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"Trading Germans": le prix de la liberté


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"Trading Germans": le prix de la liberté

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C’est l’histoire de la plus grande émigration massive en Europe du siècle dernier entre la Roumanie de Ceaucescu et l’Allemagne d’après-guerre. Les Allemands de Roumanie sont une minorité linguistique de Roumanie. Arrivés en plusieurs vagues entre le 12ème et le 19ème siècle, ils étaient plus de 350 000 au milieu des années 60.

“C’est une histoire peu connue mais pendant la Guerre Froide, la Roumanie a vendu plus de 250 000 membres de cette communauté à l’Allemagne de l’Ouest, les deux pays ayant passé un accord secret. Un documentaire retracant cette traite d‘êtres humains a récemment été produit, ici, en Roumanie”

Tout a commencé à la fin des années 60. Alors que l‘économie roumaine s’effondre, l’Allemagne de l’Ouest, dirigée par Willy Brandt puis Helmut Schmidt, offre de grosses compensations financières au régime Ceaucescu pour le retour des Allemands de Roumanie. L’opération est organisée discrètement par la police secrète roumaine, la Securitate.

Le réalisateur de documentaire Alexandru Solomon nous explique comment le secret a pu être découvert:

“Il y a quelques années ont été retrouvées les archives de la Securitate. Des chercheurs les ont épluché et ont publié un livre de plus de 1000 pages répertoriant les dessous de ces négociations”

Pour permettre aux Allemands de rejoindre la RFA, des millions de Marks sont payés à la Roumanie. C’est Hein Günther Hüsch qui était alors chargé de mener les négociations et voyageait en Roumanie avec une valise remplie de billets.

“C‘était le prix de la liberté, explique-t-il. Je ne connais aucun précédent dans l’histoire, c‘était un acte inédit dans son implication comme dans sa dimension.”

“Se plonger dans ces archives était assez douloureux, cela ne touche pas seulement des questions politiques, cela parle de vies humaines, des personnes qui figurent dans ces fichiers. Alors même si vous appelez cela le passé ou le passé récent, en fait il s’agit bien du présent.”

Karl Hahn a quitté la Roumanie à la fin des années 70. Son prix ? entre 2 000 et 10 000 Marks.
Plus tard, le gouvernement roumain demandait même aux émigrants de payer à leur tour.
Ainsi Erika Lazar est partie en 1983 contre 47 000 Marks, la moitié payée de sa poche, je n’avais pas le choix, l’envie de partir était trop forte explique t-elle.

“ce qui rend cette histoire universelle en Europe en 2014 c’est cette question identitaire. Vous êtes allemand, vous êtes roumain et en même temps votre famille habite en Transylvanie depuis des siècles: A qui appartenez vous ? et qu’arrive t-il le jour ou vous devez partir.”

Si les allemands vivant en Roumanie avaient le droit de parler et d’apprendre leur langue depuis des siècles, leur retour en Allemagne n’est pas évident, l’adaptation est difficile, leur nouveau pays étant bien différent de la Roumanie dirigée par un dictateur communiste.

“Il y a des communautés partout en Europe qui peuvent se retrouver dans ce type d’histoire d‘émigration massive. C’est l’histoire de la dernière émigration massive en Europe.”

Le documentaire sera présenté dans de nombreux festival dans le monde entier avant d‘être diffusé en Roumanie avant la fin de l’année.

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