DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Présidentielle turque : le vote kurde

Vous lisez:

Présidentielle turque : le vote kurde

Taille du texte Aa Aa

Comment les kurdes, qui représentent environ 20% de la population turque, vont-ils se positionner lors du scrutin présidentiel en Turquie ?

Un mois avant le premier tour, Le 10 juillet, le Parlement turc a adopté un projet de loi visant à relancer le processus de paix avec les rebelles kurdes.
Cette initiative de l’AKP, le parti islamo-conservateur, au pouvoir, est un signe fort du gouvernement turc, qui se montre prêt à reprendre des discussions engluées depuis des mois et à engager les réformes.
Une initiative saluée par le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Ocalan, invité aux négociations depuis l’automne 2012.
Ce rapprochement impulsé par le Premier ministre Erdogan est un motif d’espoir à Diyarbakir, dans l’est du pays.

“Les Kurdes ont des attentes depuis de nombreuses années, estime un de ses habitants. Et là c’est une première, ce que je veux dire, c’est qu’on se rapproche d’une solution.”

Quelques 52 millions d‘électeurs sont appelés aux urnes pour cette première présidentielle au suffrage universel direct.
Jusqu’ici, dans le cadre du régime parlementaire, les Kurdes favorisaient des partis mettant en avant l’identité kurde. Cette fois, ils pourront choisir un candidat issu de leur minorité : Selahattin Demirtas. Ce député fait campagne aux couleurs du HDP, le Parti démocratique populaire, la principale force prokurde du pays
Avocat de formation et âgé de 41 ans, il est crédité de moins de 10 % des votes.
Autre opposant à Reccep Tayip Erdogan, le diplomate Ekmeleddin Ihsanoglu. Représentant le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), il veut incarner le candidat de la modération. Il est crédité d’environ 40% des votes.

Pour Mehmet Emin Aktar, ancien responsable de l’Association des avocats de Diyarbakır, le vote identitaire a peu de chances de peser à l’occasion de ce scrutin :

“S’il n’y avait pas de processus de paix, je crois que Mr Erdogan obtiendrait moins de votes des électeurs kurdes.
La performance et la personnalité de Mr Ihsanoglu, son inertie sur la question kurde et les problèmes liés à l’actualité au Moyen-Orient ne le rendent pas attirant pour les électeurs kurdes.
Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y aura pas de votes en faveur de Mr Ihsanoglu. C’est ce que je vois.
Pour beaucoup de Kurdes, si le Premier ministre Erdogan n’est pas élu, le processus de paix va s’arrêter, nous allons revenir au conflit et les gens souffriront davantage.
C’est ce qui préoccupe de nombreuses personnes et ce qui peut les inciter à soutenir Erdoğan. Et le Premier ministre utilise ces préoccupations dans sa campagne électorale.”

Si les partisans du HDP soutiendront leur candidat Selahattin Demirtas, le jeune député peut également compter sur le vote d’une partie de la minorité kurde.
Mais pour passer le premier tour, le champion du HDP doit aller chercher les voix des Kurdes conservateurs, qui votent traditionnellement pour l’AKP.
Pas sûr, toutefois, que sa campagne électorale soit orientée vers cet objectif, selon Mehmet Emin Aktar :

“S’il disait : “unissons nos votes en tant que Kurdes”, alors il pourrait récolter des voix de la base pro-Erdogan. Mais jusque-là, il semblerait que Selahattin Demirtas focalise sur d’autres cibles, sur des minorités, comme les Alaouites, sur ceux qui sont déçus par le candidat du Parti populaire républicain de Mr Ihsanoglu.
Cette tactique peut-elle réussir? En regardant les résultats des élections locales du 30 mars, je dirais non. Je ne pense pas que cela va apporter plus de voix à Demirtas.”

En Turquie, les votes Kurdes sont répartis sur 3 régions, principalement dans l’est du pays et dans certaines zones d’Anatolie.
Dans chacune d’elles, l’AKP récolterait environ 50% des intentions de vote.
Le Parti républicain du peuple, représenté par le diplomate Ekmeleddin Ihsanoglu, n’apparaît quasiment pas dans les sondages.
Dans ce contexte, le report de vote d’un candidat à un autre pourrait créer un résultat tout à fait inattendu.