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La faim dans le monde recule mais reste source de profits pour certains

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La faim dans le monde recule mais reste source de profits pour certains

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La faim recule dans le monde annonce la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Environ 805 millions de personnes souffrent encore de la faim ce qui représente une baisse de 100 millions de personnes en 10 ans et de 209 millions de personnes en 20 ans. En 10 ans, le pourcentage de personnes sous-alimentées est passé de 18,7% à 11,3% de la population mondiale. La progression est encore plus nette dans les pays en développement où cette proportion est passée de 23,4% à 13,5%.

Le rapport, dont sont issus ces chiffres, précise les disparités qui existent encore entre différentes régions du monde. La situation s’est amélioré en Amérique Latine et en Asie du sud-est. En Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud, notamment en Inde, le nombre de personnes sous-alimentées bouge peu. En Océanie, enfin, la situation s’aggrave même si elle demeure la région en développement comptant le moins de personnes sous-alimentées.

Ce recul rend accessible, selon le rapport, l’un des Objectifs du Millénaire pour le développement qui consiste à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentée d’ici 2015. « A ce jour, 63 pays en développement ont atteint l’objectif en question et six autres sont en voie de l’atteindre d’ici à 2015 » précise la FAO.

En revanche, l’organisation relève que les objectifs plus ambitieux fixés par le Sommet sur l’alimentation mondiale en 1996 à Rome, devant permettre de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans les pays en développement, également d’ici à 2015, ne seront probablement pas atteints.

Engagement politique fort

Le rapport insiste sur le fait que les progrès économiques ne suffisent pas à améliorer la situation. S’ils sont un préalable important, une volonté et une action politique fortes sont indispensables pour faire changer les choses. La FAO prend plusieurs pays en exemple de ce point.

Au Malawi, par exemple, le gouvernement a ainsi donné la priorité à l’amélioration de la productivité agricole dans un pays où 84% de la population vit dans les campagnes, permettant une forte augmentation de la production de maïs, premier produit alimentaire du pays.

Autre exemple au Brésil où le programme “zéro faim” lancé par l’ex-président Luis Ignacio Lula da Silva a ainsi permis de diviser par deux le nombre de personnes sous-alimentées entre la période 2000-2002 et celle comprise entre 2004 et 2006.

« La faim, un business comme un autre »

Collision de l’actualité, trois ONG publient aujourd’hui un rapport, intitulé « La faim, un business comme un autre », sur la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) lancée en 2012 par le G8. Elles annoncent avoir travaillé sur ce rapport en amont de la réunion qui se tiendra le 22 septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unis, pour la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de la Nouvelle Alliance.

Action contre la faim, CCFD-Terre solidaire et Oxfam France dénonce l’opacité de cette initiative. Selon elles, ce programme favorise des mesures de dérégulation et l’ultra-libéralisation de leur secteur agricole au détriment de l’agriculture paysanne de proximité. Un fait qui prend tout son sens lorsqu’on le met en parallèle avec les efforts du Malawi, d’ailleurs membre de la Nouvelle Alliance depuis 2013, que présente le rapporte de la FAO. Le pays a, entre autre, largement subventionné et soutenu la production de maïs mais aussi de légumes et lait dans les zones rurales pauvres.

« Le modèle agricole qui est promu par la Nouvelle Alliance est défavorable aux petits producteurs. […] La sous-nutrition apparaît surtout comme un alibi alors que seuls 3% des investissements mentionnent des produits à la fois favorables à la nutrition et destinés au marché local », explique Peggy Pascal d’Action contre la faim.

Clara Jamart d’Oxfam France précise : « De nombreux pays africains parmi les plus gravement affectés par l’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont laissés en dehors de cette initiative. Ce sont plutôt les pays qui offrent le plus de perspectives de croissances et de profits pour les multinationales et les gros investisseurs qui ont été ciblés en priorité ».

En 2013, les ONG citaient, par exemple, la lettre d’intention de Monsanto dans le Cadre de la coopération de la Tanzanie qui annonce vouloir « introduire de 3 à 5 nouveaux types de maïs hybrides adaptés à la Tanzanie et une disponibilité libre de redevance pour les entreprises de semences, le renforcement des réseaux de ventes de semences afin d’offrir plus de choix aux agriculteurs ».

Rappelons que Monsanto est régulièrement attaqué pour ces semences OGM et / ou stériles qui asservissent les producteurs à la multinationale.