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Témoignage d'un réfugié politique qui a dû fuir la Grèce


Le bureau de Bruxelles

Témoignage d'un réfugié politique qui a dû fuir la Grèce

“ Quand j’ai vu les motos venir, j’ai dit, aujourd’hui Mamadou, c’est foutu. De loin, déjà, à 200 mètres, je savais que c‘était eux. La deuxième moto a vu que j‘étais africain. Donc, directement, il a sifflé. Les autres motos sont venues s’arrêter devant moi. Et ils m’ont demandé : qu’est-ce que tu fais encore en Grèce ? J’ai dis : moi ? En même temps, ils ont commencé à crier : tu oses nous répondre ! Ils ont foncé sur moi et j’ai commencé à courir. L’autre moto qui était devant, qui avait descendu la rue sans que je m’en rende compte, je suis tombé face à elle. Et directement il a sorti sa barre de fer. Quand il m’a tapé sur la tête, j’ai crié : maman ! C’est la seule chose que j’ai pu dire. Je m’en souviens très bien. Les gens passaient, personne ne m’a aidé. Je n’ai pas eu d’aide, rien. Personne. Quand j’ai repris connaissance 40 minutes plus tard, j’ai arrêté un taxi. La première question qu’il m’a posé – j‘étais couvert de sang – ça a été de demander si j’avais de l’argent. J’ai dit : oui, j’ai l’argent. “

Cette agression, Mamadou Ba en a été victime dans un pays qui lui avait accordé l’asile politique. Défenseur des droits de l’Homme en Guinée-Conakry, il avait fui les menaces dans son pays en 2006, destination la Grèce. Mais avec la montée du mouvement néo-nazi Aube dorée en 2013, son refuge est devenu un piège.

“ Je ne sais pas comment ils ont eu mon adresse. Ils sont revenus jusque chez moi, jusqu‘à la maison. Ils ont collé une étiquette sur ma sonnette. Ils ont mis Aube dorée dessus. Ils ont mis : Mamadou, on repassera un autre jour. On t’a raté, on repassera un autre jour. Ils ont mis l’insigne de Chrysi Avgi sur leur autocollant. Là, c‘était devenu dangereux pour moi, j’ai changé de maison. “

N‘étant pas du genre à se taire, il témoigne dans les médias de son agression et des intimidations dont il est régulièrement la cible. Ce qui lui vaudra d‘être malmené une fois encore, et cette fois par la police.

“ A un contrôle de routine, quand j’ai donné mon passeport, ils m’ont dit : ah, c’est toi Mamadou Bah. Ils m’ont mis les menottes directement. A la police de Petralona, j’ai passé quatre heures enfermé. Ils m’ont déshabillé. Ils étaient en train de prendre des photos de moi, de me filmer, tout ça. Et quelle question m’ont-ils posé ? Si j’allais encore parler dans les médias ! “

Après l’assassinat du rappeur Pavlos Fyssas attribué à Aube dorée en septembre 2013, le mouvement antifasciste auquel appartient Mamadou lui demande de partir pour sa sécurité. Il lui achète un billet pour la Belgique, et c’est là qu’il dépose une nouvelle demande d’asile politique. Cinq mois plus tard, la demande est acceptée. Son avocat regrette néanmoins qu’il ne puisse pas être fait mention des raisons qui ont conduit à cet asile : les menaces en Guinée, mais aussi en Grèce.

“ Ce que la décision belge ne dit pas, c’est si la Grèce est juste incapable de le protéger d’Aube Dorée ou si les autorités grecques doivent aussi être considérées comme complices d’Aube Dorée “, explique Olivier Stein.

Depuis, la Belgique a cessé de renvoyer en Grèce les demandeurs d’asile ayant fait une première demande dans ce pays, à leur entrée dans l’Union européenne.

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