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Letizia : un atout pour Felipe VI ?

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Letizia : un atout pour Felipe VI ?

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Rien ne prédestinait Letizia Ortiz Rocasolano à devenir Reine d’Espagne. Fille d’un journaliste et d’une infirmière, elle fait tout d’abord carrière comme journaliste et présentatrice à la télévision, couvrant, les attentats du 11 septembre ou encore la guerre en Irak. Une carrière à laquelle elle tourne le dos en 2003, par amour. Fiancée à l’héritier du trône, Letizia sera désormais princesse.

Première roturière à monter sur le trône d’Espagne, Letizia sera aussi la première divorcée à porter la couronne. Elle a en effet été mariée moins d’un an à son professeur de littérature de 98 à 99. Le roi Juan Carlos et la reine Sofia s’opposent d’ailleurs au choix de Felipe. Mais celui-ci leur tient tête. Il épouse Letizia en 2004.

Ses premiers pas de princesse sont difficiles : Letizia a du mal à séduire les Espagnols, qui lui reprochent sa froideur lors de ses apparitions publiques. Le peuple voit en elle une carriériste ambitieuse et vaniteuse. La presse à scandales se gausse de ses nombreuses interventions de chirurgie esthétique, passe au crible sa garde-robe et sa minceur.

Son style de vie indépendant tranche avec l’idée que les Espagnols se font d’une future reine. A 41 ans, cette mère de deux enfants est régulièrement repérée, ici à la première d’un film, là à un concert de rock. Ce qui lui vaut le sobriquet de “reine branchée” chez les paparazzi.

Ses détracteurs n’ont de cesse de la comparer à la reine Sofia qui a su être reine 24 heures sur 24, là où Letizia n’est princesse qu’aux heures de bureau : Bourbon le jour, Ortiz la nuit. Et l’an dernier, des révélations sur un avortement qu’elle aurait subi avant d’entrer au palais ont choqué les milieux conservateurs.

Certes, la nation s‘émeut de sa douleur à la mort de sa soeur cadette Erika. Souffrant de dépression chronique, elle se suicide en 2007. Enceinte de son deuxième enfant, Letizia, toute de noir vêtue, s’effondre en larmes lors des funérailles.

Après la naissance de Sofia, Letizia commence à assumer seule certains engagements de son choix : droits des enfants, culture, éducation. Peu à peu, elle invente une autre façon de vivre à la Cour. Elle se fait aussi un devoir de promouvoir des créateurs espagnols comme Felipe Varela. Son style impeccable rappelle celui d’une autre roturière entrée en royauté : Kate Middleton, devenue duchesse de Cambridge.

Alors que la popularité de la couronne d’Espagne touche un plus bas en vingt ans, ternie par les scandales à répétition, reste à savoir si la future reine Letizia saura devenir l’atout dont le roi Felipe a tant besoin pour reconquérir le coeur des Espagnols.

L’interview : Pilar Urbano, spécialiste de la famille royale d’Espagne

Marta Gil, journaliste au sein de l‘équipe espagnole d’euronews, a posé la question à la journaliste et écrivaine Pilar Urbano qui a consacré des années d‘étude à la monarchie.

Marta Gil, euronews :

Madame Urbano, après 10 ans comme Princesse des Asturies, au sein de la famille royale, Letizia est-elle prête à devenir la première Reine consort à ne pas être de sang royal ?

Pilar Urbano :

Letizia, a fait un grand master de 10 ans de préparation, plus un an de fiançailles qu’elle a passé, sur insistance de la Reine, au palais royal de la Zarzuela. Sa majesté la reine Sofia m’a dit : ‘je ne l’ai pas amenée ici pour qu’elle apprenne quoi que ce soit , même si elle a un peu appris le protocole et d’autres choses, mais pour qu’elle ouvre les yeux et les oreilles et qu’elle voie et entende dans quelle famille elle allait entrer et quel type de vie elle allait vivre.’ Alors elle est prête, parce que 10 ans c’est beaucoup plus qu’un cursus civil ou que trois formations militaires !

Marta Gil, euronews :

Il y a un peu moins d’un an, une grande polémique a touché Letizia après la diffusion d’images de ses sorties nocturnes en solitaire. Vous pensez qu’elle pourra continuer à profiter de sa vie d’avant quand elle sera Reine?

Pilar Urbano :

Bon, les sorties nocturnes sont des sorties très innocentes, parce que, ou bien elle va à des concerts de rock ou de groupes modernes, ou bien elle sort avec des amis ou bien avec son mari -elle le traîne, parce que lui est un peu casanier. Ce n’est pas une princesse du sérail, créée dans une sphère, dans une bulle antique. Elle pourra continuer et moi je pense que c’est sain. Personnellement, je pense que ce qu’ils doivent faire, c’est sortir sur le bitume. La reine me l’avait dit aussi : il faut qu’ils soient dans la rue, là où les choses se passent.

Marta Gil, euronews :

Donc l’image de Letizia est très différente de celle de la Reine Sofia. La comparaison est quasi inévitable, à part les origines de chacune, qu’est-ce qui, selon vous, va différencier la Reine Letizia dans cette fonction ?

Pilar Urbano :

Pratiquement tout. C’est bien qu’elle ne soit pas un clone. Il ne faut pas qu’elle soit une princesse clonée. Il faut qu’elle casse le style et le Prince aussi. Il ne s’agit pas que d’un relais générationnel, avec tout ce que cela implique, c’est un relais de mode de vie. Elle saura concilier, comme elle l’a fait jusqu‘à maintenant, son identité de femme, qui en plus est journaliste, avec les yeux ouverts, intéressée par le monde, et briser la glace, toucher le peuple.

Marta Gil, euronews :

Peut-on dire qu’elle est un atout pour son mari autant que pour la monarchie comme institution, ou pas ?

Pilar Urbano :

Je crois que la “plèbéisation” des monarchies aujourd’hui c’est le vaccin pour qu’elles survivent. Elles étaient restées rances, obsolètes et avec des codes caducs, dépassés. C’est nécessaire cette injection de sang rouge – tous les sangs sont rouges mais je veux dire – une injection de social dans la monarchie. C’est plus qu’un vaccin, je dirais que c’est presque un sauf-conduit et ça, on peut le voir dans toute l’Europe. Aujourd’hui les affaires d’Etat ne se résolvent plus entre les draps mais au sein des gouvernements et des parlements. Les princes et princesses ont donc le droit de choisir une femme ou un homme à leur goût et se de marier par amour de façon à garantir la stabilité dans le couple royal.