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Pologne : la génération post-1989, c'est "Alice au pays des merveilles"


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Pologne : la génération post-1989, c'est "Alice au pays des merveilles"

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Vingt-cinq ans après l’effondrement du rideau de fer, la Pologne est devenue la sixième économie de l’Union et l’un de ses principaux acteurs politiques. La division de l’Europe et la tutelle soviétique semblent bien loin, surtout pour la génération née après 1989. Nous nous sommes rendus à Varsovie pour rencontrer ces jeunes qui semblent avoir du mal à réaliser ce que pouvait être la vie en cette période de guerre froide.

Filip Lepka par exemple est un enfant de l‘ère post-communiste. Étudiant, il travaille comme serveur dans un café. S’il a conscience de ce que ses parents et grands-parents ont traversé, l‘époque soviétique lui semble irréelle : “même si j’ai entendu de nombreuses histoires vécues par ma famille, c’est dur d’imaginer tout cela,” confie-t-il, “c’est comme si notre génération vivait dans un monde différent, comme Alice au pays des merveilles.”

Autres représentants de cette génération : Tomasz Ciapala et son épouse Marta. Les deux trentenaires se sont lancés avec succès dans le costume sur-mesure. Contrairement à d’autres jeunes polonais, ils ont fait le choix de ne pas s’installer à l‘étranger, mais de profiter de ce que leur offre la nouvelle Pologne. Tomasz se rend bien compte d’avoir de la chance : “le passeport dont je dispose aujourd’hui, j’en suis fier : (…) c’est la liberté d’aller où je veux et c’est justement ce que mes parents ne pouvaient pas faire : ils ne pouvaient aller nulle part,” reconnaît-il.

Si ces jeunes ont conscience de vivre dans un pays tout à fait nouveau, certains dans la génération de leurs parents ont des doutes sur leur capacité à s’imaginer la société polonaise à l‘ère communiste. Un nouveau mur s’est-il dressé entre les différentes générations ? Pour Adam Ringer, la cinquantaine, la réponse est oui. Il a vécu les événements de 1989 : “on peut essayer d’expliquer [aux jeunes] ce que c‘était, mais est-ce qu’ils sont capables de comprendre ?” s’interroge-t-il avant d’ajouter : “quand vous n’avez pas vécu cette période, c’est très difficile.” Il estime que même les générations de l‘ère communiste ont perdu la mémoire : “les gens ne se souviennent pas de comment c‘était il y a 25 ans,” affirme-t-il, “il y avait cette grisaille partout, les gens qui couraient dans tous les sens et qui étaient nerveux et soupçonneux.”

Pour tenter de raviver les souvenirs des plus âgés et confronter les plus jeunes au passé, des jeunes Polonais se mobilisent comme Rafal Patla. Il organise des visites guidées historiques dans la capitale polonaise en minibus de fabrication polonaise des années 70. Le jeune homme a aussi ouvert en avril dernier, le premier musée privé de Varsovie dédié à l‘époque communiste, un lieu qui reconstitue la vie quotidienne grâce à des objets d‘époque.

Si l’opinion polonaise semble partager entre un désir d’oublier et une certaine nostalgie, Rafal estime pour sa part que le pire serait d’ignorer le passé : “ma génération est la première depuis deux cents ans qui n’a jamais eu à se battre pour quelque chose ; avant, on a dû lutter contre les Bolchéviques, les Nazis, les communistes, les Russes,” insiste-t-il. “Aujourd’hui, nous sommes libres, mais ça ne fait que 25 ans et la liberté est une chose que l’on peut perdre très rapidement, il faut vraiment en prendre soin, c’est pour ça que nous devons tirer les leçons de notre Histoire,” conclut-il.

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