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Erdoğan : un parcours semé d'embûches jusqu'au sommet de l'Etat


Turquie

Erdoğan : un parcours semé d'embûches jusqu'au sommet de l'Etat

C’est le grand favori de la présidentielle. Après douze années au pouvoir, le Premier ministre est loin d‘être rassasié et brigue la tête de l’Etat pour devenir le premier président turc élu au suffrage universel.

Recep Tayyip Erdoğan est né en 1954 à Istanbul d’une famille modeste issue des bords de la mer Noire. Il doit d’ailleurs travailler très jeune pour aider ses parents. Adolescent, il commence à jouer au football avec l’espoir de devenir, un jour, professionnel. Il fait ses études dans un lycée musulman qui forme les imams, puis il obtient un diplôme en sciences économiques à l’université de Marmara, tout en devenant joueur de football semi-professionnel.

C’est à l’université qu’il fait la connaissance de Necmettin Erbakan, figure emblématique du mouvement islamo-conservateur, qui deviendra son mentor.

Le putsch militaire de 1980 met un coup d’arrêt à sa jeune carrière, sa formation politique islamiste ayant interdiction d’exercer toute forme de pouvoir.

Il revient sur le devant de la scène en 1983 avec l’avènement d’un nouveau parti conservateur, le Parti de la Prospérité qui remplace le parti du Salut National d’Erbakan. Onze ans plus tard, il devient maire d’Istanbul à seulement 40 ans et se lance dans la construction d’infrastructures pour améliorer les conditions de vie des habitants.

Mais en 1997, à Siirt, il récite le poème de trop lors d’un meeting :

“les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les fidèles nos soldats”, déclare-t-il devant la foule.

Une provocation pour la république kémaliste basée sur la laïcité. Il est alors condamné pour incitation à la violence à dix mois de prison, une peine réduite ensuite à quatre mois fermes.

Ce passage en prison ne sonne pas le glas de sa carrière, il revient brillamment en politique en 2001 en fondant l’AKP, le parti de la Justice et du Développement, de quoi renforcer son image d’homme tenace auprès de ses partisans.

“Il a souligné une chose récemment : la victoire devient de plus en plus grande avec les défaites. Cela résume bien la carrière politique d’Erdoğan. Il s’est construit dans la défaite”, indique Hüseyin Besli, l’un de ses proches. “Il est convaincu que tant que la vie continue, rien n’est perdu, qu’il y a toujours une porte de sortie. Il continue son combat et sa quête. Et tout cela a un impact sur son style et sa manière de faire de la politique”.

L’AKP remporte les législatives en 2002 mais Erdoğan – toujours sous le coup d’une peine d’inéligibilité – ne peut accéder au siège de député. Qu‘à cela ne tienne, le nouveau gouvernement fait tomber les barrières juridiques. Quatre mois après le scrutin, il est réélu député et succède rapidement à son ami Abdullah Gül au poste de Premier ministre.

Depuis 2002, son parti a gagné sept scrutins consécutifs, séduisant toujours plus d‘électeurs.
Il faut dire qu‘à la tête du gouvernement, Recep Tayyip Erdoğan redresse d’abord la situation économique, remboursant les dettes du pays et revalorisant la monnaie turque.

C’est aussi durant ses mandats successifs que débutent les négociations d’adhésion avec l’Union européenne.

En 2009, à Davos, il laisse éclater sa colère après un plaidoyer de Shimon Peres sur l’offensive israélienne à Gaza et devient un héros dans le monde arabe et au Proche-Orient.

Côté politique intérieure, il demande au peuple en 2010 par référendum le droit de changer la constitution. Le “oui” l’emporte avec 58% des suffrages.

Premiers soubresauts en 2013 avec les manifestations contre la suppression du parc Gezi à Istanbul. Le mouvement de protestation s‘étend à d’autres grandes villes du pays, surtout après la violente répression exercée par la police. Une dérive autoritaire critiquée à l‘étranger.

A cela s’ajoute les scandales de corruption qui le visent personnellement, la guerre avec la confrérie de Fethullah Gülen, et l’arrestation de centaines de personnes accusées d’ourdir un complot contre le gouvernement au sein de l’appareil de l’Etat. Recep Tayyip Erdoğan renforce alors sa main mise sur le pouvoir judiciaire.

Malgré tout, le chef de l’AKP reste très populaire en Turquie. Son parti a d’ailleurs remporté les municipales fin mars. Rien ne semble pouvoir entraver son ascension jusqu’au sommet de l’Etat.

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