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Felipe VI : le discours d'un roi passé au crible

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Felipe VI : le discours d'un roi passé au crible

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C’est le début d’un règne pour lequel il a été préparé toute sa vie. À 46 ans, Felipe est devenu Felipe VI de Bourbon. Cette journée de protocole a débuté tout en symbole avec la transmission des mains de son père Juan Carlos I, de la ceinture de soie rouge de capitaine des Armées.

Felipe, son épouse Letizia et leurs deux filles, l’aînée Leonor – nouvelle héritière du trône – et sa cadette l’infante Sofia, se sont alors rendus en convoi jusqu’au Congrès des députés. Ils y sont entrés par la porte des Lions, sous les acclamations des nombreux Espagnols présents.

Dans un hémicycle réaménagé pour l’occasion, l’heure de la prestation de serment est alors arrivée. Une étape très brève où le nouveau roi a juré fidélité à la Constitution de 1978. Proclamé roi sous les “vivas” de l’hémicycle, Felipe VI a alors pris la parole pour prononcer son premier discours.

Extraits :
“Avec beaucoup d‘émotion, j’aimerais rendre un hommage de gratitude et de respect à mon père le roi Juan Carlos I. (…) Et permettez-moi aussi de remercier ma mère, la Reine Sofia. Toute une vie de travail impeccable au service des Espagnols. (…) Aujourd’hui plus que jamais, les citoyens demandent avec raison que les principes moraux et éthiques inspirent et que l’exemplarité préside notre vie publique.
(…) Ce sont, mesdames et messieurs, mes convictions sur la couronne dont je suis à partir d’aujourd’hui en charge. Une monarchie renouvelée pour une époque nouvelle.
(…) Cervantès a dit, dans la bouche de Don Quichote, ‘tu n’es pas un homme mieux qu’un autre si tu ne fais pas mieux qu’un autre’. Je me sens fier des Espagnols et rien ne me ferait plus plaisir que grâce à mon travail et mes efforts quotidiens les Espagnols puissent se sentir fiers de leur nouveau roi. Merci (prononcé en castillan, en catalan, en galicien et en basque, les quatre langues officielles du royaume, NDLR)”.

L’avènement de Felipe VI tourne une page de l’Histoire de l’Espagne, page au cours de laquelle le pays est parvenu, sous l’impulsion de Juan Carlos I, à s’ancrer dans le camp des démocraties. Charge désormais à Felipe VI de consolider cet acquis en tenant compte des aspirations de ses sujets.

Pour analyser ce discours, Francisco Fuentes, journaliste de l‘équipe espagnole, s’est adressé à un specialiste de la communication politique, Antoni Gutiérrez-Rubí, basé à Barcelone.

Francisco Fuentes : “Qu’avez-vous pensé de ce discours?”

Antoni Gutiérrez-Rubí : “le discours a été bien préparé, Felipe VI a eu du temps pour peaufiner les details, et il a etabli trois grands principes. Un, se soumettre au Parlement et aux pouvoirs publics, c’est à dire réspecter la monarchie constitutionnelle et parlementaire. Le deuxième principe est l’exemplarité, il s’est engagé à se comporter de façon à ce que les citoyens se sentent fiers et bien représentés sur le plan moral et ethique par le chef de l’Etat. Et le troisième principe c’est qu’il affiche de la modernité à tous points de vue”.

Francisco Fuentes : “Si vous deviez donner une note, de 0 a 10, quelle serait-elle ? et avec quelle mention : passable, bien ou excellent ?”

Antoni Gutiérrez-Rubí : “Je crois qu’aujourd’hui, Felipe VI a gagné des points, il a réussi presque avec mention, il a rempli sa mission. Mais il reste un arrière-plan, comme s’il n’arrivait pas à reprendre le fil, la tâche que lui a laissé son père dans son discours de décembre de l’année passée, quand il avait parlé de “la nécessité de réformer les cadres de la cohabitation”.
Felipe VI n’a pas parlé de la transition démocratique (après la dictature de Franco), ni de l’esprit de la transition, il n’a pas ouvert la porte à la seconde transition et pourtant, les problèmes de fond de la société espagnole qui réclame un cadre constitutionnel plus actuel, qui intègre aussi, si possible, une reflexion ou une décision sur notre modèle d’Etat, tous ces problèmes sont toujours présents.

Francisco Fuentes : “Parmi les points forts du discours, on trouve la défense de la monarchie parlementaire et de l’unité nationale, plus que celle de l’uniformité. Que cela signifie t-il ?”

Antoni Gutiérrez-Rubí : “Formellement, il n’y a pas de changements, mais il y a des signes qui montrent une meilleure sensibilité face à la pluralité. On le voit quand il dit qu’il veut être à l‘écoute, comprendre, donner son avis, et éventuellement, conseiller, recentrer un peu la monarchie sur sa capacité d‘écoute, de compréhension et d’identification avec les citoyens, le peuple espagnol. Je crois qu’il s’agit d’un geste intéressant et qui va dans le sens d’un monarque plus sensible, non seulement au consensus, mais aussi aux diversités.

Francisco Fuentes : “En parlant de cela, vous avez fait référence à l’ouverture au dialogue à propos des langues co-officielles. Felipe a cité Machado, Espriú, Castelao et Aresti. Et il s’est éxprimé en catalan, galicien et basque. Comment cela va t-il se traduire ?”

Antoni Gutiérrez-Rubí : “Je crois que nous devons actualiser la manière dont nous allons renforcer, protéger, considérer et respecter les langues qui, comme le roi l’a dit en personne, sont un patrimoine commun. Et c’est un thème qui a besoin d’une actualisation politique, de nouvelles pratiques politiques, de certaines réformes réglementaires comme, par exemple, le règlement du Congrès des deputés.

Francisco Fuentes : “Après le message de Felipe VI, quelles possibilités s’offrent à ceux qui proposent une forme de l’Etat différente?”

Antoni Gutiérrez-Rubí : “Ce discours et, en général, tout le processus entamé par l’abdication jusqu‘à la proclamation, a été comme une annonce publicitaire attentivement élaborée sur la bonté de la monarchie : une annonce à laquelle ont contribué, de quelque manière, les moyens de communication, les analystes et les communicants et aussi les institutions. Mais les problèmes sont toujours les mêmes: le roi et la reine ne gouvernent pas, et c’est aux forces politiques majoritaires que revient la tâche de résoudre les problèmes qui restent en suspens”.