire.

Mais face à des rebelles en manque d’armes, isolés et privés de vivres, Assad est à la tête d’une armée restée soudée autour du régime malgré les défections, et il peut compter sur l’aide précieuse du Hezbollah libanais.

En 2012, Assad fait voter une nouvelle constitution ouvrant les élections à d’autres candidats. Mais ses opposants doivent obtenir le soutien de 35 députés sur les 250 que compte le parlement, dont 161 appartiennent au parti du président.

Jusqu‘à présent, une seule candidature était soumise à la population, priée de l’avaliser par référendum. Un plébiscite à la gloire des Assad de père en fils depuis 1970. C’est ainsi que par un tour du destin cet ophtalmologiste arrive au pouvoir auquel il n‘était pas destiné en juillet 2000.

Sur les près de 3 millions de réfugiés syriens, seuls 200 000 ont été autorisés à voter, ceux qui n’ont pas fui clandestinement le pays. Parmi les réfugiés, les pro-assad ont assailli les bureaux de vote, comme ceux-ci, traversant la frontière au risque de perdre leur statut de réfugiés. Alors que d’autres, même sous la menace ont refusé de participer à ces élections, dénoncant “l’homme qui a tué 200 000 syriens”.

“Une farce pure et simple”

Belaïd Mekious, euronews :
Avec nous depuis Istanbul le politologue Burhan Ghalioun, ancien président du Conseil national syrien, et actuellement membre de la Coalition nationale syrienne. M. Ghalioun, bienvenue sur euronews. La Syrie organise aujourd’hui la première élection pluraliste de son histoire. Des élections dont l’issue semble fixée d’avance, et menées dans un état de guerre. Quelle est la position de l’opposition syrienne vis-à-vis de ces élections?

Burhan Ghalioun :
On ne peut pas appeler cela des élections, c’est une mascarade pure et simple. Tout le monde sait que Téhéran est derrière ces élections, c’est-à-dire le régime iranien, le régime des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution islamique, qui cherchent à utiliser Assad et la prolongation de son mandat comme une carte dans les prochaines négociations avec l’Occident après les négociations sur la crise nucléaire.

euronews :
Malgré l’appel de l’opposition, en Syrie et à l‘étranger, à boycotter ces élections, il y a eu une forte participation des Syriens à l‘étranger. Comment interprétez-vous cela, notamment à Beyrouth?

Burhan Ghalioun :
Vous vous souvenez des évènements de Hama, où Assad père a détruit la moitié de la ville et tué une quarantaine de milliers de personnes, un conflit qu’aucun autre peuple n’a connu dans son histoire. Aujourd’hui, ces événements se sont étendus au pays tout entier. Après la tuerie de Hama perpétrée par Assad père, les gens sont sortis dans la rue pour clamer leur soutien à Assad, même ceux qui avaient perdu des enfants et des parents, ils ont fait ça sous la menace. Tout ça, c’est du cinéma, tous les régimes totalitaires sont capables de faire la même chose, c’est pourquoi je ne suis pas étonné de voir ces gens-là sortir malgré eux, comme ils ont eu l’habitude de le faire ces cinquante dernières années. Et aujourd’hui, on ne peut en aucun cas parler du libre choix des Syriens. Dans de telles circonstances, ces élections n’ont aucune signification.

euronews :
Le groupe des Amis de la Syrie confirme, de son coté, que le régime Assad a perdu toute légitimité et que la Coalition nationale syrienne est le représentant légitime du peuple syrien. Mais, en même temps, certains pays autorisent le vote sur leur territoire. Comment expliquez-vous ce paradoxe?

Burhan Ghalioun :
Je crois que cette attitude démissionnaire de la part de l’Occident, et aussi de certains pays arabes, est un choix de moyen terme face au chantage et aux menaces de violence, de tueries, que le régime exerce depuis 50 ans.

euronews :
Le Président Barack Obama, dans son discours de la semaine dernière, a fait de nouvelles promesses de soutien à l’opposition syrienne, et a souligné que la solution en Syrie doit être une solution politique. Êtes-vous d’accord avec lui?

Burhan Ghalioun :
Dès le départ, nous avons dit qu’il n’existe qu’une seule solution, c’est la solution politique. Et le Mouvement de la révolution a toujours répété qu’il est un mouvement pacifique, qui prône l’ouverture et le dialogue pendant une période transitoire acceptée par les deux partis afin de préserver les institutions de l’Etat, et d’un Etat actif.

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