DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Turquie : quelles perspectives économiques?


Turquie

Turquie : quelles perspectives économiques?

L‘économie turque a parcouru un long chemin durant la décennie, offrant à Ankara une plus grande reconnaissance mondiale. Premier ministre depuis douze ans, Recep Tayyip Erdogan brigue la présidence d’un pays modernisé, qui s’est imposé comme une puissance régionale avec laquelle il faut compter.

Pourtant, des signes de faiblesse sont apparus ces derniers mois, sur fond de scandales de corruption au sein du gouvernement, et de manifestations de rue massives. La Turquie a du faire face à des marchés capricieux, des taux de change volatiles, et ses perspectives sont incertaines.

Bora Bayraktar, notre journaliste, explique que “le point faible de l‘économie turque est le déficit du compte courant. La dette totale des particuliers est de 343 milliards de lires turques, 161 milliards de dollars, et selon les chiffres officiels, près de 645 000 personnes n’arrivent pas à rembourser leurs crédits dès les premiers mois”.

Les Turcs reconnaissent les progrès, mais sont inquiets pour l’avenir.

“Les affaires étaient pire avant, maintenant, ça va tout de même mieux”, estime ce commerçant. Son collègue lui, est pessimiste : “Je trouve que ça ne va pas bien. A mon avis, on fait fausse route”. Comme la plupart des commerçants, il dit qu’il est endetté. “Faire autrement est impossible. Quel commerçant ici peut travailler en capital propre? Soit à la banque, soit à l’administration fiscale, soit aux caisses d’assurance, tout le monde doit de l’argent”.

Après une croissance de 4 % de son PIB en 2013, l‘économie turque est robuste et enregistre une progression de 4,3% au premier trimestre, battant en brèche les projections du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Mais malgré tous ses points forts, le pays reste vulnérable. Son principal problème est la dépendance de son économie aux capitaux et financements étrangers.

Uğur Gürses, Economist Radikal newspaper:
“La Réserve fédérale américaine parle d’augmenter les taux d’intérêt. C’est important, nous allons voir les taux d’intérêt augmenter dans les mois à venir, et en Turquie aussi. Il y aura moins d’investissements en Turquie, les investisseurs déjà sur place partiront. Avec l’environnement politique actuel, les politiciens rêvent d’une croissance plus forte. Mais il n’y a pas de fonds pour cela. Je pense que nous allons assister à un ralentissement de l‘économie turque.”

Les autorités affirment que les perspectives du pays ne sont pas si inquiétantes. Pour maintenir la forte croissance et la prospérité, principales clés de la popularité de l’AKP, le gouvernement fait pression pour baisser les taux d’intérêt, tout en gardant une faible inflation. Erdogan s’est opposé sur la question au gouverneur de la Banque centrale Erdem Basci, dont on a dit qu’il pourrait démissionner avant la fin de son mandat de cinq ans qui expire en 2016.

Cemil Ertem, Professeur, Türk Hava Kurumu Üniversitesi : “si Erdogan devient président, il dit qu’il veut mener des changements radicaux dans les politiques économiques. Quel genre de changements radicaux? Il assure que l‘économie se développera par la production, l’industrie et les exportations. Selon lui, les taux d’intérêt baisseront en conséquence. Alors, on peut dire que le taux de chômage va baisser, et avec un taux d’inflation qui n’augmente pas, la Turquie se rapprochera du plein emploi.”

Erdogan s’est fixé l’objectif ambitieux de placer la Turquie dans les dix premières économies mondiales d’ici à 2023. Mais les institutions qui ont joué un rôle dans le succès de la Turquie ces dernières années, comme la Banque centrale, ont du mal à affirmer leur indépendance vis à vis du premier ministre .

Uğur Gürses, Economist Radikal Newspaper : “on a besoin d’un investissement en capital stable, comme la Chine. Mais il est proche de zéro. Tant qu’il n’y a pas de stabilité politique, aucune règle de droit, ces investissements ne viendront pas. C’est un facteur négatif. Nous devons comprendre que ce n’est pas un seul parti au gouvernement qui fait la stabilité politique. C’est la séparation des pouvoirs, la primauté du droit. Cela prendra du temps. Mais cela se reflètera dans notre économie”.

Erdogan ou non président, poursuivre les avancées économiques et politiques engagées depuis 2002 sera complexe pour le futur dirigeant turc.

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

monde

Australie : mission sauvetage collectif réussie dans le métro de Perth