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Ekmeleddin İhsanoğlu : un conservateur pour contrer Erdogan


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Ekmeleddin İhsanoğlu : un conservateur pour contrer Erdogan

Il est présenté comme le candidat du “ralliement” en Turquie.

Désigné d’un commun accord par le Parti républicain du peuple (CHP) et le Parti du mouvement nationaliste (MHP), Ekmeleddin İhsanoğlu est le seul, d’après les observateurs, à pouvoir tenir tête au Premier ministre sortant, Recep Tayyip Erdoğan.

Pour ces deux grands partis d’opposition, il incarne le consensus et fait figure de modèle pour son honnêteté, son savoir et son expérience. C’est ainsi qu’il a été présenté lors de sa désignation fin juin.
Oktay Vural, vide président du Parti du mouvement nationaliste :

“Monsieur Ekmeleddin Mehmet İhsanoğlu est en paix avec les fondements de notre république et avec les valeurs de notre chère nation. Il s’est présenté comme candidat à la présidence. Le choix que nous avons fait aujourd’hui n’est pas le choix d’un parti politique.”

Ekmeleddin İhsanoğlu a 71 ans. Il est né au Caire et a d’abord mené une carrière universitaire durant laquelle il est devenu expert de l’islam et de la culture ottomane.

Il dirige ainsi le Centre de Recherches sur l’histoire, l’art et la culture Islamique de 1980 à 2004. En 2005, il est élu à la tête de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), un poste qu’il obtient d’ailleurs grâce au soutien du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

Avec Ekmeleddin İhsanoğlu, l’opposition fait donc un pari audacieux : miser sur un conservateur modéré plutôt que de prendre un virage à 180 degrés.

Cette stratégie a-t-elle une change d’aboutir ? Réponse avec ce politologue de l’université d’Istanbul, interrogé par Bora Bayraktar, le correspondant d’euronews en Turquie :

“Il faut tenir compte d’un postulat de départ : la société turque est conservatrice. Et elle l’est encore plus avec l’AKP. Donc, au lieu de tout changer, avec la nomination d’un conservateur, peut-être pourront-ils séduire une partie de l‘électorat conservateur. On verra si cette stratégie est payante à l’issue des élections”, indique Yunus Emre, de l’Istanbul Kültür University, auteur de “L‘émergence de la social-démocratie en Turquie”.

Une stratégie à contre-courant qui a suscité l’incrédulité. Mais Ekmeleddin İhsanoğlu espère rassembler au-delà des clivages pour pacifier la société turque. Il prêche donc la concorde face à un Premier ministre partisan et vindicatif.

“La société turque subit une double dualité : la polarisation et l’aliénation. Cela pose des problèmes en Turquie. Les gens veulent vivre dans la paix et la sécurité. Ils veulent accroître leur productivité. Ils veulent être heureux. Et, pour cela, il faut ramener la paix. Nous y arriverons en supprimant cette escalade de politiques de division et en les remplaçant par des politiques de rassemblement”, a-t-il déclaré à euronews.

Pour la première fois de son histoire, la Turquie va élire son Président de la République au suffrage universel. En cas de victoire, Recep Tayyip Erdoğan pourrait utiliser la situation à son avantage en concentrant davantage les pouvoirs à la tête de l’Etat : une modification constitutionnelle à laquelle Ekmeleddin İhsanoğlu s’oppose catégoriquement :

“je suis favorable au régime parlementaire et je défends l’idée que la Turquie doit être gouvernée ainsi. C’est un système qui est aussi vieux que la république turque. Il peut être réformé bien sûr. Mais donner tous les pouvoirs à un président va provoquer des troubles dans le système étatique. La Turquie ne peut pas le tolérer”, estime-t-il.

Il devra également convaincre les partisans de la laïcité, il a donc multiplié les déclarations sur l’importance de “séparer religion et politique”.

Il a, par ailleurs, vertement critiqué la position du gouvernement concernant la situation en Egypte, l’AKP de Recep Tayyip Erdogan étant très proche des Frères Musulmans.

“La politique étrangère de la Turquie est trop importante pour qu’elle soit soumise à des idéologies personnelles, elle ne peut pas être gérée en fonction des idées d’un individu. La Turquie est un grand Etat. Non seulement il entretient des relations avec le Proche-Orient et le monde islamique, mais il a également besoin de renforcer ses relations avec le reste du monde. Cela ne pourra se faire que par le respect mutuel, dans le respect d’intérêts communs et dans l‘équilibre. On ne devrait pas mettre la Turquie en danger par goût du rêve et de l’aventure. Nous devons servir la Turquie et normaliser sa politique étrangère. Nous ne pouvons pas sacrifier la politique étrangère du pays par caprice personnel”, renchérit-il.

Cependant, Ekmeleddin İhsanoğlu devra surpasser deux points faibles pour l’emporter : son déficit de notoriété et son manque d’expérience en politique.

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