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Nuits Sonores 2014 : Robert Hood et les autres

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Nuits Sonores 2014 : Robert Hood et les autres

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Dans un festival aussi intense comme Les Nuits Sonores 2014, avec autant d’artistes, d’espaces et de registres musicaux, souvent on retient un concert ou un mix qui représente pour soi la totalité de l’événement. On le ramène chez soi comme le meilleur souvenir de quatre jours d’une fébrilité ininterrompue.

C’est le cas du live de Robert Hood, l’un des inventeurs de la techno minimale. Responsable à Detroit de la création du label-cellule militante Underground Resistance à la fin des années quatre-vingt quand la ville accélérait vers un nouveau son – toujours d’actualité – Hood a dévoilé le vendredi soir au Marché de Gros une leçon sur les origines, et le futur, de la dance music, plus physique et engagée. Comme si Nicolas Winding Refn tournait une deuxième partie de ‘Drive’, avec un Ryan Gosling en train de traverser la Motor City.


Robert Hood (credit : youcantbuybuy)

Ce n’est pas que les autres artistes, jouant avant et après Robert Hood, n’étaient pas à l’hauteur (même si on peut aimer plus certains que d’autres). C’est qu’avec Hood on comprend mieux d’où vient un concept comme la musique électronique qui s’est installée dans le paysage des grands ensembles et des entrepôts dans années quatre-vingt-dix. Le parfait croisement entre les aventures robotiques européennes de Kraftwerk et la musique noire de Détroit, à l’époque capital mondiale de l’automobile. Difficile de savoir avec quel type de machines Robert Hood nous a aimantées pendant une heure, comme si on n’avait jamais avant écoute rien de tel, mais l’expérience fût sidérante et bouleversante.


Kraftwerk 3D (credit : www.b-rob.com)

La séquence précédente, la masse du bruit mélodique des Fuck Buttons, fut un autre grand moment de cette édition du festival. Le son du duo de Bristol, ajoutant des couches de saturation jusqu’à ce qu‘émerge une base pop, nous saisit comme jamais depuis l’époque d’Underworld. Cette intensité, voire dangerosité, manquait, par exemple, aux projets Darkside ou Trentemoller même s’ils furent plébiscités par le public. Oneohtrix Point Never a su créer des ambiances attirantes, mais restait toujours trop cérébral. Par contraste, les guitares psychédéliques des Wooden Shjips à la Sucrière rappelaient que l’on peut émettre des « drones », soit avec des machines soit avec des instruments. Cette attitude, du côté de l’esprit punk, on l’a aussi trouvé chez les vétérans hollandais The Ex.


Wooden Shjips (credit : Zacharie Gaudrillot-Roy)

Représentant une nouvelle génération dans le rap (membre du collective californien Odd Future), le jeune de vingt ans Earl Sweatshirt montrait à l’Épicerie Moderne de Feyzin, le jeudi soir du circuit des clubs, que la relève venant de la rue est bien assurée. Auteur de ‘Doris’, l’un des meilleurs albums de 2013, Sweatshirt déploie sur scène, accompagné aux platines de Lucas Vercetti, les morceaux de son disque en solo mais avec l’assurance d’un grand. Son sourire d’ado n’empêche pas sa langue vipérine sur les bases d’une soul mortifère.

Des mixes de ces quatre jours, on retiendra les excursions hétérodoxes de Laurent Garnier et MCDE, l’acid house du local Kosme, le savoir-faire du berlinois Marcel Dettmann, les bizarreries de Rustie, le final en douceur d’Agoria, l’énergie de l’ ukrainien Vakula et la fin de la fête, ensoleillée au petit matin, par le londonien Funkinevien.

Voici un rapide résumé d’une édition marquée par l’investissement de nouveaux espaces, recyclés, à la Confluence et qui a déjà une réplique décentralisée en octobre dans la brise océanique de Tanger.