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Indépendance : les Flamands seraient-ils prêts à franchir le pas ?


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Indépendance : les Flamands seraient-ils prêts à franchir le pas ?

Günther Dauwen est flamand. Il travaille pour l’Alliance libre européenne, et ce mercredi, il a mis le cap sur l’Ecosse. Pour lui, comme pour les autres membres de cette alliance qui regroupe des partis nationalistes, autonomistes et régionalistes, ce qui se joue en Ecosse avec le référendum sur l’indépendance est décisif.

“ Le droit de décider est un principe universel, les Ecossais vont exercer ce droit, et nous espérons sincèrement que les Catalans l’exerceront eux aussi bientôt. Quelquesoit le résultat, le droit de décider doit prévaloir “, insiste-t-il.

En Belgique, le clivage entre la Flandre néerlandophone et la Wallonie francophone est surtout économique. Les Flamands estiment de pas récupérer une juste part de leur contribution à l‘économie nationale.

Dans la commune de Steenokkerzeel, le bourgmestre, Kurt Ryon, se tient prêt à célébrer la victoire du oui écossais. Ce partisan de l’indépendance flamande a même sorti pour l’occasion ce qu’il appelle les bières de la liberté.

“ Nous traçons actuellement une grande route, la route de la victoire, mais c’est le début. Nous commençons à bâtir une Flandre libre et nous apprenons beaucoup des Ecossais. Le vote pour le oui pourra nous servir pour notre feuille de route, lorsque nous annoncerons nous aussi notre référendum “, assure-t-il.

Mais les Flamands seraient-ils prêts à franchir le pas ? Au micro d’euronews, les avis sont très partagés. En voici quelques-uns :

“ Je veux un pays, la Belgique, pas la Flandre d’un côté et la Wallonie de l’autre. Je pense qu’elles vont ensemble. J’aime la Belgique. “
“ Avant l’Ecosse était un pays, la Flandre et la Wallonie ne l‘étaient pas. La Flandre appartenait aux Pays-Bas. Donc c’est différent. Je pense que c’est une tout autre histoire et je ne verrai pas le vote écossais comme un précédent. “
“ Je suis Flamande et mon avis personnel, c’est que les Ecossais doivent dire oui. “

Dave Sinardet enseigne les sciences politiques à Anvers où le bourgmestre n’est autre que Bart de Wever, le président du parti indépendantiste NVA. Euronews l’a interviewé.

euronews : “ Quels sont les points communs entre le cas écossais et le cas flamand ? “

Dave Sinardet : “ Comme l‘Écosse, le Québec et la Catalogne, il y a en Flandre un mouvement nationaliste fort, et un parti nationaliste fort, il a été le parti le plus voté aux récentes élections belges. Officiellement, ce parti soutient l’indépendance, mais concrètement il soutient surtout plus d’autonomie pour la communauté flamande. Je ne pense pas qu’en Flandre les nationalistes veuillent demander un référendum. Je crois qu’ils se sont rendus compte que le soutien à l’indépendance est trop faible.
Même si cette clause est encore dans leurs statuts, ils parlent maintenant de confédéralisme. En fait si on cherche à définir le confédéralisme, on peut le voir comme une espèce de Flandre indépendante qui ne dit pas son nom, parce que dans les faits il n’y aurait plus de constitution belge, mais une sorte de traité entre la Flandre et la Wallonie. “

euronews : “ Pourquoi pensez-vous que les mouvements séparatistes à travers Europe gagnent en popularité ? “

Dave Sinardet : “ Je pense que les séparatistes flamands et écossais sont parvenus à convaincre les gens, pas juste les gens qui se sentent nationalistes, mais beaucoup de gens pour qui la nation et la culture sont importantes. Et je pense qu’ils ont entremêlé le discours national avec un discours d’extrême-droite. Ils sont parvenus à blâmer la politique de droite du gouvernement britannique pour les frustrations de l‘électorat de gauche écossais et à faire blâmer la politique de gauche du gouvernement belge pour les frustrations de l‘électorat de la droite flamande.
Mais je crois qu’aujourd’hui, dans nos sociétés mondialisées et dans le contexte européen, les souverainetés nationales sont de plus en plus illusoires. “

euronews : “ Donc si l’Ecosse votait oui, quelles seraient les conséquences pour la région et pour l’ensemble de l’Europe ? “

Dave Sinardet : “ Cela pourrait créer un précédent. Ce serait la preuve qu’il est effectivement possible pour une région de se détacher de l‘État dont elle dépend. Donc ce serait évidemment un cas intéressant pour tous les séparatistes, tout d’abord en Catalogne, parce qu’ils réclament aussi un référendum, ce que leur refuse le gouvernement espagnol, mais aussi pour les séparatistes flamands, sur du plus long terme parce que cela prouverait que l’indépendance n’est pas une simple chimère mais qu’elle est réalisable. Em revanche, cela compliquerait la façon de gouverner l’Union européenne, parce qu’il est déjà très difficile de trouver un consensus entre 28 états membres qui défendent tous leurs intérêts nationaux. Si le nombre de pays membres augmente sensiblement, atteindre ce consensus risque d‘être de plus en plus laborieux. “

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