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L’art de la guerre des images selon l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL)

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L’art de la guerre des images selon l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL)

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Le samedi 14 juin dernier, les combattants djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant ont publié sur Twitter une série de photos de massacres perpétrés sur les forces de sécurité irakiennes lors de la prise de la ville de Tikrit, au nord de Bagdad.

Même s’il est difficile de confirmer l’authenticité de ces photographies ainsi que de vérifier le lieu et la date exactes auxquels elles ont été prises, elles témoignent de terribles exactions commises par les hommes de l’EIIL sur des militaires et des civiles proches du gouvernement du chiite Nouri Al-Maliki. Ces séries de photos macabres, accompagnées de commentaires dégradants, ont depuis été reprises par l’ensemble des médias.

Connus pour avoir utilisé Internet dans le but de rendre publics leurs meurtres et leurs attentats, les djihadistes de l’EIIL l’ont érigé en véritable outil de propagande. Le groupe sunnite ultraradical a pu tester son efficacité d’abord sur le terrain syrien, puis en Irak où il a conquis deux villes de la province d’Anbar dans l’ouest du pays. Mais jamais encore un crime de cette ampleur (1 700 personnes auraient été assassinées à Tikrit) n’a été mis en scène et documenté par ses auteurs avec autant de précision et pratiquement en temps réel.

Selon le quotidien Le Monde, une vidéo publiée en mai dernier « atteste de l’attention toute particulière portée par Da’ich (acronyme arabe de l’EIIL) à la propagande ». Dans cette production, intitulée Le choc des épées IV, la nébuleuse présente toute sa panoplie de moyens d’expression de sa cruauté.


Le film de propagande hollywoodien de l'Etat… par lemondefr

Le groupe dispose également de ses propres agences de communication, Al-Fuqsan Media Production et l’agence Itisam, dont les spots circulent librement sur la toile.

En documentant la prise de Mossoul et la marche vers Bagdad par la diffusion des tweets et des posts réalisés en temps réel, les djihadistes de l’EIIL ont atteint les sommets de l’art de la guerre de la communication. Cette communication consistant en l’étalage de la cruauté et pratiquée tous azimuts, est censée exacerber la haine et les divisions entre sunnites et chiites, en espérant susciter un nouveau mouvement de désertion au sein des forces gouvernementales, à l’instar de celui qui a permis la conquête de Mossoul.

Mais elle peut avoir aussi l’effet inverse, en renforçant la détermination des soldats irakiens de Maliki, jusqu’à présent impuissants face aux djihadistes. Depuis samedi, les forces de sécurité irakiennes ont lancé une contre-offensive. La veille, le gouvernement Maliki avait mis en place un plan de défense de la capitale et de reconquête des villages tombés aux mains des djihadistes.