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Brésil : Marina Silva, révélation de la campagne présidentielle


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Brésil : Marina Silva, révélation de la campagne présidentielle

L’effet surprise que devait provoquer Marina Silva n’a finalement pas eu lieu, contrairement aux pronostics. La candidate écologiste n’accède même pas au second tour de l‘élection présidentielle. La présidente sortante Dilma Rousseff est largement en tête de la course. Marina Silva n’en reste pas moins une figure politique hors norme.

Il y a peu de pays dans le monde où une ascension sociale aussi spectaculaire est possible. C’est au Brésil que Marina Silva, qui était encore analphabète à l‘âge de 16 ans, avait des chances de devenir présidente. Et une présidente noire qui plus est, ce qui aurait été une première dans le pays. Double symbole, double défi ! Marina Silva n’a jamais paru impressionnée pour autant, assumant parfaitement parce qu’elle a suivi pas à pas le chemin tracé par ses mentors, d’abord Chico Mendes, le syndicaliste et défenseur acharné de l’Amazonie, puis Luiz Inacio Lula da Silva, le charismatique ancien président brésilien. Des observateurs comparent d’ailleurs son parcours à celui de l’ex-chef d’Etat : Lula, ouvrier et syndicaliste originaire de la région pauvre du “Nordeste”, n’avait appris à lire et à écrire qu‘à 14 ans.

La candidate du Parti socialiste brésilien, qui a “bousculé” dans les sondages la présidente sortante, Dilma Rousseff, est partie de rien mais a toujours su profiter des coups de pouce du destin. Cette femme menue est née il y a 56 ans dans une famille pauvre avec dix autres frères et soeurs. Alors, dès l‘âge de 10 ans, on ne lui a pas donné d’autre choix que de travailler. Même travail pour tout le monde dans l’Etat amazonien de l’Acre : récolter le latex dans les plantations d’hévéas afin de fabriquer du caoutchouc. Epuisant quand on est un enfant, Marina tombe souvent malade, elle contracte finalement une hépatite. C’est une première opportunité, elle doit quitter le logis pour aller se soigner dans la capitale de l’Etat. Une fois guérie, elle est aidée pour apprendre à lire et à écrire et elle trouve un boulot de domestique pour gagner sa vie. Deuxième heureux hasard, elle entre au couvent pour devenir nonne mais la découverte de la Théorie de la libération l’incite à renoncer pour venir en aide aux pauvres.

Chico Mendes et Marina Silva

Ca y est, Marina Silva a trouvé sa voie, elle se lance dans le syndicalisme, et pas avec n’importe qui, aux côtés de Francisco Mendes Alves Filho, plus connu sous le nom de Chico Mendes. Ils sont nés dans la même région amazonienne, ils ont tous deux travaillé très jeune comme “seringueiro” (récolteur de latex), ils vont se battre ensemble pour défendre ces travailleurs de misère et leur environnement. Chico Mendes devient célèbre dans le monde entier grâce à son engagement pacifique contre la déforestation de l’Amazonie et en faveur des populations indiennes qui y vivent. Marina Silva le suivra dans son combat jusqu’au bout, jusqu‘à ce qu’il soit assassiné par des tueurs à la solde d’un riche propriétaire terrien le 22 décembre 1988. C’est à ce moment là que la militante écologiste bifurque vers la politique. Adhérente du Parti des travailleurs de Lula, elle apprend vite. A 36 ans, Marina Silva devient la plus jeune sénatrice de l’histoire du Brésil.

Lula da Silva

La rivale, Dilma Rousseff

Après son élection en 2003, le tout nouveau président Lula da Silva, qui l’a repérée, la nomme au ministère de l’Environnement. Mais en 2009, elle quitte le parti au pouvoir pour protester contre le modèle de développement qu’il a mis en oeuvre au Brésil. L’année suivante, elle se présente à l‘élection présidentielle à la tête d’une toute petite formation écologiste, et elle prend tout le monde par surprise en se plaçant en troisième position. Pendant la campagne de 2014, Marina Silva a encore bluffé tout le monde en recueillant une formidable adhésion dans les sondages dès son entrée imprévue sur la scène présidentielle. A quelque chose, malheur est bon ! Elle a dû reprendre le flambeau à la suite de la mort dans un accident d’avion du candidat socialiste Eduardo Campos le 13 août dernier; initialement, elle briguait le poste de vice-présidente. Face à la présidente Dilma Rousseff, qui se représente pour un nouveau mandat de quatre ans, Marina Silva avait plusieurs atouts en mains : après la fronde sociale historique de l‘été 2013, elle pouvait capter les votes des déçus des grands partis, particulièrement des jeunes et des classes moyennes; elle avait aussi la préférence des milieux économiques et de l‘église évangélique dont elle fait partie.

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