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Les Bulgares retournent aux urnes sans illusion


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Les Bulgares retournent aux urnes sans illusion

Les élections législatives dimanche en Bulgarie, après quatre gouvernements différents en deux ans, risquent fort de déboucher sur une nouvelle coalition fragile qui aura du mal à s’attaquer aux racines de la corruption et à relancer l’activité économique.

Le parti GERB (Citoyens unis pour le développement de la Bulgarie, droite), conduit par l’ancien Premier ministre Boïko Borissov, devrait conserver son statut de première force politique sans pour autant décrocher la majorité absolue au parlement monocaméral.

Les tout derniers sondages le créditent d’un peu plus de 34% des intentions de vote, loin devant le Parti socialiste (PSB) à 19%, et le Mouvement pour les droits et libertés (MDL, représentant la minorité turcophone musulmane) à un peu plus de 15%.

Probable partenaire du GERB, le Bloc réformiste rallierait les suffrages de 6% des électeurs. Le seuil d’entrée au Parlement est fixé à 4% au moins des voix. Six à huit partis pourraient y être représentés.

Dans une interview accordée la semaine dernière à Reuters, Boïko Borissov s’est dit prêt à négocier avec la plupart des partis, non pour former une grande coalition mais pour obtenir des majorités au parlement sur les projets de loi.

Aux précédentes législatives, en 2012, le GERB, déjà conduit par cet ancien garde du corps, était arrivé en tête du scrutin mais le gouvernement Borissov a démissionné en février 2013, emporté par d’importantes manifestations agrégeant des revendications différentes (refus de l’austérité, contestation des tarifs élevés de l‘électricité).

La coalition formée autour du Premier ministre socialiste Plamen Orecharski qui lui a succédé n’a pas fait mieux, contraignant le président Rossen Plevneliev à anticiper le retour aux urnes.

Une classe politique décrédibilisée

Dans l’opinion bulgare, la lassitude et la désillusion à l‘égard d’une classe politique décrédibilisée se répandent. D’après un sondage Gallup International publié le mois dernier, plus d’un Bulgare sur deux pense que les élections de dimanche ne changeront rien. Ils sont sept sur dix à se dire pessimistes pour l’avenir de leur pays.

L’instabilité politique inquiète également les investisseurs. En juin, l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé son estimation de la “signature” bulgare sur les marchés obligataires, considérant que l’environnement politique met en péril des réformes jugées indispensables (crise bancaire illustrée par les déboires de Corpbank, système des retraites et de la santé).

“La situation est bloquée et nous ne voyons pas de lumière au bout du tunnel”, déplore Borislav Ganev, un ingénieur de 47 ans, fatigué des promesses des responsables politiques. “Ils ont promis de nouveaux emplois, mais nous avons toujours un sérieux taux de chômage, ils ont promis la croissance économique et rien de tel ne se passe. Et nous avons toujours des revenus ridiculement bas.”

Avec un salaire mensuel moyen de 360 euros, un taux de chômage de 10,4% en août et une croissance économique de l’ordre de 1,5% cette année, la Bulgarie est le plus pauvre des membres de l’Union européenne. “Ce sont les troisièmes élections nationales en moins d’un an et demi. Il y a un peu de fatigue et d’apathie”, admet Mihaïl Mikov, le nouveau président du Parti socialiste (PSB). “Dans le même temps, nos sympathisants sont en forme et la campagne monte en puissance”, affirme-t-il.

La priorité du futur gouvernement sera de régler la pire crise financière que le pays ait connu depuis les années 1990 et qui a provoqué en juin des mouvements de retraits massifs aux guichets des banques.

L’un de ces établissements, la Corporate Commercial Bank (Corpbank), est toujours fermé et ses déposants interdits de retrait sur leurs comptes depuis trois mois. Un audit est en cours et le principal propriétaire de la banque a été accusé de malversations financières. “Le risque avec des majorités fragiles, c’est qu’elles peuvent très facilement être emportées et qu’il leur est donc difficile d’entreprendre des réformes sérieuses”, note Boriana Dimitrova, de l’institut de sondage Alpha Research

(Avec Reuters)

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