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Ecosse : des familles divisées

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Ecosse : des familles divisées

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Deux petits mots ont divisé l’Ecosse. Le référendum sur l’indépendance a animé toutes les discussions dans les pubs et les foyers ces deux dernières années. Un scrutin qui suscite les passions : les sondages montrent le «oui» et «non» au coude à coude, et 97 % des électeurs ont prévu de voter.

Philippe Barthelemy tient un café à Edimbourg. Pour lui, l’Ecosse doit faire cavalier seul, et l’occasion est trop belle : “le moment est venu, l’Ecosse a attendu des décennies, avant d’en arriver là. C’est une occasion en or. Nous pouvons le faire, et nous devons le faire, maintenant.”

Sa nièce, Sarah, étudiante, a d’autres idées pour l’avenir de son pays : “ ce n’est pas que je pense pas que nous ne pouvons pas être indépendant, c’est juste qu‘à mon avis, ce n’est pas le bon moment. Donnons-nous peut être dix ans de plus, et ce sera le bon moment.”

L‘économie est la question qui pèse le plus dans l’opinion des Ecossais. Et surtout, les réserves pétrolières de l’Ecosse en mer du Nord. Les échanges sont vifs :

Philippe Barthélemy : “ l’Ecosse a d‘énormes ressources, vous parlez du pétrole, mais c’en est une parmi d’autres…”

Sarah insiste : “ c’est notre principale ressource.”

“Non”, rétorque son oncle. “Notre principale ressource, c’est l’eau, l‘énergie de la mer, l‘énergie éolienne, le poisson, et aussi l’agriculture, le whisky… Tout ça pèse plus que le pétrole.”

Débats passionnés, à la fois sur la scène publique et au sein des familles, où tout le monde n’est pas d’accord, loin s’en faut.

Philippe Barthélemy : “il faut dire “oui” ou “non”, alors évidemment, ça crée de grosses, grosses divisions. En général, il n’y a pas trop d’animosité entre les gens, les amis, mais j’en connais qui se sont vraiment disputés à cause de ça. J’espère qu’ils finiront par se réconcilier”.

“Oui, “better together”, c’est mieux…” s’amuse Sarah.

«C’est mieux ensemble, mais pas en le faisant pas de façon stupide, partisane, clivée. C’est idiot. C’est comme si on te demande “ veux-tu une tasse de thé? “ Tu réponds “ oui, ou non, merci “… On parle de notre pays, pas de s‘étriper “ réplique Philippe.

Selon les sondages, 42 % des familles sont divisées sur la question de l’indépendance de l’Ecosse.

Ian Shepherd est né en Écosse. Wendy est née en Australie, mais elle vit au Royaume Uni depuis qu’elle a 25 ans. Tous deux sont installés à Montrose, la ville natale de Ian, un fief des indépendantistes du Scottish National Party.

“La politique n’a pas jamais été source de discorde à la maison, car jusqu‘à maintenant, on avait les mêmes positions politiques. C’est seulement depuis cette question de l’indépendance que nous sommes opposés”, explique Ian.

Wendy ajoute : “nous sommes d’accord sur beaucoup de choses. Mais l‘éventuelle sortie de l’UE m’inquiète. Et des gens comme Nigel Farage me dérangent beaucoup.”

Ian : “nous avons les mêmes vues sur la façon dont nous aimerions voir la société fonctionner. Après, il y a les moyens utilisés pour changer les choses. Je ne dis pas que ce sera la panacée en Ecosse, mais je crois que ce sera un pas vers du mieux, dont bénéficiera peut-être la prochaine génération”.

Wendy et Ian aspirent tous deux à une redistribution plus équitable des richesses, mais ils voteront différemment le 18 septembre.

“Moi, je vais voter« non » dit Wendy. Pour moi, ce n’est pas nécessaire de tout changer et d’avoir une totale indépendance. Une maxi-dévolution me va parfaitement…”

Quel que soit le résultat du référendum, les divisions resteront sans doute. Mais une fois le vote passé, le débat retrouvera peut-être plus de sérénité.

“Oui” ou “non”? En Ecosse, c’est la première question qu’on pose, au pub, au travail ou… à son mariage. Entre enjeux et émotions, la réponse a divisé la nation. Après deux ans de campagne, familles, amis et collègues de travail seront heureux, le vote passé, de laisser un peu de coté la politique, conclut Joanna Gill, notre envoyée spéciale à Edimbourg.