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L'Afro-optimisme des analyses


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L'Afro-optimisme des analyses

Trois études parues ces derniers jours viennent renforcer l’idée que l’optimisme économique qui souffle sur l’Afrique n’est peut-être pas incongru en dépit des défis auxquels est confronté le continent

L’afro-optimisme économique est de mise. Cela ne date pas d’hier, mais les résultats d‘études menées au cours des derniers mois font converger des analyses vers un constat de confiance dans un avenir qui n’est plus seulement l’apanage des seuls investisseurs étrangers.
La dernière en date est issue du rapport “Africa Business Agenda 2014”. Elle donne la parole aux chefs d’entreprises africains. Lorsqu’on les interroge sur les perspectives de croissance du chiffre d’affaire de leurs entreprises à moyen terme, ils affichent un relatif optimisme. 84% se disent “confiants”, 40% “très confiants” en dépit de la volatilité et de l’instabilité qui persistent.
Près de la moitié d’entre eux prévoient de lancer une nouvelle alliance stratégique ou une coentreprise dans les douze prochains mois. Près du tiers envisagent une opération d’acquisition dans leur pays d’origine ou dans un autre pays d’Afrique. Autant de “signe de l’amélioration générale des perspectives économiques, de la plus grande disponibilité des moyens financiers, ainsi que de la présence croissante des partenaires locaux et internationaux potentiels attirés par les bonnes perspectives du continent” avance le rapport.
Les patrons africains – 260 d’entre eux ont été sondés – identifient les avancées technologiques (69%), l’urbanisation (67%) et les bouleversements démographiques (63%) comme les trois tendances clés qui bouleverseront leurs entreprises dans les cinq années à venir. Et lorsqu’on les interroge sur les opportunités de croissance, les innovations de produits et de services arrivent en tête (31%), suivies de l’accroissement de leur part de marché sur les marchés existants (27%) et l’apparition de nouveaux marchés géographiques (20%).
Un rapport à mettre en balance avec le classement établi par le think tank américain Pew Research Center.
Dans sa dernière livraison, cet organisme classé comme politiquement neutre s’est penché sur les opinions publiques mondiales et leurs perceptions de l’avenir économique de leur pays. Les conclusions sont maussades. L’enquête a été menée dans 44 pays, auprès de 48 643 personnes au printemps dernier. 69% des personnes interrogées avancent des avis négatifs quant aux performances de leur pays. Et 60% sont pessimistes sur l’avenir économique de leur nation. A l’inverse, dans les neuf pays africains sondés, l‘étude en fait la région du monde la plus optimiste en matière de perspectives de croissances futures. 59% des Africains interrogés affirment que la situation de leur pays va s’améliorer. Sénégal, Nigeria, Tanzanie, Ghana, Ouganda, Tunisie et Afrique du Sud franchissent la barre des 50% de personnes qui estiment que les conditions économiques vont s’améliorer dans les années à venir. Et même si 51% seulement estiment que la situation actuelle est satisfaisante, cela reste un taux largement supérieur à celui recueillis auprès des Européens.
Dernier souffle positif, il provient du rapport du Forum Economique Mondial. Le WEF a publié l‘édition 2014-2015 de son rapport global sur la compétitivité dans le monde, résultat d’enquêtes menées auprès de 15 000 chefs d’entreprises issus de 144 pays. Le tableau global est doux-amer. Si le diagnostic de l‘économie mondiale est positif, la santé du patient est qualifiée d’inquiétante. Certains pays du globe peinent à mettre en place des réformes structurelles nécessaires pour favoriser la croissance qui constitue, toujours d’après le rapport, le défi actuel.
Au plan mondial, la Suisse conserve la première place pour la sixième année consécutive. Singapour occupe la deuxième place et les Etats-Unis se placent troisième en gagnant deux places par rapport à 2013. Finlande et Allemagne suivent à la quatrième et cinquième place. Mais là encore, la surprise vient de l’Afrique subsaharienne. Le rapport met en exergue des taux de croissance qualifiés d’“impressionnants” (5%) et loue la bonne santé d’une partie du continent.
Dans ce classement mondial, Maurice arrive au 39e rang, ce qui place une économie africaine dans la première moitié du classement et ce pour la deuxième année consécutive puisque le pays occupait la 45e place dans le rapport 2013-14. A l’inverse, l’Afrique du Sud recule de trois places et ne pointe son nez qu’au 56e rang mondial. Les prévisions de la Banque centrale sud-africaine n’y sont peut-être pas étrangères. De 2,8% en début d’année, on est passé à 1,7% ces dernières semaines. A l’inverse, le Rwanda gagne quatre place par rapport à l’année dernière et occupe le 62e rang et le Maroc arrive au 72e rang, des places synonymes d’horizons dégagés en terme de prévisions de croissance. Le Botswana (74e), l’Algérie (79e), la Tunisie (87e), la Namibie (88ème), le Kenya (90e) et la Zambie (96e) complètent le podium du top 10 africains.

Nombreux obstacles à surmonter

Des conclusions qui viennent corroborer d’autres analyses qui au cours de l’année écoulée ont souligné que le continent avait opéré un rattrapage économique grâce aux activités extractives qui ont généré un tiers de sa croissance. Depuis 2000, le PIB de l’Afrique affiche, en moyenne, un taux annuel de croissance d’environ 5%. Pendant cette période, le revenu per capita a lui aussi enregistré une hausse substantielle. Mais inutile de trop pavoiser. Car le poids économique du continent reste dramatiquement faible depuis le début des années 2000. D’après les chiffres du FMI, l’Afrique représente à peine 4% de l‘économie mondiale et 3% des exportations mondiales. Par ailleurs, à l’instar du rapport de World Economic Forum, les analystes s’accordent à dire que les activités extractives ont surtout créé de la valeur financière et non de la valeur économique productrice d’emplois industriels locaux. Le rapport du WEF préconise donc d’accentuer les efforts, voire d‘élever au rang de priorités l‘éducation, la réduction du déficit en infrastructures et en connectivité, de crainte de voir le développement entravé. Les dirigeants d’entreprises africains en ont conscience. Ils ne pèchent pas par manque de réalisme. Dans le rapport “Africa Business Agenda 2014”, 83% d’entre eux se disent préoccupés par une carence de compétences car “nulle part ailleurs dans le monde, il n’existe de pénurie de compétences aussi prononcée que sur les marchés à croissance rapide tels que l’Afrique”. Et pour l’autre écueil représenté par le déficit en infrastructures, ils sont 45% à estimer que leur gouvernement a été incapable d’améliorer les infrastructures de base de leur pays, notamment celle d’approvisionnement en eau et en électricité, de transport et de logement. Les gouvernements sont donc priés d’agir. Tout comme ils sont invités à prendre des mesures plus fermes en matière de création d’une main d‘œuvre qualifiée, de réduction des inégalités et de la pauvreté. Enfin, si l’Afrique connait une révolution numérique, “l’essor de cette économie numérique sur le continent” reste entravé. Les CEO africains plaident pour la création d’environnements politique et juridique stables pour les entreprises, les citoyens et les investisseurs. Une manière de rester afro-réaliste pour libérer les espaces.

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