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Hong Kong sous les parapluies


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Hong Kong sous les parapluies

Des dizaines de milliers de manifestants sont toujours mobilisés dans le centre financier et politique de Hong Kong, officiellement nommé ‘‘région administrative spéciale de la République populaire de Chine.’‘ Les contestataires demandent à Pékin de respecter ses engagements, à savoir des élections libres et démocratiques, lors du prochain scrutin de 2017, qui aura lieu pour la première fois au suffrage universel. Problème, la Chine a décidé d’imposer un nombre limité de candidats, des personnalités dites ‘‘patriotes’‘, préalablement sélectionnées par une Commission. Leung Chun-ying, l’actuel chef de l’exécutif à Hong Kong, cristallise toutes les critiques. Il n’est qu’une marionnette de Pékin pour les manifestants qui exigent sa démission.

Le monde regarde de près ce qui se passe sur l‘île; il scrute aussi et surtout la réaction de la Chine, qui a fermement mis en garde contre toute ingérence étrangère. “Nous tenons à souligner que Hong Kong est l’une des régions administratives spéciales de la Chine, a rappelé la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères; les problèmes de Hong Kong sont purement les problèmes de la Chine. Par conséquent, nous demandons aux pays concernés d‘être prudents dans leurs déclarations et dans leurs actes, de ne pas interférer avec notre politique interne, de ne pas soutenir ou tolérer des activités illégales comme le mouvement Occupy central à Hong Kong, et de ne pas envoyer de mauvais signaux au monde extérieur.’‘

Hong Kong ne laisse pas indifférent, et pour cause. C’est la troisième place financière au monde. Beaucoup d’intérêts sont en jeu. Pékin a beau avoir haussé le ton, la ‘‘révolution des parapluies” résiste toujours à Hong Kong.

Interview de Willy Lam, professeur à l’université chinoise de Hong Kong

Neil O’Reilly, euronews : Hong Kong n’avait pas connu une telle confrontation depuis que la Chine a repris le contrôle de l‘île. Comment est l’atmosphère là-bas ? Quel est le sentiment des habitants, en particulier depuis que des manifestants menacent d’occuper des bâtiments publics, si le chef de l’exécutif de Hong Kong, Leung Chun-ying, ne démissionne pas.

Professeur Willy Lam : Les étudiants et les organisateurs de ces manifestations ont reçu un large soutien de l’opinion publique. C’est étonnant, car traditionnellement, le peuple hongkongais se soucie uniquement des enjeux économiques, et non pas des problèmes politiques. Mais maintenant, je pense qu’il soutient le combat des étudiants contre le gouvernement hongkongais et aussi contre Pékin. Il demande un haut niveau d’autonomie pour Hong Kong qui avait été garanti par les traités internationaux, quand l‘île avait été rétrocédée à Pékin.

euronews : Beaucoup de ces jeunes, dont vous parlez, n‘étaient pas nés au moment des manifestations sur la place Tiananmen, il y a 25 ans. Que-ce qui les rend si déterminés, si confiants dans la victoire ?

Professeur Willy Lam : Hong Kong, bien sûr, n’a rien à voir avec le Pékin d’il y a 25 ans. Les yeux du monde sont rivés sur Hong Kong ; on voit que la police hongkongaise s’est déjà retirée des rues, car il y a un soutien important de de l’opinion publique pour les étudiants. Donc, on attend avec appréhension la décision de Pékin, car la Chine doit faire une concession, ce qui permettra, je pense, d’apaiser les manifestants hongkongais.

euronews : Pékin va-t-il accepter de faire un compromis ? Que peuvent faire les Chinois pour se sortir de cette situation et pour qu’il y ait un retour à la normale à Hong Kong ?

Willy Lam : La Chine ne veut pas qu’on pense qu’elle a succombé à la pression des étudiants. Le pouvoir chinois est très fier ; il ne veut pas perdre la face. Mais pour résoudre cette situation, il devra au moins permettre la démission du très impopulaire chef de l’exécutif Leung Chun-ying et il devra aussi faire des compromis concernant le mécanisme électoral pour l‘élection du prochain chef de l’exécutif en 2017.

euronews : Quand la Grande-Bretagne a rétrocédé le territoire aux Chinois, des garanties avaient été faites à propos des droits de l’Homme et de la démocratie. Mais beaucoup craignaient que les autorités à Pékin ne seraient pas capables d’honorer leurs engagements sur le long-terme. Dans ce contexte, ce moment était-il inévitable ?

Willy Lam : Cette confrontation, je pense, était inévitable. L’ADN de la politique de Hong Kong a quasiment changé du jour au lendemain. Les gens, maintenant, prennent le risque de se confronter, non seulement à la police et à l’administration hongkongaise, mais ils osent aussi se confronter à Pékin. Donc, à moins que la Chine n’utilise la force, il est très peu probable que les manifestants se calment, sauf s’ils obtiennent des concessions de Pékin.

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