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Relations UE-Turquie: Je t'aime, moi non plus!

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Relations UE-Turquie: Je t'aime, moi non plus!

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La diaspora turque pour la première fois aux urnes!

Nous sommes à Schaerbeek, au coeur de Bruxelles. Dans le quartier turc, baptisé “la petite Anatolie”. Ici, on parle football et surtout politique car pour la première fois, la diaspora participe à un scrutin qui se déroule dans son pays d’origine. Pendant quatre jours, du 31 juillet au 3 août, les ambassades ont ouvert leurs portes pour lui permettre de se choisir un nouveau président.

“Je veux quelqu’un qui sera capable de bien diriger le pays, quelqu’un qui respecte le droit international, les droits de l’homme, et qui saura faire rayonner notre pays sur la scène internationale. Et cette personne, pour moi c’est Ekmellettin Ihsanoglu”, déclare ce turc résidant à Bruxelles.

“Recep Tayyıp Erdogan semble être le plus fort. Je pense que tout le monde va voter pour lui”, estime cet autre citoyen turc.

“Moi je suis pour Demirtas. Il semble être très bien, il est pour la paix”, affirme cette femme.

“On manque d’informations. On espère que le vainqueur nous apporte de belles choses”, dit ce Turc.

Les Turcs de l‘étranger : une manne électorale qui fait l’objet de plus en plus d’attentions. La campagne politique turque s’est d’ailleurs étendue à toute l’Europe. Pas question pour les candidats d’oublier 5% d‘électeurs explique ce politologue.

“Le débat politique en Turquie s’est progressivement exporté vers les Etats membres de l’UE et la diaspora qui possède un passeport turc”, analyse Steven Blockmans, expert en politique extérieure au Centre d‘étude des politiques européennes. “Les politiciens turcs vont dans des villes comme Bruxelles pour dérouler leur agenda politique, ce qui accentue encore plus les divisions au sein de la diaspora turque en Europe.”

200 000 Turcs vivent en Belgique. Ils sont 6 millions en Europe. Le scrutin présidentiel se tient le 10 août en Turquie. Trois candidats sont en lice dont le Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, qui dirige la Turquie sans partage depuis onze ans.

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Analyse des relations UE-Turquie:

Notre journaliste a interrogé Alperen Ozdemir, un représentant de l’Association Indépendante des industriels et hommes d’affaires turcs (MUSIAD) à Bruxelles. Une organisation proche de l’AKP, le parti au pouvoir.

- Gülsüm Alan, Euronews: “Les négociations UE-Turquie ont débuté en 2005. Depuis lors il y a eu des hauts et des bas. Où en sommes-nous dans les relations EU-Turquie?”

- Alperen Ozdemir, Musiad: “Entre 2010 et 2013 aucun chapitre n’a été ouvert. Le dernier concernant les politiques régionales a été ouvert en novembre 2013. C’est une avancée positive. Nous voyons que la présidence italienne de l’UE pourrait accélérer les négociations. En 2014, c’est l’année de l’UE en Turquie. Ce sont des points assez positifs. Pendant la présidence italienne nous espérons ouvrir un ou deux chapitres.”

- Euronews: “Quel sera l’impact de l‘élection présidentielle et de son résultat sur les relations EU-Turquie?”

- Alperen Ozdemir: “Pendant la campagne présidentielle, l’UE n‘était pas au centre des débats. On en n’a pas beaucoup parlé. Il y a quelques raisons qui expliquent cela. Les Turcs ne sont plus aussi enthousiastes qu’auparavant pour l’UE. Les turcs et les hommes d’affaires turcs ne sont plus aussi enthousiastes qu’avant. Dans le dernier rapport d’Eurobaromètre, 50% des turcs voient le processus d’adhésion à l’UE comme quelque chose de positif.
A coté de cela, nous savons aussi que les 3 candidats à la présidentielle soutiennent l’adhésion à l’UE.”

- Gülsüm Alan, Euronews:

“Rendons-nous à New Castle où nous attend mon invitée, Amanda Paul. Amanda, vous êtes chercheuse au Centre d‘étude des politiques européennes. Les négociations entre l’UE et la Turquie ont démarré en 2005 mais aujourd’hui, elles sont quasi gelées. Comment analysez-vous l‘état de ces relations?”

- Amanda Paul: “Je pense que les relations entre l’UE et la Turquie sont compliquées. C’est tragique. Ces dernières années, on observe un ralentissement du processus de réformes. Et depuis un an on remarque même un retour en arrière de la démocratie, de l’Etat de droit, des droits civils et des libertés en Turquie. Cela concerne aussi la liberté de la presse. Cette situation se combine avec un premier ministre, Erdogan, qui en est à son troisième mandat et qui est devenu obsédé par le pouvoir. L’Union européenne ne parvient pas à arrêter cette régression démocratique car n’a pas d’emprise sur la Turquie.”

- Euronews: “Le future président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré qu’il ne s’attendait pas à accueillir de nouveaux membres durant les 5 prochaines années. Est-ce qu’il ferme la porte à la Turquie?”

- Amanda Paul: “En ce moment, l’Union européenne se concentre encore sur ses problèmes internes car elle sort d’une crise économique et n’a pas l’appétit pour digérer un nouvel élargissement. Ce qui est important, c’est que les réformes se poursuivent. Les 28 n’ont pas encore décidé si la Turquie doit ou non rentrer dans l’Union. Dans le même temps, la Turquie se pose la question. Et la conséquence, c’est que le processus de réformes et de démocratisation est à l’arrêt.”

- Euronews: “Le 10 août, les Turcs vont se rendre aux urnes pour la première fois pour élire leur président. L’Europe va surveiller ce scrutin de près. Que représentent ces élections pour l’Union? Pensez-vous que l’Europe va féliciter Erdogan s’il est élu président comme elle l’a fait en 2007 pour Abdullah Gul?”

- Amanda Paul:

“L’Union européenne doit rester neutre. Mais je pense qu’il y a une vive inquiétude par rapport aux conséquences de l‘élection d’Erdogan comme président. Car le Erdogan a déjà prévenu que s’il était élu à ce poste, ce qui est quasi certains, il dirigera le pays d’en haut. Cela signifie que la Turquie s‘éloignera un peu plus des sentiers de la démocratie. Et puis ces élections ne représentent que la moitié du pays et ignorent l’autre moitié. Et ça, c’est mauvais pour la Turquie, mauvais pour l’Union européenne et mauvais pour la région toute entière.”