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"Le culte d'Erdogan constitue une menace"

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"Le culte d'Erdogan constitue une menace"

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Qui aurait cru en 2002, lorsque son parti islamo-conservateur, l’AKP, remporta les législatives que Recep Tayyip Erdogan aurait eu un tel parcours politique? Certainement pas ses détracteurs.

Le nouveau président turc a beau avoir été qualifié de “dictateur” pendant le mouvement de contestation de juin 2013, de “voleur” depuis sa mise en cause l’hiver dernier dans un scandale politico-financier sans précédent, il a beau avoir provoqué des protestations après les décisions de bloquer l’accès aux réseaux sociaux Twitter et YouTube, ou avoir montré avec agressivité qu’il n’aimait pas être contesté, il reste populaire et charismatique, au grand dam de l’opposition.

“Dans ce climat très polarisé, le culte d’Erdogan constitue une menace pour la démocratie et la paix sociale en Turquie”, avertit le journaliste turc Kadri Gürsel.

Le poste de Premier ministre a été confié à un fidèle, Ahmet Davutoglu, qui quitte son poste de ministre des Affaires étrangères et qui a annoncé que sa “priorité” serait la réforme de la Constitution visant à renforcer les prérogatives du président.

Pour mieux comprendre les messages du nouveau président Recep Tayyip Erdoğan, son concept de ‘‘nouvelle Turquie’‘ et son tandem avec le nouveau Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, notre correspondant en Turquie, Bora Bayraktar, a interviewé Talip Küçükcan, directeur de l’Institut de recherche du Moyen-Orient et professeur de sociologie et de religion à l’université Marmara, à Istanbul.

Bora Bayraktar, euronews : Le nouveau président a prêté serment. Comment, selon vous, va-t-il diriger la Turquie ?

Talip Küçükcan : Pour la première fois en Turquie, un président a été élu au suffrage universel. Pour cette raison, on peut dire que c’est le début d’une nouvelle ère. Erdogan souligne que la Turquie est dans une phase de transition depuis douze ans et il dit aussi que ce changement va continuer. Il y a un concept qu’il utilise fréquemment, c’est le concept de ‘‘nouvelle Turquie’‘.

On peut supposer qu’il sera actif aussi en politique étrangère. Dans son document de vision présidentielle, il y a un point qu’il soulève : celui de la justice mondiale. Durant son mandat de Premier ministre, il s’est investi sur le dossier Gaza ou sur la pauvreté en Somalie. Il va tenter d’influencer la communauté internationale, les Nations Unies, il va tenter d’atteindre son but de justice mondiale et d‘égalité.

Il y a certaines différences entre l’‘‘ancienne’‘ et la ‘‘nouvelle’‘ Turquie. Ce n’est pas seulement de la rhétorique. Dans l’ancienne Turquie, la participation politique était limitée, les droits et les libertés étaient restreints. L’ancienne Turquie était aussi politiquement instable. Des années 1990 aux années 2000, il y avait des élections tous les ans et demi. Les médias étaient monopolisés, le capital était monopolisé. La nouvelle Turquie signifie davantage de pluralité. Une Turquie où les réformes sont réalisées une par une du fait du processus d’intégration à l’Union européenne, une Turquie où l’impact de l’armée est mineur, et où la participation politique est en hausse.

euronews : Ahmet Davutoğlu dirige désormais le parti AKP et le pays. Quel genre de Premier ministre sera-t-il ?

Talip Küçükcan : Ahmet Davutoğlu est un intellectuel important. On peut considérer son mandat de Premier ministre comme la continuité des douze années de règne de l’AKP et non comme une nouvelle ère. Il va apporter plus de dynamisme, il va apporter des cadres plus jeunes au parti. Du fait de la limitation à trois mandats, de nombreux députés expérimentés ne seront plus dans le Parlement après les prochaines élections générales. Ahmet Davutoğlu est conscient de cette réalité. La force intelligente de la Turquie va de pair avec la la consolidation du pays, la diminution de la polarisation et le renforcement de la démocratie. Et tout cela est lié aux relations de la Turquie avec l’Union européenne.