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"La mangeuse d'hommes", un symbole de la Grande Guerre


Le bureau de Bruxelles

"La mangeuse d'hommes", un symbole de la Grande Guerre

A l’occasion des cérémonies du centenaire de la Première Guerre Mondiale, notre reporter, Rudolph Herbert, a décidé de mettre l’accent sur un lieu symbolique: le Vieil-Armand (aka l’Hartmann). Une colline qui surplombe la plaine alsacienne, âprement diputée par les Français et les Allemands.

“Ici, sur le Vieil-Armand, c‘était vraiment oeil pour oeil, dent pour dent!”, raconte Gerd Krumeich, historien allemand et expert de la Grande Guerre. “C’est un lieu très chargé d‘émotions. Je ne veux même pas imaginer leurs cris. Ils se battaient et se transperçaient à coups de pelles. Ils utilisaient aussi des fusils d’assaut et du gaz. Finalement, il n’y a que les tanks qui qui ne parvenaient pas à se hisser en haut de la colline.”

On l’appelle parfois “la mangeuse d’hommes”. Car durant les 4 années de la Grande Guerre, la colline du Vieil-Armand a pris la vie de près de 30.000 soldats Français et Allemands.



Un site stratégique sur le front Ouest, du moins au début du conflit, comme l’explique Gerd Krumeich:

“Ces batailles auraient pu avoir une importance capitale au début. Mais ensuite, très rapidement d’ailleurs, la guerre s’est déplacée vers d’autres fronts. Mais les combats se sont poursuivis ici jusqu’en 1918. Ca a un côté absurde qui amplifie encore les souffrances et les enjeux déjà grands”.

A près d’un kilomètre d’altitude, le Vieil-Armand offre une vue plongeante sur la plaine d’Alsace. Si tant de soldats ont combattus sur ses flancs c’est parce que la colline est un emblême. Assise sur la ligne de démarcation entre l’Alsace française et l’Alsace allemande, elle était farouchement convoitée par les deux camps.

Les combats les plus sanglants ont lieu en 1915. Mais ils se poursuivent jusqu‘à la fin de la guerre. Les batailles sont symboliques, plus que stratégiques car entre temps, le front s’est déplacé à Verdun et dans la Somme.

Dans ses entrailles, la “Mangeuse d’hommes” porte encore les stigmates d’une guerre qui s’est enlisée: des kilomètres de tranchées, des tunnels, des abris de fortune et des positions fortifiées. En tout près de 6.000 vestiges militaires hantent encore ce site.

Tout comme l’esprit de ces milliers de soldats tombés ici. Ils vivaient alors la première guerre d’ampleur mondiale.

“Aujourd’hui, on comprend mieux la Première Guerre Mondiale parce qu’on peut l’analyser dans sa dimension globale”, explique Gerd Krumeich. “Auparavant, l’histoire militaire n’avait jamais eu cette dimension mondiale.”

La mort n’a pas de frontières mais la perception qu’on en a n’est pas la même partout. En Europe, de nombreux pays ont choisi le 11 novembre, jour de l’armistice, pour commémorer la fin de la guerre et honorer les combattants. Les Anglais, portent un coquelicot en signe d’hommage. La France appelle cette période “La Grande Guerre”.

En Allemagne, rien de tout cela. Le pays a perdu plus de 2 millions de soldats mais les combats, n’ont pas eu lieu sur son sol. Et puis il y a eu la Seconde Guerre mondiale qui a pris le pas dans les esprits.

“En Allemagne, on n’est jamais parvenu à former ce que les Français appellent une “communauté de dueil”, quelque chose qui a pu être conservé et transmis de générations en générations dans les familles. On n’a pas réussi à faire ça en Allemagne”, regrette l’historien Gerd Krumeich. “En France, le souvenir de la Première Guerre Mondiale n’est plus si vif qu‘à l‘époque. Il a faibli dans la mémoire collective car les Anciens combattants ont disparu. Par contre, la Grande Guerre est toujours bien présente dans les esprits comme un événement qui concerne le pays, la France, et chaque famille.”

Sur la colline, la crypte rend hommage aux soldats catholiques, protestants et juifs de nationalité française. Les Allemands, eux, ont été enterrés ailleurs, à l‘écart. Mais tout cela est en train de changer.

“Commémorer aussi les soldats Allemands dans la crypte du monument, ça c’est vraiment quelque chose”, se réjouit Gerd Krumeich. “C’est un événement après tant d’années de discussions. C’est une particularité de l’Alsace de pouvoir commémorer les victimes françaises et allemandes en même temps dans la crypte du monument du Vieil Armand et cela pour la première fois.”

Cent ans après le début de la Grande Guerre, l’intérêt des Européens pour l’histoire est toujours bien présent. Chaque année, la “Mangeuse d’hommes” accueille encore près de 300.000 visiteurs.

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