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Catalogne : "la réaction de Rajoy est un signe de myopie politique"


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Catalogne : "la réaction de Rajoy est un signe de myopie politique"

Après deux ans de préparations, le 27 septembre dernier, le président de la Catalogne, Artur Mas signe un décret qui autorise un référendum sur l’autodétermination de la région autonome espagnole. Une promesse de campagne du chef de file nationaliste et la condition de la gauche indépendantiste pour apporter son soutien à Artur Mas, qui depuis 2012 gouverne en minorité.

Riposte immédiate de Madrid. Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, s’oppose fermement à la tenue de cette consultation. Il dénonce une violation de la Constitution du pays.

“Nous avons toujours dit que cette consultation ne se ferait pas, car elle va directement à l’encontre de notre Constitution (…) Et aujourd’hui, nous remplissons nos obligations en déposant un recours contre une décision qui porte gravement atteinte aux droits de tous les Espagnols”, disait Mariano Rajoy le 29 septembre 2014.

Aussitôt, Le Tribunal Constitutionnel suspend le décret de convocation. Mais cela ne suffit pas à décourager les pro-référendum, encore moins les indépendantistes.

“Je suis très heureuse, car je sais que nous allons voter. Peut-être pas cette fois-ci, et peut-être que ce sera dur pour y parvenir, mais nous allons y arriver. Nous y parviendrons parce que nous sommes une majorité”, dit alors une manifestante.

Une fois les textes de lois suspendus par le tribunal Constitutionnel, toutes les démarches entreprises par la Catalogne risquaient de tomber sous le coup de la loi. Il devenait donc difficile d’obliger les fonctionnaires et les policiers à participer à un référendum illégal.
Renoncer était donc inévitable pour Artur Mas qui risque par ricochet de se mettre à dos les alliés indépendantistes de la Gauche républicaine catalane, alliés essentiels pour rester au pouvoir.

Le chef de la Généralité a donc tenté une nouvelle manœuvre politique en annonçant l’organisation d’une forme alternative de consultation. Toujours le 9 novembre, et il espère vingt mille volontaires.

“Il nous reste un outil très utile et parfaitement identifié. C’est l’instrument qui effraye le plus Madrid, à savoir une élection ordinaire, convoquée par le président de la Généralité et pour lesquelles certains partis peuvent présenter une liste conjointe et un programme commun. Et si cette liste et ce programme obtiennent la majorité absolue, alors le référendum sera gagné”, a réagit Artur Mas.

Pour comprendre ce nouveau tournant de la part du gouvernement de Catalogne, nous avons fait appel au journaliste et analyste politique, Josep Carles Rius.

Euronews : Le président catalan, Artur Mas, a abandonné son plan initial d’avoir un référendum, mais propose une autre manière de voter, une consultation citoyenne. Est-il vraiment possible d’avoir un vote dans des circonstances si compliquées?

Josep Carles Rius : “Il est possible de voter, mais ce ne sera jamais considéré comme un référendum ou comme un vote avec des garanties démocratiques. Nous aurons un acte de mobilisation pour défendre la revendication du droit de vote. Il y a une majorité de personnes en Catalogne qui veulent vraiment avoir le droit de décider, mais sans l’autorisation de l‘État espagnol, ce sera impossible”.

Euronews : Le chef du gouvernement Mariano Rajoy s’est félicité du retrait du référendum, mais le même gouvernement a déjà annoncé qu’il saisirait la justice concernant la consultation alternative même si on n’en connaît pas le cadre légal. L’affrontement durera jusqu’au 8 novembre. Est-ce qu’il n’y aura aucun type de dialogue ?

Josep Carles Rius : “Je crois que la réaction aujourd’hui du chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy est un signe de myopie politique. Indépendamment de ce qui arrivera le 9 novembre, en Catalogne il y a un problème politique. En ce moment, on estime que plus ou moins la moitié de la population veut un autre type relation avec le reste de l’Espagne, et même une majorité souhaite l’indépendance. 70 % veulent avoir la possibilité de décider à travers les urnes. Ils revendiquent un droit de vote. Je suppose que le gouvernement espagnol, issu du Parti populaire, a converti la revendication de la Catalogne en un problème, car il cherche à unifier davantage son propre électorat. Et tant qu’il n’y aura pas de solutions, il n’y aura pas de bonnes nouvelles”.

Euronews: Artur Mas brandit la menace de convoquer des élections anticipées, qu’il utiliserait comme un plébiscite en présentant une liste commune de plusieurs partis et en faisant une déclaration unilatérale d’indépendance si cette liste remportait les élections. Pensez-vous qu’il y aurait une grande coalition de partis indépendantistes ?

Josep Carles Rius: “Le changement le plus important qui est arrivé aujourd’hui, c’est que le droit de décider – et c’est un euphémisme a cessé. La revendication maintenant, ce n’est pas le droit de décider, mais l’indépendance. Et la façon de l’obtenir ce n’est plus un référendum, mais des élections utilisées comme un plébiscite. Mais dans ce cas, le consensus n’est pas aussi important que celui pour avoir le droit de décider. C’est pourquoi le parti “L’Initiative pour la Catalogne-Verts” a choisi de sortir du processus. Et maintenant, nous attendons de voir ce que le parti Esquerra Republicana va faire”.

Euronews: “Pensez-vous que Mariano Rajoy va continuer à utiliser la justice au lieu de négocier dans cette crise catalane ?

Josep Carles Rius : “Je pense que Mariano Rajoy a besoin d’unir ces électeurs, un électorat très affecté par des échecs comme la loi sur l’avortement, les scandales de corruption, et maintenant la crise autour du virus Ebola. Rajoy doit unir ces électeurs et la situation catalane est parfaite pour cela. Mais cela ne va faire que reporter le problème.
Nous n’allons pas voir la fin de ce bras de fer avant la fin des élections locales (en mai 2015). Ces élections sont cruciales en Espagne parce que nous verrons le nouveau partage du pouvoir. Et bien sûr, nous en saurons plus après les élections générales au début de 2016.
Finalement, je pense que nous verrons plus clairement s’il y a un processus de régénération politique en Espagne qui pourrait aider à trouver une solution au problème de la Catalogne. Rien ne va changer avec un gouvernement formé à partir d’une majorité absolue du Parti populaire au Parlement. Il y a un affrontement ici, entre les nationalismes, entre le nationalisme espagnol et le nationalisme catalan. Et face à une telle situation, il n’y a pas de solution”.

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