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Commission européenne : l'équipe Juncker dévoilée


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Commission européenne : l'équipe Juncker dévoilée

Rarement la salle de presse de la Commission européenne avait été aussi comble. Et une fois n’est pas coutume, pas la moindre information n’avait fuité. Cette Commission, Jean-Claude Juncker la voulait différente. La voilà donc dotée de sept vice-présidents, qui seront autant de super-coordinateurs. Le Finlandais Jyrki Katainen par exemple s’occupera d’emploi, de croissance, d’investissement et compétitivité.

“ J’ai voulu avoir au sein de la Commission d’anciens Premiers ministres, d’anciens ministres qui connaissent la musique, qui connaissent le Conseil, qui connaissent les Parlements, qui connaissent les opinions publiques. Ce sera une Commission très politique “, explique Jean-Claude Juncker au micro d’euronews.

Ce qui n’empêche par certaines nominations à contre-emploi. Ainsi, le Français Pierre Moscovici, dont le pays ne parvient pas à résorber son déficit, sera le commissaire aux Affaires économiques et monétaires.

“ Monsieur Moscovici, que je connais bien puisqu’ensemble nous avons siégé à l’Eurogroupe, a une bonne connaissance de l’Europe, de la France. Il aura beaucoup de travail à l‘égard de la France “, a reconnu Juncker.

La désignation du Britannique Jonhatan Hill aux services financiers fait elle aussi jaser. Certains y voient la défense des intérêts de la City et n’apprécient pas son passé de lobbyiste.

“ Je crois qu’il est l’homme de la situation, et puis j’ai voulu donner au Royaume-Uni un dossier important pour ne pas apparaître comme un petit revanchard de province qui voudrait se venger de l’inélégance dont a fait preuve le Premier ministre britannique lorsqu’il s’agissait de me nommer à la tête de la Commission “, commente Juncker, taquin.

David Cameron s‘était en effet opposé en vain au choix de l’ancien Premier ministre Luxembourgeois comme prochain président de la Commission européenne. Reste maintenant à faire accepter cette équipe par le Parlement européen qui auditionnera chacun des sept vice-présidents et des 20 commissaires et qui peut en recaler certains. La Commission Juncker est censée prendre le relais de l‘équipe Barroso le 1er novembre.

Alors comment sont perçus à Bruxelles ce casting et cette réorganisation de la Commission européenne ? Pour en avoir une idée, nous avons interviewé Jean Quatremer, le correspondant d’un grand quotidien français et auteur du blog “ Les coulisses de Bruxelles “.

Audrey Tilve, euronews : “ Jean Quatremer, qu’est-ce qu’il y a de novateur ou d’encourageant dans cette Commission Juncker ? “

Jean Quatremer : “ On sort de 10 ans de Commission Barroso, donc en soi c’est déjà une bonne nouvelle. 10 ans d’ennui, 10 ans où on a eu une Commission qui n’a pas pris d’initiative, qui était aux ordres du Conseil européen. D’ailleurs José Manuel Durao Barroso a commencé son premier mandat il y a 10 ans en disant qu’il était au service des Etats membres. Donc effectivement, il attendait qu’on lui donne des ordres et il s’est comporté comme un secrétaire général du Conseil européen. “

euronews : “ Et au-delà du bilan Barroso… “

Jean Quatremer : “ Oui mais justement, c’est là où les choses tranchent. Là, on a un président de Commission qui se comporte comme un président de Commission. Il a des idées, il a dit qu’il allait faire des propositions sans attendre que les chefs d’Etat et de gouvernement lui demandent de faire ses devoirs et il propose une Commission européenne de combat. Il a décidé que les commissaires allaient devoir aller sur le terrain, ensuite il a créé de grands pôles de compétences. Par exemple, vous avez un pôle zone euro et dialogue social qui est sous la responsabilité d’un dur qui est un ancien Premier ministre letton, et qui va animer une équipe dans laquelle il y a des socialistes, il y a des libéraux, il y a des démocrates-chrétiens qui vont essayer de relancer la machine de la croissance. “

euronews : “ Justement, est-ce qu’avec ces sept vice-présidents qui ont des domaines d’action qui vont souvent chapeauter ceux d’autres commissaires, on ne risque pas de créer de la confusion ? “

Quatremer : “ Non, je ne pense pas. Je crois plutôt qu’on va créer de la coordination et renouer avec la collégialité. L’idée sous-jacente de Juncker,je crois, c’est d’avoir disons un super-commissaire qui anime une petite équipe de trois, quatre commissaires. Ils travaillent ensemble, et ensuite ça remonte au niveau du président de la Commission et donc du collège des 28 commissaires. Donc le travail est préparé très en amont. La collégialité fonctionnera d’abord par petits clusters, comme on dit en vocabulaire bruxellois, donc par petits groupes, et ensuite ça remontera pour une discussion plus collégiale. “

euronews : “ Jean-Claude Juncker n’a pas cessé de répéter qu’il voulait une Commission européenne plus politique. Qu’est-ce que ça veut dire au juste et est-ce que c’est le cas ? “

Jean Quatremer : “ La Commission européenne est plus politique puisque désormais elle dépend étroitement du Parlement européen. Pour la première fois, on a un président de la Commission européenne qui a été nommé conjointement par le Parlement européen et par le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement. C’est une nouveauté ! Désormais, Jean-Claude Juncker ne peut pas dire : je suis au service des Etats-membres. Non, il est au service des Etats-membres, c’est vrai, mais aussi au service du Parlement européen et donc des opinions publiques européennes. J’espère, mais on verra, qu’une Commission européenne et un Parlement européen travaillant main dans la main, ça va permettre de réparer tout ce qui disfonctionne dans l’Union européenne. Parce qu’aujourd’hui, l’Union européenne, contrairement à tout ce que disent les europhobes ou les eurosceptiques, ce n’est pas une Europe fédérale qui disfonctionne mais c’est une Europe des Etats, celle que souhaitent justement les eurosceptiques, qui disfonctionne. C’est cette Europe des Etats qui nous a entrainés dans le mur. “

Liste complète des membres de la Comission


Président de la Commission



Jean-Claude Juncker (Luxembourg)

Commissaires désignés :


Frans Timmermans (Pays-Bas)
Premier vice-président
Chargé de l’amélioration de la réglementation, des relations interinstitutionnelles, de l‘État de droit et de la Charte des droits fondamentaux



Federica Mogherini (Italie)
haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité / vice-présidente de la Commission


Vice-présidents :


Kristalina Georgieva (Bulgarie)
Budget et ressources humaines

Andrus Ansip (Estonie)
Marché unique numérique

Alenka Bratušek (Slovénie)
Énergie

Valdis Dombrovskis (Lettonie)
Euro et dialogue social

Jyrki Katainen (Finlande)
Emploi, croissance, investissement et compétitivité

Membres de la Commission


Maroš Šefčovič (Slovaquie)
Transports et espace

Günther Oettinger (Allemagne)
Économie numérique et société

Johannes Hahn (Autriche)
Politique européenne de voisinage et négociations d‘élargissement

Cecilia Malmström (Suède)
Commerce

Neven Mimica (Croatie)
Coopération internationale et développement

Miguel Arias Cañete (Espagne)
Climat et énergie

Karmenu Vella (Malte)
Environnement, affaires maritimes et pêche

Vytenis Andriukaitis (Lithuanie)
Santé et sécurité alimentaire

Dimitris Avramopoulos (Grèce)
Migration et affaires intérieures

Marianne Thyssen (Belgique)
Emploi, affaires sociales, compétences et mobilité du travail

Pierre Moscovici (France)
Affaires économiques et financières, fiscalité et douanes

Christos Stylianides (Chypre)
Aide humanitaire et gestion des crises

Phil Hogan (Irlande)
Agriculture et développement rural

Jonathan Hill (Royaume-Uni)
Stabilité financière, services financiers et union des marchés de capitaux

Elżbieta Bieńkowska (Pologne)
Marché intérieur, industrie, entrepreneuriat et PME

Vĕra Jourová Justice (République tchèque)
Justice, consommateurs et égalité des genres

Tibor Navracsics (Hongrie)
Éducation, culture, jeunesse et citoyenneté

Corina Creţu (Roumanie)
Politique régionale

Margrethe Vestager (Danemark)
Concurrence

Carlos Moedas (Portugal)
Recherche, science et innovation

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